Agroforesterie : l'agriculteur et ses 1 200 associés
Cheick Saidou / agriculteur.gouv.fr

Depuis 2013, François Michaud s'est lancé dans un vaste projet : la plantation d'arbres sur son exploitation agricole biologique de Thuré (Vienne). Érable, noyer, poirier… Plus de 1 200 arbres de 20 essences différentes se dressent sur 25 hectares. Interview d'un des lauréats du concours des pratiques d'agroforesterie 2019.  

Alors que les générations précédentes d'agriculteurs les avaient retirés, les arbres reviennent dans le paysage français. Et pour cause : l'association arbres et cultures présente de nombreux bénéfices, tant pour l'agriculteur que pour l'environnement et le paysage.

Quels sont les bénéfices de l'agroforesterie ?

Mon terrain est pentu, je cherchais une solution pour lutter contre l’érosion des sols. Elle a disparu depuis l’implantation des arbres. C'était l'un des objectifs majeurs que je souhaitais atteindre avec l'agroforesterie. Ça a marché dès la première année. Autre atout : mes cultures sont moins impactées par la sécheresse car les arbres les protègent. Cette année de canicule, le sorgho situé en bordure des arbres a mieux résisté.

Enfin, je constate au quotidien que les arbres sont des éléments incontournables pour la biodiversité. Ils apportent le gîte et le couvert pour tous les auxiliaires des cultures, c'est-à-dire qu’ils offrent un abri pour se protéger et se reproduire et, en même temps, ils apportent de la nourriture. Par ailleurs, la faune est plus abondante, je vois souvent des lièvres et des chevreuils.

La conduite des arbres se fait dans un objectif d’utilisation des troncs en bois d’œuvre. C’est un processus long, la récolte ne sera effective que dans 40-50 ans.

Comment s'est articulé le projet ?

Les plantations se sont déroulées en quatre vagues, entre 2013 et 2016. Pour le moment, sur les 98 hectares de mon exploitation, 25 sont en agroforesterie, c'est-à-dire que j'ai planté des arbres sur des bandes rectilignes, tous les 38 mètres, qui sont espacés de 8 mètres entre eux sur la ligne. Les arbres sont protégés avec un grillage pour éviter que les chevreuils rongent les troncs.

Un technicien de l'association Prom'haies (association qui accompagne les projets agroforestiers en Poitou-Charentes) m'a conseillé pour le choix des différentes essences pour qu'elles s'adaptent au sol et favorisent la biodiversité. Par exemple, sur un sol sec, il vaut mieux planter un érable, un noyer alors qu’un sol humide sera bien adapté pour un poirier ou un orme.

Quel a été l'élément déclencheur pour se lancer en agroforesterie ?

J'ai repris l'exploitation en céréales et oléagineux de mes parents en 2006, puis j'ai entamé une conversion en agriculture biologique en 2015. Une partie des terrains se trouve en pente et subit régulièrement l’érosion. Je n'ai jamais cessé de me former avec le CIVAM (collectif d'agriculteurs) en participant à différents groupes d'échanges et de projets, comme le projet APACh du GIEE du Châtelleraudais. C'est au fil des discussions que j'ai entendu parler de l'agroforesterie. Avec l'association Prom'haies, nous avons visité des exploitations agricoles qui avaient adopté cette technique et j'ai pu en voir les bénéfices par rapport à l’érosion et au support de la biodiversité. Être dans des groupes d'agriculteurs, c'est rassurant.

L'agroforesterie en quelques mots

L’agroforesterie est l’association d’arbres et de cultures ou de prairies sur une même parcelle. Cette pratique ancestrale permet une meilleure utilisation des ressources, une plus grande diversité biologique et la création d’un micro-climat favorable à l’augmentation des rendements.

 

  • François Michaud s'est lancé en agroforesterie en 2013 Cheick Saidou / agriculteur.gouv.fr
  • Grâce aux arbres, le sorgho a mieux résisté à la canicule Cheick Saidou / agriculteur.gouv.fr
  • L'arbre constitue un réservoir de biodiversité Cheick Saidou / agriculteur.gouv.fr
  • Vol de faisan parmi les arbres Cheick Saidou / agriculteur.gouv.fr
  • Sarrasin Cheick Saidou / agriculteur.gouv.fr
  • Malgré la pente, l'érosion est diminuée grâce aux arbres Cheick Saidou / agriculteur.gouv.fr

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