#SIA2019 - Trophées de la bioéconomie : « Notre projet : construire une filière chanvre du champ au chantier »
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Cavac Biomatériaux sort lauréat national dans la catégorie biomatériaux, de la première édition des Trophées de la biéconomie. Olivier Joreau, son Président et directeur général adjoint du groupe Cavac, nous raconte le choix de la culture du chanvre et la valorisation de cette plante dans l'usine de Sainte-Gemme-la-Plaine (Vendée).

Comment la Cavac s’est lancée dans la filière du chanvre ?

Faire de l’agriculture pour le marché du bâtiment… ce n’est pas évident car son domaine de prédilection se place plutôt dans l’alimentaire. Il y a douze ans, le conseil d’administration de la coopérative Cavac s’est demandé comment valoriser de nouvelles plantes. Nous avions la volonté d’aller sur de nouvelles filières avec une plante à double usage. Le chanvre permet un double débouché : alimentaire, avec la graine et non alimentaire, avec la paille. Le chanvre, historiquement très implanté en Vendée, était une culture répandue en France encore au XIXe siècle mais elle a disparu avec l’ère de la (pétro)chimie pour les usages textiles. Notre projet a permis de réintroduire sa culture dans la région. L’usine a démarré en 2009 et reste unique en Europe !

Vous évoquez un double débouché pour le chanvre, expliquez-nous comment vous procédez à sa valorisation.

Quand la graine est récoltée pour l’alimentaire, il reste la paille. À partir de cette paille de chanvre, on défibre la tige pour la transformer en fibres végétales généralement destinées aux marchés de la papeterie cigarette ou de l’automobile. Notre idée « originale » consistait à construire une filière complète du champ au chantier pour aller plus loin dans la valorisation en concevant un produit fini à mettre en marché. Après le défibrage, on obtient deux produits : la chènevotte, employée pour les litières animales, ou pour le paillage de jardin, de manière à éviter l’usage de herbicides notamment ; et la fibre technique utilisée en isolation, commercialisée sous le nom de Biofib’ Isolation.

Quels sont les avantages de ce matériau ?

Il faut savoir que le secteur du bâtiment représente 30% des émissions de CO2. L’un des moyens de diminuer l’impact carbone sur la planète, c’est d’utiliser des matériaux renouvelables comme le chanvre qui a un cycle annuel. Le chanvre stocke du CO2 durant sa croissance et dans le produit fini. Nous avons la chance aujourd’hui de pouvoir utiliser ces matériaux renouvelables dans un contexte d’épuisement des ressources fossile, et il faut tout faire pour favoriser ces nouveaux matériaux qui sont l’avenir. Contrairement aux isolants traditionnels, le chanvre ne protège pas que du froid mais également du chaud. Il dispose d’une capacité thermique importante. L’été, il évite que la chaleur rentre rapidement dans le bâtiment et offre un confort de vie pour les habitants, notamment sous les combles perdus des maisons. Le chanvre coûte légèrement plus cher à l’achat (environ 1 000 € pour 100 m²) mais demeure rentable si l’on considère sa durée de vie, estimée à 40 ans, car on économise les coûts de chauffage ou de climatisation l'été.

Comment travaillez-vous avec les producteurs, a-t-il été facile de les convaincre de cultiver du chanvre ?

Aujourd’hui, nous avons 1700 hectares de chanvre avec environ 180 agriculteurs dans la coopérative. Mais au départ, il a fallu les encourager à faire de nouvelles productions en dehors du blé, du maïs ou d’autres rotations traditionnelles. C’était une vraie prise de risque du Conseil d’administration en 2009 car nous n’avions pas assez d’historique ni de données précises sur la culture du chanvre sur le territoire mais quelques agriculteurs ont été convaincus. Nous avons lancé la production en 2009, sur 600 hectares en Vendée et dans les Deux-Sèvres. Les premières années n’ont pas été simples sans données historiques sur la production. Nous avons tous appris ensemble, la coopérative et les producteurs, la meilleure période d’implantation, le suivi des parcelles, le choix des bonnes variétés de semences de chanvre, l’adaptation au territoire…  

Quel bilan tirez-vous de cette culture du chanvre ?

Ce qui est important avec le chanvre, ce n’est pas le rendement immédiat. Les premières années ont pu être difficiles pour les producteurs mais ils ont pu constater que grâce à la rotation avec le chanvre, le sol pouvait être meilleur. Par exemple, l’année suivante, il y avait moins de pression sanitaire sur le blé, moins de maladie et donc moins de produits phytosanitaires utilisés. On peut augmenter le rendement l’année suivante de six ou sept quintaux à l’hectare.
Le chanvre est planté au printemps et produit environ 70% de sa biomasse entre mai et juin. Cette plante a peu besoin d’être arrosée et elle est désormais classée SIE, surfaces d’intérêt écologique. Le chanvre a de vraies vertus écologiques puisqu’il ne nécessite aucun traitement phytosanitaire durant toute sa phase de production, un atout essentiel dans le contexte actuel des nouvelles attentes sociétales.

Quelle perspective vous offre ce trophée ?

Ce Trophée de la Bioéconomie est avant tout une reconnaissance du travail accompli avec les producteurs et qui nous donne raison sur le choix stratégique fait il y a 12 ans. À l’époque, la bioéconomie, on n’en parlait pas beaucoup, le terme n’est venu que par la suite. C’était un vrai projet, pas seulement économique mais également écologique. L’isolation d’origine renouvelable dans le bâtiment représentait un marché de niche. lors du lancement de Cavac Biomatériaux, et il fallait être plutôt visionnaire à l’époque pour lancer cette innovation produit sur le marché du bâtiment. Ce trophée récompense cette prise de risques et nous encourage à poursuivre nos développements. Les initiatives et les lois favorisent l’utilisation des matériaux biosourcés, donc renouvelables, partout où cela est possible dans le bâtiment mais il reste beaucoup à faire pour faire connaître toutes les qualités exceptionnelles du chanvre !

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