« Je dis aux jeunes filles et femmes de ne pas se censurer » : Valérie Camel, enseignante-chercheuse en chimie analytique
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Enseignante-chercheuse en chimie analytique et sécurité sanitaire à AgroParisTech, Valérie Camel partage son parcours et dresse un état des lieux de l’égalité femmes-hommes dans l’enseignement supérieur et la recherche, de l’accès aux études à l’exercice des responsabilités.
Comment vous est venu cet intérêt pour la chimie ?
Ayant eu des parents enseignants et souhaitant moi-même enseigner, je pensais suivre le même parcours en intégrant l’École normale supérieure. Mais ma réussite aux concours m’a ouvert une autre voie : j’ai intégré l’ESPCI, une école d’ingénieurs de physique-chimie à Paris, avant d'effectuer une thèse en chimie analytique et devenir attachée d’enseignement et de recherche contractuelle à l’Institut national agronomique Paris-Grignon (l’une des trois écoles fondatrices d’AgroParisTech), puis professeure. Cela fait maintenant trente ans que je suis enseignante et c’est ce qui m’anime au quotidien.
J’ai eu l’opportunité de beaucoup évoluer et je ne m’ennuie jamais. Depuis quinze ans, j’ai la chance de pouvoir former les enseignantes et enseignants aux différentes méthodes pédagogiques à travers de la formation continue.
Quel état des lieux faites-vous de l’égalité femmes-hommes dans l’enseignement supérieur et la recherche ?
À AgroParisTech, nous avons plus de deux tiers de femmes dans nos promotions, donc le travail ne se fait pas forcément dans la recherche de nouvelles étudiantes. En revanche, au quotidien, je fais très attention à ce que l’écriture et l’oral soient inclusifs. Je sais que, depuis plusieurs années, nous avons une population d’étudiantes et d’étudiants très attentifs à ce sujet, et c’est important d’y porter attention en tant qu’enseignante.
Si je regarde en arrière, lorsque j’ai commencé à l’Institut national agronomique Paris-Grignon, il n’y avait qu’une seule femme professeure dans la communauté d’enseignants-chercheurs de l’école. Je vois tout le chemin parcouru depuis, et il faut continuer. Il y a aujourd’hui davantage d’enseignantes-chercheuses, notamment professeures, mais les postes de direction sont encore assez souvent occupés par des hommes.
« Je me rends compte qu’il y a aussi une question de sentiment de légitimité. J’ai déjà moi-même refusé un poste haut placé car je ne me sentais pas légitime, et j’observe que c’est souvent ainsi que réagissent les femmes. Nous nous posons beaucoup plus de questions que les hommes sur nos capacités. Cela contribue à ce décalage. »
Enseignante-chercheuse en chimie analytique et sécurité sanitaire à AgroParisTech
Avez-vous eu des modèles inspirants, notamment féminins, durant vos études et votre carrière ?
J’ai eu des modèles dans l’enseignement. L’entourage proche compte et a un pouvoir d’influence : une professeure de français au collège m’a appris la rigueur, la discipline, puis ensuite une professeure de physique-chimie en prépa m’a poussée à intégrer une très bonne école. Les échanges avec elle m’ont nourrie et convaincue de choisir cette voie. Il y a aussi eu ma mère, qui m’a transmis son attrait pour la pédagogie.
Plusieurs influences symboliques ont été importantes. J’étais dans l’école où Marie Curie a découvert le radon, sa fille était également dans cette école… Forcément, ça imprègne les mentalités, c’est inspirant dans nos parcours quand des femmes excellentes et précurseures sont passées avant nous.
Avez-vous un message pour les jeunes filles, celles qui hésiteraient à se lancer dans un tel cursus, et pour les étudiantes scientifiques ?
Quand je suis arrivée dans mon école d’ingénieurs, nous étions très peu de filles (six sur une promo de quarante-huit). Nous avons eu droit à beaucoup de réflexions sexistes, de blagues déplacées... C’était une autre époque.
Aujourd’hui, je dirais aux jeunes filles et femmes de ne pas se censurer. Il faut qu’elles suivent leurs envies, qu’elles essaient de faire ce qui leur plait, sans douter de leurs capacités. La confiance en soi, c’est très important, mais c’est un long travail. J’ai moi-même douté, tout au long de ma carrière, et donc c’est ce que j’ai envie de dire aux nouvelles générations : ne doutez pas, vous pouvez faire ce que vous voulez avec du travail, de l’envie et de la ténacité.
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