Stages tutorés vétérinaires
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Le stage tutoré en milieu rural est-il un moyen efficace pour favoriser l’installation des vétérinaires dans les territoires ruraux et la pratique sur animaux de rente ? Huit ans après sa mise en place dans les quatre écoles vétérinaires publiques, le CGAAER évalue l’efficience du dispositif et fait des propositions concrètes pour l’améliorer.
Rapport de mission de conseil n°25055
Décembre 2025
Enjeux
Depuis plusieurs années, on observe un phénomène de désertification vétérinaire dans certains territoires ruraux, qui affecte à terme le maillage vétérinaire sur lequel est basé, entre autres, le système de sécurité sanitaire français. On observe un manque d’intérêt de la part des nouvelles générations de vétérinaires pour s’installer en milieu rural.
Dans ce contexte, le dispositif des stages tutorés en milieu rural a été mis en place dans les écoles nationales vétérinaires, à partir de l'année scolaire 2016-2017 suite à une phase expérimentale lancée en 2013. Partie intégrante du cursus des études vétérinaires depuis la parution de la loi agricole en mars 2025, il concerne aujourd’hui 100 à 110 étudiants vétérinaires pour un budget annuel pour l’État de 550 000€. Une analyse qualitative et quantitative du dispositif s’avérait nécessaire pour envisager des pistes d’amélioration.
Méthodologie
Une analyse du dispositif a été réalisée, d’une part à partir des données recueillies au travers d’entretiens menés avec des étudiants ayant opté pour une année d’approfondissement en animaux de production (avec ou sans stage tutoré) et des vétérinaires tuteurs et, d’autre part, à partir des réponses obtenues à des questionnaires en ligne adressés à l’ensemble de ces deux populations. Des entretiens complémentaires ont été conduits avec les organisations professionnelles vétérinaires et les enseignants des quatre écoles nationales vétérinaires françaises (ENV). Enfin, une comparaison a été effectuée avec les modalités d’organisation d’un dispositif de stage professionnalisant existant pour les internes en médecine générale humaine.
Résumé
Face au phénomène de désertification vétérinaire, des stages tutorés en milieu rural (STER) ont été mis en place dans les écoles nationales vétérinaires afin d’inciter les jeunes diplômés à s'installer dans les territoires ruraux et à y maintenir une activité vétérinaire.
Avec l'article L.815-5 du code rural et de la pêche maritime, le dispositif en place depuis l'année scolaire 2016-2017 et soutenu financièrement par la direction générale de l’alimentation s’inscrit désormais à part entière dans le cursus vétérinaire. Le nombre d'étudiants qui en bénéficient a progressivement augmenté au fil des années et se stabilise autour de 100-110 étudiants par an, pour un budget annuel de 550 000€.
Le dispositif STER repose sur un tuteur vétérinaire praticien, qui fait l’objet d’une procédure de labellisation, et sur un tuteur enseignant de l'ENV d’origine du stagiaire. Le pilotage global est assuré par l’ENVT, en lien avec les organisations professionnelles vétérinaires et des enseignants référents dans chaque école.
La mission a constaté l’expression d’un satisfecit général, tant des vétérinaires (tuteurs) qui jugent l'expérience très positive, que des étudiants (tutorés) qui choisissent un STER afin de gagner en autonomie et en confiance en eux ou des enseignants, qui sont convaincus que les stages tutorés facilitent le passage de certains étudiants à la vie professionnelle.
Le suivi des vétérinaires ayant bénéficié du dispositif depuis 2017, montre qu'environ la moitié d'entre eux conservent une activité en médecine rurale. Cependant, on ne constate pas de différence significative entre les vétérinaires ayant suivi un stage tutoré et ceux ayant opté pour un approfondissement « classique » de leur formation en animaux de production. Le dispositif ne semble pas apporter de réponse évidente aux objectifs de renforcement du maillage vétérinaire et les zones identifiées comme critiques en matière d'accès aux soins vétérinaires restent, dans tous les cas, peu attractives. Le rapport formule plusieurs recommandations pour améliorer le dispositif quant à l’information précoce des étudiants, la formation des vétérinaires tuteurs, la labellisation des structures ou encore son organisation administrative et financière.
L’extension du système aux étudiants français formés à l’étranger pourrait être envisagée après une analyse détaillée des ressources humaines et financières nécessaires et la définition de critères d'éligibilité.