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La politique forestière face au défi du changement climatique
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Depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, qui posait les bases internationales du développement durable, le changement climatique occupe une place centrale dans la construction des politiques forestières dans le monde.
Mobilisée en ce sens, la France s’est dotée de nombreux outils de concertation et de décision au fil des années : programme national de la forêt et du bois (PNFB) prévu par la loi agricole de 2014, Conseil supérieur de la forêt et du bois (CSFB), commissions régionales de la forêt et du bois (CRFB), Assises de la forêt et du bois, sans oublier les grandes politiques transversales d’investissement que sont France Relance, France 2030 et France Nation Verte, avec la feuille de route forêt de la planification écologique. Tous ces dispositifs poursuivent des intentions communes : l’atténuation, conformément à notre engagement d’atteindre la neutralité carbone en 2050, et l’adaptation de la forêt au changement climatique en cours. Découvrez les grands axes de notre politique forestière.
Augmenter le pouvoir d’atténuation de la forêt
Le stockage du carbone par la forêt jouera un grand rôle dans la capacité de la France à atteindre la neutralité carbone en 2050. Le volet « atténuation » de la politique publique forestière est lié à cette fonction de puits de carbone. C’est un axe important, repris en particulier dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France. L’inventaire forestier national permet de suivre cette fonction de la forêt.
Un dispositif faisant appel au financement privé volontaire a été mis en place par le gouvernement : le label bas-carbone, qui met en lien des propriétaires forestiers et des financeurs souhaitant s’engager dans une démarche de contribution carbone volontaire. Il permet le financement de nombreux projets forestiers visant à réduire les émissions et séquestrer du carbone, qui n’auraient pas pu voir le jour sans l’existence du dispositif. Le nombre de projets forestiers labellisés est en augmentation (1 126 projets forestiers labellisés à la fin 2024, correspondant à des réductions d’émissions de 2,44 Mt CO2).
Assurer le renouvellement forestier
Le puits de carbone forestier a diminué d’un tiers en une décennie, du fait des impacts du changement climatique (baisse de croissance des arbres, hausse de la mortalité…). Il est essentiel de reconstituer des nouveaux peuplements en capacité de résister au climat à venir et de participer au développement du bois dans tous ses usages.
Le plan France Relance a constitué un premier pas dans cette direction, avec le lancement en 2021 de la mesure « renouvellement forestier », soutenant les propriétaires privés et les collectivités qui investissent pour adapter leur forêt, ainsi que l'ONF pour le renouvellement des forêts domaniales. Les objectifs annoncés ont été atteints : France Relance a permis la plantation de 58 millions d’arbres et le renouvellement de plus de 46 600 hectares. Plus de 203,7 millions d’euros ont été engagés. Ces dispositifs d'aide ont fortement mobilisé les services déconcentrés du ministère en charge de la forêt, avec l'instruction de plusieurs milliers de dossiers. Le dispositif d’aides s’est poursuivi avec le financement du programme France 2030 : plus de 102 millions d’euros d’aides ont été demandés, surtout de la part de propriétaires touchés par les grands incendies de 2022. Dans la continuité de France Relance et de France 2030, la mesure en faveur du renouvellement forestier a été pérennisée dans le cadre de la planification écologique (France Nation Verte) dont le guichet a été ouvert en novembre 2024.
La forêt, un puits de carbone en péril
Un puits de carbone, c’est un système qui absorbe plus de carbone qu’il n’en émet. C’est le cas des écosystèmes forestiers, qui constituent le deuxième plus grand puits de carbone de la planète après les océans.
Comment ça marche ? Grâce à la photosynthèse, les arbres captent le dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’atmosphère. Tandis que le dioxygène (O2) est libéré dans l’air, le carbone (C) est fixé dans la plante pour assurer sa croissance. Il est séquestré dans l’arbre, puis dans les sols forestiers par la décomposition des débris végétaux.
La forêt est donc un atout pour limiter la quantité de CO2 présent dans l’air. Mais ce potentiel d’atténuation est affecté par les hausses de température, qui provoquent un ralentissement de la photosynthèse. Les incendies, sécheresses, ou encore attaques sanitaires, augmentent les mortalités subites des massifs forestiers qui peuvent devenir, dans certains cas, des émetteurs nets de carbone.
Soutenir les pépinières et entreprises de travaux forestiers
À la suite des Assises de la forêt et du bois, des appels à projets ont été lancés à destination des entreprises de la filière graines et plants. Par ailleurs, le ministère en charge de la forêt, en lien avec l’ONF, a installé de nouveaux vergers à graines forestières. La production de matériels forestiers de reproduction et l’utilisation d’essences forestières adaptées au climat du futur constituent des investissements stratégiques. Pour soutenir le plan de renouvellement forestier, les directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) ont également instruit, via les crédits France Relance puis de la planification écologique, des aides pour permettre aux entreprises du secteur graines et plants (semenciers, pépinières, reboiseurs) de moderniser leurs équipements.
En parallèle, l'État a proposé des aides visant à soutenir les entreprises réalisant des travaux forestiers (sylviculture et exploitation des bois), afin de moderniser leurs équipements et de soutenir les investissements dans des équipements plus respectueux des sols et de l’environnement. En effet, le nombre limité et l’insuffisante capacité d’intervention des entreprises de travaux forestiers constituent un maillon vulnérable de la filière.
Lutter contre le dépérissement et les attaques sanitaires
Depuis 2018, les sécheresses successives et les fortes températures enregistrées dans le grand quart Nord-Est de la France ont déclenché des mortalités massives d’épicéas et de sapins. On estime que le volume de bois de crise s’élève à 37 millions de m3 et représente 110 000 hectares attaqués.
Le 15 avril 2024 a été présenté le plan national d’actions Scolytes et bois de crise en réponse à ces phénomènes. Il se décline en quatre axes : observer et faire connaître les conséquences des crises liées aux scolytes, organiser une stratégie collective de lutte, valoriser les bois de crise et organiser le soutien économique de la filière.
Améliorer la politique de défense contre les incendies
Sous l’effet du changement climatique, le risque d’incendie de forêt s’étend à de nouveaux territoires et il ne concerne plus uniquement la période estivale. Dans les secteurs historiquement les plus concernés, comme le quart Sud-Est, les saisons à risque vont être plus longues, avec des pics d’intensité plus importants, susceptibles d’entraîner des feux de forêts de plus en plus puissants.
La mission Politique de prévention et de lutte contre l’incendie de forêt dans un contexte d’extension et d’intensification du risque dû au changement climatique a abordé de manière exhaustive le risque incendie de forêt via un rapport en deux tomes. Les obligations légales de débroussaillement constituent une mesure efficace de prévention du risque d'incendie de forêt. Des mesures de clarification ont été portées, visant à renforcer la prévention et la lutte contre les incendies. Le gouvernement porte une grande campagne de communication sur les obligations légales de débroussaillement. Il a été décidé, suite aux incendies de l’année 2022, de renforcer les moyens de la politique de défense de la forêt contre les incendies (DFCI).
France Nation Verte et la planification écologique
Face aux crises climatiques et environnementales, le président de la République a présenté, le 25 septembre 2023, un cadre commun d’actions et des trajectoires de réduction de nos impacts sur plusieurs limites planétaires à l’horizon 2030, articulées autour de cinq enjeux majeurs : climat, santé, biodiversité, adaptation, ressources. Ce cadre et ces trajectoires sont regroupés au sein de la planification écologique, mise en œuvre en 2024. France Nation Verte est la bannière de cette mobilisation pour une transition écologique juste et efficace.
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