Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques : quelques exemples d'action pour lutter contre l'antibiorésistance
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr

Du 18 au 24 novembre 2020, c'est la Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques. Identifiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l'une des menaces les plus sérieuses pour la santé publique, l'antibiorésistance est corrélée à l’utilisation des antibiotiques qui génère, au fil du temps, une augmentation des résistances bactériennes menaçant l’efficacité des traitements.

Depuis 2016, en France, une feuille de route interministérielle pour la maîtrise de l’antibiorésistance, dans une perspective « Une seule santé » (« One Health ») a été lancée. Elle coordonne les actions en santé humaine, en santé animale et dans l’environnement.

L'engagement du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation pour lutter contre l'antibiorésistance est total.

Il pilote le plan Écoantibio 2 (2017-2021), qui décline en santé animale les actions de la feuille de route interministérielle. Écoantibio se compose de 20 mesures couvrant l’ensemble des recommandations internationales en matière de lutte contre l’antibiorésistance. Le plan Écoantibio 2, comme le plan Écoantibio 1 (2012-2016) co-construit avec l’ensemble des partenaires de la santé animale, contribuent à leur mise en oeuvre. L’engagement de la profession vétérinaire et de l’ensemble des parties prenantes (éleveurs et leurs représentants, groupements, coopératives, instituts techniques) a permis a permis de réduire l'exposition moyenne des animaux aux antibiotiques de 45% entre 2011 et 2019.

Différentes actions sont mises en place pour atteindre les objectifs du plan.

Évaluation du plan Écoantibio

L’action 8 du plan Écoantibio a pour objectif d’évaluer les mesures mises en œuvre par Écoantibio 1 et 2, en prenant en compte les dimensions sanitaire, sociale, environnementale ou encore économique du sujet, et cela pour l’ensemble des filières animales. À ce jour, 6 projets ont été financés par l’appel à projets dans le cadre de l’action 8. L’ensemble des travaux menés dans le cadre de l’action 8 constitueront autant de pistes de réflexion pour faire évoluer Écoantibio.

Deux autres études ont démarré en 2020 :

  • La DGAL a sollicité l’Anses autour du projet ACRU, qu’elle subventionne. Ce projet qui débute vise à identifier si, à l’instar de ce qui a été montré en médecine humaine, il existe des seuils en deçà desquels il n’y a pas de relation linéaire entre quantité d’antibiotiques utilisée et résistance bactérienne associée. De tels seuils pourraient constituer des outils d’aide à la gestion des antibiotiques.
  • La DGAL a lancé un marché public dans le cadre du programme interministériel d’étude 2020. C’est le projet porté par l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse qui a été retenu. Son objectif est d’évaluer l’impact économique des mesures du plan Écoantibio 1.

Des campagnes de communication annuelles ciblant les éleveurs et les vétérinaires

En novembre 2020, une campagne de communication a été lancée, à l’intention des éleveurs, des vétérinaires et des propriétaires d'animaux de compagnie : « Les antibios, comme il faut, quand il faut ». Cette campagne promeut l’ensemble des mesures de prévention qui permettent d’éviter d’avoir recours aux antibiotiques en garantissant la bonne santé des animaux : respect des règles de biosécurité, vaccination des animaux et amélioration du bien-être animal.

Diffusion des bonnes pratiques et formation des vétérinaires

Le réseau de vétérinaires référents en antibiothérapie a été mis en place en 2017 et, à l'issue d'une phase pilote, étendu à l'ensemble du territoire national en 2019. Il est financé par le plan Écoantibio. Il s’agit d’un réseau de vétérinaires praticiens pour les vétérinaires praticiens : pour chaque espèce animale, un vétérinaire répond aux questions que se posent ses confrères en matière d’antibiothérapie. Les référents diffusent également les bonnes pratiques en antibiothérapie.

Plus de 200 projets financés depuis 2013 au bénéfice des éleveurs, des vétérinaires et de la recherche

Depuis 2013, Écoantibio consacre chaque année environ 2 millions d’euros à des projets d’action ou de recherche. Le cap des 200 projets financés a été franchi.

Covid-19

Les circonstances particulières et inédites liées à la Covid-19 n’ont pas permis à la DGAL de mettre en place un dispositif de financement d’appel à projets pour le plan Écoantibio 2 au titre de l’année 2020. Pour autant, les activités du plan se sont bien poursuivies en 2020.

  • Financement d’actions menées par les représentants des éleveurs

Les éleveurs et leurs représentants sont particulièrement impliqués dans la lutte contre l’antibiorésistance. Les groupements de défense sanitaire et les instituts techniques agricoles, qui 20 travaillent à leurs côtés au quotidien, déposent ainsi régulièrement des projets d’action ou de recherche dans différents domaines en réponse aux appels à projets du plan Écoantibio. Par exemple, l’Institut Français du Porc (IFIP) a reçu un financement afin de développer l’outil Bâti Santé. Il s’agit d’une application à destination des éleveurs de porcs, qui leur permet d’identifier les facteurs de risque relatifs aux bâtiments et aux équipements ayant un lien avec la santé des animaux, puis de les corriger.

  • Financement de projets de recherche

L’appel à projets Écoantibio a permis de financer par exemple en 2014 un projet de l’Anses en partenariat avec l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Intitulé « Surveillance de la résistance des céphalosporines de 3e génération en portage chez les carnivores domestiques », ce projet a donné lieu à une thèse vétérinaire. Les céphalosporines de 3e génération sont une famille d'antibiotiques d'importance critique, c'est-à-dire d'antibiotiques dont il faut absolument préserver l'efficacité pour la santé humaine et la santé animale. Ce projet a permis de démontrer la relation entre la présence de certaines bactéries résistantes dans le tube digestif de chiens et de chats en bonne santé et une hospitalisation de l’animal dans les 12 derniers mois, confirmant ainsi que le passage en structure de soins est un facteur de risque.

Garantir la disponibilité des antibiotiques

À la demande du Gouvernement français, et en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Commission européenne a accepté de financer un projet visant à proposer des solutions concrètes pour lutter contre l’indisponibilité de certains antibiotiques en France en médecine humaine et vétérinaire et à éviter les pollutions environnementales lors de leur production.

Un nouveau cadre législatif européen permet de renforcer la prévention et la lutte contre l’antibiorésistance

Avec les deux nouveaux règlements européens de janvier 2019 relatifs au médicament vétérinaire et à l’aliment médicamenteux, aux négociations desquelles les autorités françaises ont activement participé, l'enjeu de santé publique majeur que représente l’antibiorésistance est réaffirmé : renforcement du dossier d’autorisation de mise sur le marché pour les antibiotiques, collecte des données de vente et d’usage des antibiotiques, interdiction de la prophylaxie, encadrement strict de la métaphylaxie, interdiction aux pays tiers d’exporter en Union européenne des produits issus d’animaux qui ont reçu des antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance ou des antibiotiques réservés à la médecine humaine.

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