25 mars 2026 Publication

Répondre aux besoins de formation d’ingénieurs en agronomie et agroalimentaire à l’horizon 2030

  • Claire LAUGIER (CGAAER)
  • Vincent PIVETEAU (CGAAER)
  • Bertrand PAJOT (IGESR)
  • Marie-Dominique SAVINA (IGESR)

La loi d’orientation agricole du 25 mars 2025 (LOSARGA) a pour objectif d’augmenter de 30 % le nombre d’ingénieurs formés en agronomie et agroalimentaire à l’horizon 2030 par rapport à 2017. Le CGAAER et l’IGESR ont analysé le positionnement des formations actuelles et leur adéquation aux enjeux, et identifié les leviers d’action pour garantir leur attractivité, dans un contexte d’offre plus ouverte et concurrentielle.

Lettre du CGAAER n°203 - mars 2026

Rapport de mission interministérielle de conseil n°24067

Novembre 2025

Enjeux

Une profonde transformation des systèmes de production et des filières est aujourd’hui nécessaire pour accompagner les politiques d’atténuation des effets du changement climatique, de préservation des ressources naturelles (sols, air, eau) et de restauration de la biodiversité, tout en répondant aux attentes de souveraineté alimentaire et énergétique. Des métiers nouveaux émergent, ainsi que de nouvelles modalités d’exercice. Les formations d’ingénieurs pour l’agriculture et l’agroalimentaire ont à relever ce premier défi. À cet enjeu qualitatif s’ajoute un défi quantitatif, dans un contexte de compétition accrue entre les formations du supérieur (déclin démographique, nouvelles modalités d’accès aux formations d’ingénieurs, etc.) et d’atténuation des liens traditionnels avec ces secteurs, qu’ils soient familiaux ou territoriaux.

Méthodologie

La mission a analysé l’ensemble des documents de diagnostic et de prospective disponibles, en particulier ceux des appels à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir » (AMI-CMA). Elle a exploité les évaluations du Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres) et de la Commission des titres d’ingénieur (CTI), et conduit une enquête sur les formations aux grandes transitions dans tous les établissements sous tutelle principale ou partagée du ministère chargé de l’agriculture, qu’elle a, par la suite, visités (directions, enseignants, étudiants, alumni et partenaires). Des rencontres avec des acteurs nationaux des secteurs employeurs concernés ont complété la démarche.

Résumé

L’analyse du contenu des formations montre que les établissements assurent une prise en compte variable mais globalement proactive des quatre transitions : numérique, énergétique, alimentaire et environnementale. Il n’y a pas de points critiques en la matière, au-delà d’un besoin de consolidation sur les champs des transitions énergétique et alimentaire. La mission recommande néanmoins aux tutelles d’assurer un suivi régulier de ces questions. Par ailleurs, l’ensemble des écoles satisfait aux critères de professionnalisation de la CTI et du Hcéres même si une plus grande cohérence dans les référentiels professionnels serait de nature à rendre l’offre plus lisible.

La faible connaissance des filières de formation liées à l’agronomie et l’agroalimentaire au moment de l’orientation est confirmée. La diversité des débouchés offerts par les formations d’ingénieurs agronomes et l’étendue des métiers concernés sont méconnues, alors qu’elles devraient constituer un atout en matière d’attractivité. La promotion de ces formations doit être réalisée lors du travail sur l’orientation professionnelle des élèves dès le collège. Or, les écoles d’ingénieurs, publiques comme privées, ont peu accès au public des élèves des collèges et des lycées, hors lycées agricoles. L’AMI-CMA « Avenir Agro », peut faire converger des dispositifs de valorisation de ces filières de formation, notamment via la plateforme « Avenir » de l’ONISEP. Par ailleurs, la réforme du baccalauréat et son impact sur le choix des sciences de la vie et de la terre comme spécialité a un effet en termes d’orientation. Les modalités d’accès aux écoles diffèrent selon leur statut, public ou privé. Si la voie de recrutement par les classes préparatoires aux grandes écoles fait l’objet de critiques de la part de certains établissements publics, la mission considère néanmoins qu’elle doit rester une voie « pivot » qui n’exclut pas la diversification des recrutements. La formation continue et la diplomation par validation des acquis de l’expérience, l’internationalisation des formations ou le développement d’une « marque commune » sont notamment sous-investis. La mission propose une révision du code rural et de la pêche maritime.

Si toutes les écoles partagent le diagnostic d’une attractivité insuffisante de leurs formations, leur capacité à développer une stratégie en ce domaine est limitée. Cette problématique se pose différemment selon le statut public ou privé des écoles. Les établissements privés sous contrat ont mis en place des dispositifs innovants en matière de communication et d’actions envers les lycées.
La mission estime que le portage politique par les ministères chargés respectivement de l’agriculture et de l’enseignement supérieur est essentiel à une attractivité pérenne. La mobilisation des acteurs appropriés sur le terrain, l’implication des rectorats, et avec eux des Régions, ne peuvent être que le fruit d’une stratégie interministérielle définissant un cadre et des objectifs soutenables et mesurables.

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