L’intelligence artificielle au service de l’agriculture et de l’agroalimentaire
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L’intelligence artificielle (IA) offre des perspectives prometteuses pour l’agriculture et l’agroalimentaire. Une mission du CGAAER analyse son intérêt et formule des recommandations pour répondre aux grands défis posés à ces secteurs : performance économique, renouvellement générationnel, changement climatique et transition agroécologique.
Rapport de mission de conseil n°25034
Décembre 2025
Enjeux
L’agriculture affronte plusieurs défis majeurs : le renouvellement des générations et la qualité de vie des agriculteurs, la simplification administrative, l’amélioration de la compétitivité de ses filières, le changement climatique, la transition agroécologique… L’IA, avec ses potentialités, apparaît comme un levier stratégique. Elle peut transformer profondément l’agriculture française en offrant de nouveaux outils en soutien à la performance des exploitations, tant économique que sociale et environnementale. Toutefois, le développement des solutions d’IA fait l’objet d’une concurrence internationale forte : comment garantir les choix souverains d’outils adaptés aux modèles agricoles français ?
Méthodologie
La mission a analysé les dynamiques de l’IA appliquée à l’agriculture et à l’alimentation au niveau national, européen et international. Elle a procédé à de nombreuses auditions au niveau central (services du ministère chargé de l’agriculture et de ses opérateurs, instituts et organisations agricoles, acteurs de l’écosystème des startups agricoles et de la recherche), en les complétant par une analyse et des contacts dans trois régions (Grand Est, Occitanie, Normandie).
Résumé
Les applications de l’IA couvrent un large champ : optimisation des pratiques culturales et d’élevage, automatisation de tâches, amélioration de la traçabilité et de la gestion des filières. Facteurs de mutation du travail agricole, dans un contexte marqué par le renouvellement des générations, les apports de l’IA sont déterminants dans différents registres : transition agroécologique et changement climatique, performance économique et compétitivité, simplification administrative... En contribuant à ces transformations, l’IA participe directement à l’objectif de souveraineté alimentaire.
La France dispose de réels atouts – recherche, formation, compétences numériques et agricoles – mais doit accélérer son engagement pour l’IA en agriculture. À l’international et dans l’Union européenne, la structuration du secteur progresse rapidement. La France risque de devoir adopter des modèles importés, ne répondant pas à ses spécificités et ses priorités. Une impulsion forte et rapide du ministère chargé de l’agriculture, complémentaire des stratégies européennes et nationales, est nécessaire pour développer des solutions fondées sur l’IA adaptées à ses territoires.
La mission recommande de conforter l’implication de la France dans la stratégie européenne, de renforcer l’articulation de sa politique avec la stratégie nationale sur l’IA, et d’en bâtir une déclinaison sectorielle agricole et agroalimentaire, en engageant prioritairement les actions suivantes :
- Prioriser la publication des données publiques. Elles sont indispensables pour entraîner des modèles d’IA fiables et développer des outils adaptés à la ferme France ;
- Élargir le champ des activités de certains des neuf clusters IA à l’agriculture et à l’alimentation, en intégrant les établissements d’enseignement supérieur agricole et vétérinaire, pour renforcer l’articulation entre recherche, innovation et formation ;
- Lancer un Grand Défi national consacré à l’IA agricole. Ses priorités porteront sur des outils d’aide à la décision adaptés aux besoins des usagers et à la transition agroécologique, la simplification administrative, ainsi que les agroéquipements intelligents ;
- Diffuser et territorialiser les usages de l’IA par la mise en place de communautés locales, adossées aux lycées agricoles, pour accompagner les exploitants agricoles, favoriser le partage d’expériences et traiter les enjeux de gouvernance des données et de gestion des risques ;
- Engager un effort massif pour la formation, tant initiale que continue. Les programmes des établissements d’enseignement agricole de tout niveau doivent intégrer l’IA et les technologies numériques, en privilégiant des formats attractifs, tels que des « cafés IA ».