30 juillet 2026 Publication

Dépollution de l’eau potable : stratégies et pistes de financement

  • Eric Collin (CGAAER)
  • Gilles Crosnier (CGAAER)
  • Guillaume Choisy (IGEDD)
  • Céline Debrieu-Levrat (IGEDD)
  • Anne-Caroline Sandeau-Gruber (IGAS)
  • Johanna Buchter (IGAS)

Comment financer la dépollution des eaux destinées à la consommation humaine (EDCH) face à de nouveaux défis comme les PFAS ou métabolites de pesticides ? Comment mieux faire contribuer les pollueurs ? Quels impacts sur le prix de l’eau ? Une mission conjointe du CGAAER, de l’IGEDD et de l’IGAS propose des stratégies de dépollution et des scénarios de financement possibles.

Bandeau Lettre CGAAER juillet 2026

Rapport de mission interministérielle de conseil n°25106

Mai 2026

Enjeux

La détection dans l’eau potable de nouveaux types de micropolluants chimiques très persistants (métabolites de pesticides, PFAS) rend le respect des limites de qualité de plus en plus difficile, en particulier dans certaines régions du Nord et de l’Est de la France. Dans ce contexte, les services de gestion de l’eau potable, insuffisamment financés par le prix de l’eau et par l’application limitée du principe pollueur-payeur, peinent à réaliser les investissements nécessaires. Pour éclairer les choix présidant à l’établissement d’un futur plan d’action interministériel pour le financement de la dépollution des eaux potables, la mission a élaboré des scénarii de coûts et les a mis en regard des financements possibles.

Méthodologie

Ce rapport s’appuie sur l’audition de toutes les parties prenantes concernées par la pollution et le traitement des eaux potables, ainsi que sur des visites de territoires actuellement confrontés à la pollution des eaux potables par les PFAS. Un parangonnage bibliographique a permis de comprendre comment d’autres pays (de l’UE et hors UE) gèrent la question du financement d’une telle dépollution.

Résumé

Dans un contexte où la présence de micropolluants très persistants (métabolites de pesticides, PFAS) nécessite de nouvelles dépenses pour prévenir ces pollutions et investir dans de nouveaux équipements de traitement, le modèle économique de l’eau potable en France est fragilisé.

La mission met ainsi en évidence que les dépassements actuels des limites de qualité de l’eau potable découlent en grande majorité de l’usage passé de polluants désormais interdits. La présence de PFAS, et en particulier de TFA, change la donne, car elle requiert de nouvelles filières de traitement. Les pollutions historiques, quant à elles, ne pourront être résolues que par des solutions curatives. Pour autant, l’usage de molécules similaires encore autorisées nécessite en parallèle un renforcement et une meilleure anticipation des actions préventives.

La revue des leviers activables, relevant de différentes politiques publiques sectorielles, en montre la diversité et plaide pour une nécessaire complémentarité des actions préventives et curatives. Un enjeu fort est donc de mieux coordonner et décloisonner ces politiques et ces actions aux différents échelons territoriaux afin de rechercher toutes les marges de coût-efficacité possibles. Pour rationaliser le système de gestion de l’eau potable, la mission formule un ensemble de recommandations portant sur des changements :

  • de doctrines : aides des agences de l’eau, meilleure anticipation pour la mise en place des actions préventives, transition des systèmes agricoles dans les aires de captage ;
  • d’organisation : massification des services de l’eau pour atteindre des tailles critiques ;
  • de gouvernance : pilotage interministériel renforcé, planification des actions territoriales dans le cadre des schémas d’aménagement et de gestion des eaux.

La mission propose différents scénarios de coûts variant sensiblement selon le périmètre des actions de dépollution, suivant qu’elles soient étendues ou non aux sols et aux milieux, ainsi que selon le degré de durcissement normatif à l’égard des molécules les plus persistantes. Pour faire face à ces coûts nouveaux, la mission identifie des recettes additionnelles potentielles permettant une meilleure application du principe pollueur-payeur. Elles sont néanmoins insuffisantes pour éviter le recours à terme à une hausse significative du prix moyen de l’eau, de l’ordre de 35 %.

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