17 février 2026 Publication

Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes ?

  • Anne Dufour
  • Alessandra Kirsch

À taille équivalente, une exploitation française est-elle aussi compétitive que ses homologues européennes ? Une mission du CGAAER a été chargée d’apprécier pour trois filières – grandes cultures, bovins lait et volailles – la performance économique des exploitations françaises et de la mettre en perspective avec celle de leurs principales concurrentes dans d’autres États membres.

Lettre CGAAER février 2026

Rapport de mission de conseil n°25039

Janvier 2026

Enjeux

L’agriculture française perd en compétitivité, à la fois sur ses marchés d’export et sur son marché intérieur. La France perd en parts de marché et sa balance commerciale agro-alimentaire se dégrade, en particulier avec les pays de l’Union Européenne avec qui le déficit français se creuse d’année en année.

L’objectif du rapport est d’analyser si le déficit de compétitivité se situe à l’échelle des fermes françaises et si celles-ci subissent des désavantages comparatifs qui entravent leur capacité à être aussi performantes que leurs homologues européennes.

Méthodologie

La mission a mené une comparaison de la performance technico-économique des exploitations à partir des données individuelles du Farm Accountancy Data Network. La comparaison a été réalisée à taille économique équivalente et a permis :

  • de comparer le résultat économique des fermes françaises et celui de leurs concurrentes ;
  • d’identifier les facteurs qui peuvent influer négativement sur la rentabilité des exploitations françaises ;
  • de déterminer les catégories de dimension économique les plus efficientes.

L’analyse a été conduite sur les données 2021 resituée dans une rétrospective sur 2018-2022 et a été complétée par des entretiens et un parangonnage auprès des conseillers agricoles.

Résumé

La compétitivité des exploitations françaises varie fortement selon les productions et les modèles de référence européens.

En grandes cultures, en 2021, les exploitations françaises affichent, à surface équivalente, de bonnes performances grâce à une forte technicité et à un produit élevé par hectare. Ce modèle productif, fondé sur des surfaces relativement limitées, demeure toutefois vulnérable aux hausses de coût des intrants, aux exigences environnementales et à la volatilité des prix agricoles. Il se distingue de modèles plus extensifs, comme celui de la Roumanie, moins sensibles aux aléas de marché en raison de grandes surfaces par exploitation et de coûts de main-d’œuvre plus faibles. Des marges d’amélioration existent en France, notamment sur la maîtrise des frais généraux, pénalisés par un recours important aux entreprises de travaux agricoles, au leasing, et par des frais d’entretien élevés.

En production laitière, le modèle français reste contraint par des références individuelles qui ont limité l’augmentation des volumes et de la productivité, contrairement à ce qui a été observé en Allemagne et aux Pays-Bas après la fin des quotas. Cette moindre productivité par vache, combinée à une moindre réactivité du prix du lait en période de prix élevés, génère un manque à gagner significatif pour les exploitations françaises. L’agrandissement des exploitations améliore la performance économique, mais moins rapidement que chez les concurrents européens, ce qui accroît les écarts de compétitivité.

En volaille de chair, les résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la taille réduite de l’échantillon. La segmentation des marchés semble toutefois constituer un levier de compétitivité, et les exploitations relevant du régime de l’enregistrement (ICPE) présente des performances intéressantes au regard du capital mobilisé.

Enfin, dans les exploitations d’élevage bovins lait ou volailles, la gestion de l’atelier grandes cultures apparaît souvent peu optimisée, générant des frais fixes élevés au regard de son apport économique.

Si la formation initiale n’apparaît pas comme un facteur véritablement différenciant, la formation continue peut constituer un levier important d’amélioration, notamment en matière de gestion. La taille relativement modeste des exploitations françaises et la prédominance du modèle familial conduisent en effet le chef d’exploitation à assumer une grande diversité de rôles et de responsabilités. À ce titre, il doit développer des capacités abordées dans le cursus mais dont le caractère opérationnel n’a pas toujours été bien perçu. Il serait pertinent de les approfondir lors de la vie professionnelle, en permettant à l’exploitant de s’approprier certains outils de pilotage.

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