Anne Dumonnet-Leca, fondatrice et présidente de Vox Demeter, voir crédit photo
Cheick Saidou/agriculture.gouv.fr

25 juin 2026 Info +

Anne Dumonnet-Leca, fondatrice et présidente de Vox Demeter : « Faire entendre la voix des femmes du monde agricole »

Créée en 2022, l’association Vox Demeter œuvre pour la mixité et l’égalité entre les femmes et les hommes au sein du monde agricole. Elle fait notamment partie du comité de pilotage du Plan d’action pour favoriser la place des femmes en agriculture, dévoilé par le ministère de l’Agriculture en février 2026. Sa fondatrice et présidente Anne Dumonnet-Leca, nous raconte son engagement.

Comment est née Vox Demeter ?

Alors que j’étais directrice du développement du groupe France Agricole, j’ai pris conscience de la profonde déconnexion entre le monde agricole et celui de la consommation, ce qui représentait, pour moi, un réel danger pour notre société. Pour contrebalancer cet effet négatif, valoriser toutes les forces vives du secteur agricole me semblait essentiel. Or, les femmes et les jeunes prenaient peu la parole dans les médias ! J’ai eu donc envie de faire bouger les lignes. C’est ce qui m’a d’abord poussée à cocréer le Trophée des lycées agricole, aujourd’hui TIEA*. D’autre part, lorsqu’on parlait d’agriculture, c’était trop souvent au masculin ! Il y a quatre ans, j'ai eu envie d’accompagner résolument les mutations de notre agriculture et de notre société. Or, qui se trouvaient à la croisée des enjeux agronomiques, environnementaux, de tous les défis alimentaires, sociétaux et géopolitiques ? Eh bien, les femmes ! Cependant, non seulement leurs multiples contributions étaient passées bien souvent sous silence, mais elles participaient très peu aux décisions agricoles. Aider à mettre en lumière ce qui est invisible, constitue le socle de mon engagement. De cette conviction est née Vox Demeter.

Quelles sont ses missions ?

Trois missions servent notre raison d’être. La première, c'est d'inspirer : des parcours, des pas de côté, des vocations aussi. La deuxième, c'est d'encourager les structures agricoles à ouvrir leur gouvernance à plus de mixité. Et la troisième, c’est d’accompagner les femmes à libérer leur potentiel. Pour atteindre ces objectifs, nous avons une boîte à outils avec différentes actions : des tables rondes avec des agricultrices ; le prix Femmes.Agricultures.Territoires ; des travaux collectifs de sensibilisation au sein des structures agricoles ; des ateliers d’accompagnement dédiés aux femmes et cheffes d’entreprises du monde agricole… En tant qu’écosystème d'inspiration, de réflexion et d'action, Vox Demeter agit comme un agent du changement au service des femmes du monde agricole et de la société.

Comment a été accueillie l’association ?

L'accueil a été positif… même si on ne peut pas plaire à tout le monde ! S'il y a peut-être eu des sourires, voire une suspicion de militantisme radical, le fait que l’association soit ouverte aux femmes et aux hommes a montré que notre objectif n'était pas de remplacer un monde par un autre, mais bien de coconstruire un monde agricole avec un impact le plus positif possible. Non seulement la cause est juste et légitime, mais l’existence même de Vox Demeter a permis de renforcer les prises de conscience qu’il y avait bien « un sujet femme en agriculture », qu’il était stratégique et pas mineur !

Depuis la création de Vox Demeter, avez-vous vu une évolution de la place des femmes dans la société et en agriculture ?

L’invisibilité des femmes est commune à beaucoup de secteurs professionnels, en particulier les plus masculins historiquement : BTP, industrie, transports, sciences, tech. Et cette « discrétion » se révèle plus large que cela : les livres, les manuels d'histoire, les noms des rues sont très peu féminisés... Cependant, depuis une dizaine d’années, nous assistons à une prise de conscience globale de la société – et des femmes elles-mêmes – de l’importance de leur rôle et à une meilleure reconnaissance de leurs contributions. Et puis, évidemment, les lois « Copé-Zimmermann » en 2011 et les lois « Rixain » en 2021 et 2026, qui ont imposé une représentation équilibrée entre les femmes et les hommes dans les postes de direction des grandes entreprises et des PME, contribuent à faire évoluer les mentalités. Être obligé d’avoir recours aux quotas est dommage, mais je dois admettre que c’est un outil utile et efficace. La féminisation en politique n’aurait jamais eu lieu sans les quotas ! En agriculture, le quota instauré dans les chambres d’agriculture depuis 2013 joue également un rôle positif.

Cette évolution concerne donc aussi le monde agricole ?

Oui ! Il y a eu bien sûr des avancées appréciables, même s’il reste encore beaucoup de travail pour gommer les contours d’un référentiel masculin bien installé. Beaucoup d’initiatives, beaucoup de plans participent à poser concrètement la question de la féminisation et de la place des femmes comme un élément de réponse à des problématiques plus globales. Pourtant, et malgré les efforts, le sexisme bienveillant ou ordinaire perdure aussi. Par ailleurs, le temps presse, si l’on considère seulement et la pyramide des âges en agriculture et la complexification du monde actuel. J’ai envie de penser que l’existence de Vox Demeter a participé, à son échelle, à donner de l’espoir, à se dire « pourquoi pas ? ». Mais cela ne suffit pas : les femmes doivent être accompagnées, formées, pour monter en compétences et se sentir plus légitimes. C’est ce que nous expliquons dans la note Entrepreneuriat féminin en agriculture : libérer les potentiels ! , que j’ai co-écrite en 2024, avec 44 propositions comme le mentorat ou le partage des bonnes pratiques.

Vous avez participé à l'élaboration du Plan d’action pour favoriser la place des femmes en agriculture. Racontez-nous…

Ce qui m'a beaucoup plu dans ce travail, c'est qu'il est rassembleur et unique. D'abord, il y avait une vraie volonté, celle de la ministre, nécessaire pour avancer. Ensuite, une consultation auprès des agricultrices et des agriculteurs pour recueillir leur avis indispensable. Et aussi, autour de la table des personnes de sensibilités différentes qui ont toutes pu s’exprimer et être écoutées. Et ça, j’y tenais beaucoup ! Enfin, ce que je salue et qui répond à mon engagement, c’est qu’il a été mis en place un suivi des actions réalisées, grâce à des indicateurs inscrits noir sur blanc. Et pour finir, nous avons eu la garantie que le plan sera conduit dans le temps grâce à une continuité, assurée par la Haute fonctionnaire en charge de l’égalité des droits et de la lutte contre les discriminations au ministère de l’agriculture.

* Trophée international de l'enseignement agricole

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