GAEC des Ferrandaises : comment concilier élevage et gestion de l'eau ?
Jean-Pierre Chassang

Jean-Pierre Chassang et sa compagne Gaëlle Petit sont éleveurs de vaches laitières en agriculture biologique à Lorcières, dans le Cantal. Depuis de nombreuses années, ils adoptent des pratiques agroécologiques afin de respecter la biodiversité. Dernière nouveauté : la mise en place d’un système d’acheminement d’eau pour alimenter les bacs dans les parcelles où leurs vaches pâturent. Le GAEC des Ferrandaises est lauréat du Prix innovation des Trophées de l’agroécologie 2020-2021

Dès 2011, Jean-Pierre Chassang met en place le pâturage tournant : sur 8 mois de l’année, ses 30 vaches laitières sont dans des parcelles, et changent d’emplacement tous les deux ou trois jours. « L’objectif est de valoriser tout le pâturage dans les meilleures conditions possibles, en favorisant la biodiversité et en trouvant un juste équilibre afin que la flore ait le temps de se régénérer ».

L’éleveur est rapidement confronté à un problème majeur : sa parcelle principale de 13 hectares comporte des zones humides et se situe sur un terrain pentu. « Le troupeau a tendance à rester dans les zones humides pour y boire l’eau, les vaches piétinent et finissent par boiter, et elles risquent de tomber malade à cause de cette eau terreuse. Quant aux abreuvoirs, leur remplissage est une tâche fastidieuse qui requiert beaucoup de temps. »

Abreuvoir pour vache

Jean-Pierre Chassang cherche alors une solution. Depuis 2007, il participe à de nombreuses formations. Il fait d’ailleurs partie des premiers éleveurs à être accompagnés par l’association Cant’ADEAR, déclinaison départementale de la Fédération associative pour le développement de l'emploi agricole et rural (FADEAR). « Mon projet a mûri au fil des échanges ». L’éleveur fait aussi appel au Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne qui réalise une étude sur la parcelle.

Après neuf ans de réflexion, un système mécanique et innovant est mis au point : « nous avons tout d’abord assaini les zones pâturées, mais sans les assécher, en créant trois mares. C’est le principe de l’éponge : les mares captent les excédents d'eau qui, en période sèche, sont restitués naturellement dans le milieu. Cela permet de réduire l’impact des sécheresses qui sont de plus en plus importantes. Dans un second temps, nous avons déployé un réseau pour améliorer la qualité et la quantité d’eau fraîche disponible en permanence pour nos vaches, sans impacter l’environnement. »

Six bacs d’abreuvement munis de flotteurs ont été mis en place. Ils sont alimentés à partir d’une source située au niveau du point haut de la parcelle. « Dès qu’une vache boit dans un abreuvoir, le flotteur se décolle du tuyau, l’eau coule. Une fois que la vache a fini de boire, le réseau se referme. » Ce système mécanique permet de ne pas impacter la source et de prélever uniquement la quantité d’eau nécessaire à l’abreuvement des vaches.

Par ailleurs, ce procédé contribue au bien-être animal du troupeau, composé de Ferrandaises (vache locale en voie d’extinction), d’Abondances et de Vosgiennes. « Nous avons disposé les bacs d’eau dans leurs endroits préférés, près des arbres. Elles sont ainsi protégées du soleil en été ».

Après des résultats probants, Jean-Pierre Chassang et Gaëlle Petit ont prévu de déployer ce système innovant sur d’autres parcelles.

Crédit photo : Jean-Pierre Chassang