27 avril 2026 Publication

Comment définir une méthodologie sur l’évaluation et le suivi des performances économiques des pratiques en faveur de la transition environnementale et climatique au niveau de l’exploitation agricole

  • Ségolène Halley des Fontaines
  • Fabrice Marty

Construire les repères statistiques pour éclairer les décisions de l’agriculteur dans le pilotage de son « entreprise à ciel ouvert » : une nécessité pour la viabilité durable de son exploitation selon une mission du CGAAER. Quelle méthodologie d’évaluation et de suivi ?

Bandeau Lettre du CGAAER Avril 2026

Rapport de mission de conseil n°25038

Novembre 2025

Enjeux

Comment décider dans l’incertitude ? Les choix stratégiques des agriculteurs sont toujours plus ardus, les solutions plus locales et spécifiques selon leur stratégie, leurs pratiques, leur appareil de production et leur contexte. Les dispositifs actuels de recueil d’information ou les outils d’aide à la décision manquent de données statistiques et de repères adaptés à la diversité des exploitations.
La mise à disposition de nouvelles références constituerait une aide au pilotage et à l’évaluation de la viabilité durable des exploitations et permettrait d’en rendre compte auprès des tiers (coopératives, banques, assurances). Ce rapport propose une voie concrète pour les obtenir.

Méthodologie

La mission s’est appuyée sur un important travail documentaire pour établir un inventaire des outils et méthodes disponibles ou à l’étude. Elle s’est entretenue avec les acteurs des services statistiques, du monde agricole, du conseil, des banques, des assurances et avec des experts scientifiques. Elle s’est attachée à valoriser l’existant et à privilégier la coordination entre acteurs pour créer un dispositif fiable, économe de moyens et concret.

Résumé

Tirant parti de la réforme en cours des statistiques agricoles européennes, la mission recommande de conjuguer méthodes, références et outils existants pour créer un dispositif apte à rendre compte de la diversité des exploitations et comprenant :

  1. Un recueil de données au plus près du terrain : 7 000 exploitations représentatives sont suivies dans la durée, sous l’égide du service de la statistique du ministère chargé de l’agriculture. Les données techniques, économiques, sociales et environnementales recueillies, notamment grâce au réseau Cerfrance, fondent les extrapolations nécessaires aux statistiques nationales, au conseil et à tout agriculteur ;
  2. Une connexion aux conseils techniques ou économiques : ces données permettent de bâtir des références techniques et économiques plus près de la réalité des exploitations et de faire converger les référentiels et indicateurs utilisés ;
  3. Des repères pour une viabilité durable : au-delà des performances financières, la méthode intègre une vision complétée par la prise en compte patrimoniale des capitaux naturels, humains et sociétaux. Elle prévoit une appréciation de la résilience, de la robustesse et de l’autonomie de l’exploitation agricole. Elle s’intéresse aux nouvelles valorisations possibles (biomasse, démarches collectives, opportunités territoriales, partenariats) ;
  4. Une comptabilité multicapitaux : mise en œuvre progressivement, elle fournit aux agriculteurs les moyens de faire valoir leurs résultats auprès de tiers.

L’originalité du dispositif est multiple :

  1. pouvoir rendre compte de toute stratégie d’exploitation depuis la recherche de productivité jusqu’à celle de la robustesse, en passant par l’adaptation aux transitions environnementale et climatique,
  2. faire converger les dynamiques éparses vers des références plus pertinentes, qui soient communes à tous les acteurs,
  3. fonder la confiance sur la donnée publique déposée dans data.gouv.fr,
  4. nourrir simultanément les outils prometteurs de la recherche (modélisation MAELIA d’INRAE, jumeaux numériques agricoles copiloté par INRAE/Inria avec un consortium d’acteurs et la Fondation AgroParisTech), les références de cas types de fermes INOSYS avec Chambres d’agriculture France et les instituts techniques, les réflexions d’offices comptables tels Cerfrance, voire les initiatives de coopératives ou de regroupement multi-acteurs.

Le rapport propose trois scénarios pour construire ce dispositif dans le calendrier de la réforme européenne de la statistique agricole.

À télécharger