Amandine Toulza, agricultrice : « J'ai fondé TerrAttitude pour créer du lien »
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Issue du monde agricole par sa mère, Réunionnaise, et son père originaire du Tarn-et-Garonne, Amandine Toulza est aujourd’hui associée à la tête de la pépinière Fraunié Plants, près d’Aigues-Mortes (Gard). Dans son entreprise et à travers son association, TerrAttitude, elle donne de la voix pour une agriculture plurielle, qui assume ses ambitions tout en prenant soin des corps et des âmes.
Si elle a grandi dans le monde agricole, Amandine Toulza ne pensait pas en faire son métier un jour, et pour cause. « Mes parents n’arrivaient pas à vivre dignement de leur métier, ils ont dû arrêter l’activité quand j’avais 6 ans », raconte-t-elle. « Ma mère m’a souvent dit de ne jamais travailler dans l’agriculture. » Encouragée par ses parents à faire des études supérieures, elle s’oriente vers un bac professionnel « services en milieu rural », qu’elle décrit comme une « révélation ». L’enseignement y aborde les dynamiques territoriales et l’écologie, ce qui résonne avec son intérêt pour la nature et les activités de plein air : « J’ai toujours rêvé de voyages, de paysages, j’adore les langues, la géographie, les civilisations… » Elle vit un temps aux États-Unis, et complète sa formation par un BTS Tourisme.
« J’ai appris à ne pas me faire remarquer »
L’agriculture, elle y entre presque par hasard. Recrutée dans la pépinière de son compagnon « pour dépanner », elle monte vite en responsabilités : « Je suis quelqu’un de leader, j’aime mener des projets. » L’entreprise, initialement centrée sur les plants de melon, est diversifiée. Amandine Toulza travaille à améliorer les conditions de travail – temps conviviaux, réveil musculaire, sensibilisation aux troubles musculosquelettiques, lutte contre les discriminations... non sans rencontrer des résistances. « Quand on arrive dans un endroit nouveau, ce n’est pas évident d’être crédible, surtout quand on est une femme sans expérience. J’étais un peu vue comme celle qui fait de la dînette… Mais je ne me suis pas découragée. Ça m’a permis de me forger le caractère, d’être de plus en plus exigeante, de viser plus loin. » Aujourd’hui, elle partage à égalité les parts de la société avec son mari.
Ce que raconte aussi son parcours, c’est l’adversité que l’on peut rencontrer quand on n’a pas le bon profil, les bons codes culturels, voire la bonne couleur de peau. « Ma mère est Réunionnaise, je me souviens qu’elle a été victime d’une certaine forme de racisme. J’étais métis en milieu rural, j’ai appris à ne pas trop me faire remarquer. » Même si elle se souvient aussi de la « bienveillance » de la plupart des gens, elle raconte ce « choc de cultures » depuis l’enfance dans le Tarn-et-Garonne, jusqu’à son arrivée dans le Gard, qui a nécessité de sa part une grande capacité d’adaptation.
TerrAttitude, une association pour créer du lien
Un tournant intervient à la fin de l'année 2018 : après une période de travail intense, elle ressent une fatigue extrême et un besoin de retrouver du sens. « Dans les médias, je voyais des représentations de l’agriculture qui étaient différentes de ce que je vivais tous les jours. Je voyais le lien distendu entre agriculteurs et consommateurs… Je me suis dit, Amandine, tu ne peux pas rester là sans rien faire. »
Elle fonde l’association TerrAttitude, d’abord sous la forme d’une application mobile visant à « manger local et de saison » et à référencer la vente directe, puis comme un dispositif plus large de médiation. Elle organise des rencontres, transmet ses connaissances sur les variétés végétales et développe des ateliers pédagogiques « de la graine à l’assiette » à destination des écoles, en intégrant une dimension narrative et ludique.
Assumer ses différences et en faire une force
Pour cette grande timide, qui a eu l’impression de s’être « tue pendant des années », c’est d’abord une victoire personnelle : celle de prendre enfin la parole, de surmonter ses peurs. C’est aussi l’occasion de partager des convictions ancrées au plus profond d’elle-même. « Quand on a un projet agricole et de l’ambition, surtout en tant que femme, il faut s’accrocher, s’entourer de profils différents, et surtout rester soi-même. » La confiance se construit « étape par étape », et les singularités doivent être reconnues comme des ressources : « Ce qu’on se reproche, il faut en faire une richesse. Je me suis longtemps sentie différente, aujourd’hui j’en fait une force. »
Elle défend la diversité des modèles agricoles, et insiste sur l’importance d’associer performance économique, qualité de vie au travail et ouverture vers la société. À l’échelle de son entreprise comme à travers TerrAttitude, Amandine Toulza contribue à l’émergence d’une agriculture « collective » et « humaine », ce qui n’exclut pas l’ambition. « J’ai des envies, des désirs professionnels, il ne faut pas en avoir honte. C’est un moteur, l’ambition. Elle peut aussi servir de modèle. Le soleil brille pour tout le monde. »
Fraunié Plants : anatomie d’une réussite
Dix salariés en CDI, 21 000 m2 d’exploitation, des clients en Occitanie, en PACA et en Nouvelle-Aquitaine… La pépinière d’Amandine Toulza, dans le Gard, produit des plants variés à destination des maraîchers : cucurbitacées (melon, courgette, pastèque, concombre…), aromatiques (basilic, persil…) mais aussi salades, tomates, poivrons, blettes… Mais Amandine Toulza et son mari ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin : ils ont de nombreux projets, notamment en termes d'innovations culturales, d'automatisation et de mécanisation.
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