Structuration de la feuille de route 2025 –2030 du génie écologique. Un modèle d'affaire à consolider, une montée en compétence à généraliser
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Pour faire face aux transitions, le recours aux « solutions fondées sur la nature » doit prendre une place plus importante. L’adoption par l’État en juin 2025 de la feuille de route « ingénierie et génie écologiques » marque sa volonté de soutenir les activités qui y concourent. Les ministres chargés de la transition écologique et de l’agriculture ont confié à l’IGEDD et au CGAAER une mission conjointe pour amplifier et accélérer les résultats attendus.
Rapport de mission interministérielle de conseil n°25105
Avril 2026
Enjeux
Regroupant des métiers et des activités qui visent autant à restaurer des écosystèmes dégradés qu’à s’appuyer sur des écosystèmes résilients pour fournir des services, l’ingénierie et le génie écologiques se situent au carrefour de nombreuses politiques publiques telles que la stratégie nationale de la biodiversité (SNB), la directive sur la surveillance des sols, le plan nature en ville, etc.
La mise en œuvre d’une feuille de route de l’ingénierie et du génie écologiques (désignés sous le terme de « génie écologique » dans le rapport) et sa déclinaison en un plan d’action structuré n’effacent pas les obstacles à leur plein déploiement. Analyser les blocages et proposer des solutions pour lever les verrous observés constituent les enjeux de cette mission.
Méthodologie
La mission s’appuie sur l’analyse des documents préparatoires à la feuille de route, sur les rapports de suivi pour les actions déjà mises en œuvre, ainsi que sur la rencontre des parties prenantes (services de l’Etat, opérateurs, acteurs économiques).
Résumé
Face à la montée des aspirations sociétales en faveur de la préservation de la biodiversité et face à l’urgence climatique, les politiques publiques comme les démarches de responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises attendent du génie écologique des réponses efficaces.
La mission conjointe CGAAER et IGEDD vient en appui aux travaux menés pour l’élaboration de la feuille de route 2025-2030 de l’ingénierie et du génie écologiques, adoptée par l’État en 2025. Dans la perspective du déploiement du règlement européen sur la restauration de la nature et de la directive « sols », la priorité est de s’assurer que l’ensemble des savoir-faire du génie écologique s’intègrent dans les filières et métiers existants pour apporter des alternatives techniques aux solutions classiques.
La mission invite l’État et les acteurs professionnels à structurer un modèle d’affaires optimisant autant que possible la demande et l’offre. En partant de la demande exprimée essentiellement par les adjudicateurs publics, la mission propose, sous forme de vade-mecum, des dispositions, issues de retours d’expériences, permettant de mieux identifier le génie écologique dans les marchés publics. Du côté de l’offre, elle recommande de développer des outils d’analyse et d’évaluation des coûts évités et des cobénéfices ainsi que de sécuriser la chaîne d’approvisionnement des semences et plants en formalisant des contrats de production.
La montée en compétence des acheteurs et des prestataires est l’autre axe stratégique identifié par la mission. Elle recommande au ministère chargé de la transition écologique, en lien avec celui du travail, d’en réinvestir le pilotage, en mobilisant les opérateurs de compétences (OPCO). L’attractivité des métiers du génie écologique nécessite d’impliquer plus efficacement les acteurs de l’orientation et de mieux valoriser les compétences requises dans les parcours professionnels. La création d’un diplôme national en génie écologique au niveau bachelor pourrait répondre à une attente exprimée par les entreprises. L’intégration des savoir-faire du génie écologique dans les formations aux métiers en lien avec l’espace et les milieux naturels et agricoles doit être accentuée. La mission recommande également de valoriser le partage des connaissances entre pairs, via le centre de ressources génie écologique rénové et piloté par l’Office français de la biodiversité (OFB). La mission formule enfin des recommandations sur la gouvernance. L’État, dans sa dimension interministérielle, doit privilégier une posture de pilotage stratégique et des interventions sur des sujets peu développés tels que l’innovation et la valorisation des cobénéfices. Les dispositions opérationnelles relèvent en revanche de la responsabilité des acteurs professionnels. La mission les invite à construire une interprofession rassemblant l’ensemble des métiers mobilisant le génie écologique, afin de constituer un interlocuteur unique et représentatif dans son dialogue avec l’État.