Marie Fleisch, cheffe du bureau « Performance, méthode et réseau » au ministère en charge de l’Agriculture. Voir crédit ci-après
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr

17 avril 2026 Info +

Marie Fleisch, directrice des projets numériques : « La place des femmes dans le digital se construit collectivement »

Ingénieure des travaux publics de formation, Marie Fleisch s’est progressivement orientée vers le numérique au fil de son parcours et en défend une approche résolument concrète, au service des conditions de travail des agents et de la qualité du service rendu. Aujourd'hui cheffe du bureau « Performance, méthode et réseau » au ministère de l’Agriculture, elle partage sa vision des métiers du digital, ainsi que son regard sur les enjeux liés à la place des femmes dans ce secteur.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours et ce qui vous a amenée vers le numérique ?

Je suis ingénieure des travaux publics de l’État et j’ai commencé ma carrière sur des sujets très opérationnels, notamment dans les transports. Je n’ai pas de formation initiale dans le numérique et, au départ, rien ne m’y destinait particulièrement. C’est progressivement, au fil de mes missions, que j’ai pris conscience de son importance. Pour piloter l’action publique, il est essentiel de savoir ce qui se passe sur le terrain, et cela passe par les données et les outils. Mais surtout, le numérique a un impact direct sur les conditions de travail des agents et sur la qualité du service rendu aux usagers. En réalité, le numérique est un point de convergence : c’est là que se jouent des enjeux très concrets, à la fois pour les agents publics et pour les citoyens. Bien conçu, il peut simplifier, améliorer et faciliter. À l’inverse, il peut aussi complexifier les démarches. C’est cette dimension très humaine qui m’a amenée vers ces sujets.

Le numérique recouvre aujourd’hui des réalités très variées. Quelle est la mission de votre bureau et les métiers que vous mobilisez ?

Je dirige un bureau qui travaille sur la manière dont les politiques publiques du ministère sont mises en œuvre, ainsi que sur la coordination interne. Or, une grande partie de la réponse à cette question du « comment » inclut aujourd’hui une dimension numérique. Concrètement, nous intervenons sur toute la chaîne : des projets directement liés au numérique, comme la maîtrise d’ouvrage, l’assistance à maîtrise d’ouvrage, la gouvernance des données ou encore des démarches d’intrapreneuriat, mais aussi sur des fonctions moins visibles, comme l’expertise sur certains applicatifs métiers indispensables au fonctionnement des services.

Cela recouvre en réalité des métiers très variés : certains sont clairement identifiés comme numériques, d’autres le sont beaucoup moins, comme des agents spécialistes d’outils utilisés au quotidien pour la coordination interne, qui en maîtrisent les usages et contribuent à leur évolution. Le numérique ne se limite donc pas à quelques métiers techniques identifiés. Il irrigue aujourd’hui de nombreuses fonctions, parfois de manière moins visible, et constitue une opportunité d’évolution et d’enrichissement des compétences pour des profils variés, y compris des personnes qui ne se destinent pas initialement à ces métiers.

Selon vous, quels sont encore aujourd’hui les freins à la place des femmes dans le numérique, et comment peut-on les lever ?

Les freins restent en grande partie structurels. Ils ne relèvent pas uniquement de choix individuels, mais de représentations et de mécanismes plus larges. Ils tiennent notamment à des stéréotypes de genre encore présents dans de nombreux métiers, en particulier ceux associés à l’expertise, à la technicité ou à la prise de décision. Ces représentations peuvent encore influencer la manière dont les compétences sont perçues et reconnues.

Plusieurs leviers peuvent toutefois être mobilisés pour faire évoluer ces situations. D’abord, la question de la représentation. Il existe aujourd’hui des modèles féminins dans le numérique, notamment à des postes de direction, mais cela ne suffit pas. Il est essentiel de valoriser toute la diversité des métiers, au-delà du seul développement ou des fonctions les plus visibles. Un deuxième levier concerne les possibilités d’évolution. On constate encore une sous-représentation des femmes dans les formations techniques et scientifiques. Pour autant, le numérique ne se limite pas à ces parcours. Il offre des opportunités à des profils variés, y compris à des personnes qui ne sont pas issues de formations en informatique ou en ingénierie. L’enjeu est donc aussi d’aller chercher les femmes là où elles sont déjà, de les accompagner et de leur permettre d’évoluer en développant progressivement des compétences. Un troisième levier relève de la responsabilité managériale. Favoriser une plus grande diversité dans les équipes suppose de faire évoluer les pratiques de recrutement et d’accompagnement. Cela implique notamment d’aller vers des profils moins attendus, et d’accepter d’investir du temps dans la formation, la transmission et la mise en confiance.

Enfin, le langage constitue également un levier. La manière dont on parle des métiers n’est pas neutre et peut influencer les représentations. Être attentif aux termes employés, en privilégiant des formulations plus inclusives ou neutres, contribue à rendre ces métiers plus accessibles.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux femmes qui hésitent à se lancer dans les métiers du digital ?

La place des femmes ne se « mérite » pas, elle se prend, et cela se construit collectivement. En résumé : ayez confiance en vous, lancez-vous et soutenez-vous les unes les autres !