« Le zéro chimie, on y arrive, mais il faut un temps d’adaptation »
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Pas de glyphosate et réduction des traitements au cuivre. Afin de se donner toutes les chances de réussir ce basculement de pratiques, Fanny Marchal, viticultrice en bio depuis 2010, a rejoint le réseau des fermes Dephy. Elle nous explique son cheminement pour trouver un équilibre entre l’impératif de rentabilité et son exigence environnementale.

Le Var, une terre de Provence propice à la culture de la vigne. Fanny Marchal y cultive Syrah, Grenache, Carignan, Rolle, Cinsault, une combinaison parfaite de cépages pour produire du côtes-de-Provence (AOC). Dans son vignoble de 7,5 hectares, elle n’utilise plus de glyphosate pour désherber. « En tant qu’agriculteur, on est les premiers concernés par les produits chimiques. Lorsque je me suis installée en 2002, je désherbai au glyphosate avec l’aide d’un pulvérisateur que je portai sur mon dos, mais j’ai décidé de faire autrement, en travaillant le sol », explique-t-elle.

Les contraintes du désherbage mécanique

Le sol est peuplé de multiples graines prêtes à germer et à concurrencer la vigne. Pour limiter leur développement sans désherbant, il faut remuer la terre à l’aide d’outils mécaniques. Une technique qui nécessite un temps d’adaptation. « Les débuts sont difficiles économiquement, car les premières années les racines de la vigne se brisent sous l’effet des lames de métal. Il faut 4 ans pour que celles-ci se renforcent et gagnent en profondeur », précise Fanny Marchal. Durant ce temps, les rendements diminuent et s'ajoute des frais de main d’œuvre et d’essence. « Remuer la terre demande au tracteur plus de puissance, des passages réguliers à des vitesses très lentes (2km/h). Alors plutôt que d’essayer d’enlever totalement l’herbe, on la valorise. »

Les atouts de l’herbe laissée en décomposition
Fanny Marchal à côté de son tracteur

Lorsqu’elle est broyée et laissée en décomposition entre les rangs de vigne, cette végétation concurrente peut enrichir le sol en éléments minéraux. « C’est une bonne alternative à l’engrais chimique que je n’utilise plus depuis que je suis passée en agriculture biologique en 2010. De plus, cela favorise le développement des vers de terre qui structurent le sol et limitent l’érosion face aux pluies violentes qui sévissent de plus en plus dans la région », constate Fanny Marchal, qui reste pragmatique pour affronter avec sérénité les effets du changement climatique.

Réduire le cuivre en agriculture biologique

En agriculture biologique, il est d'usage d'utiliser du cuivre pour lutter contre les maladies. Il est indispensable pour la santé des vignes, mais il doit être utilisé avec modération. En cas d’excès, le cuivre peut altérer le sol. Afin d’en réduire l’utilisation, Fanny Marchal intègre en 2011 le réseau des fermes Dephy pour se perfectionner. « Pour m’aider à trouver la juste dose, sans mettre en danger ni l’exploitation du vignoble, ni l’environnement, un technicien de la chambre d’agriculture m’a suivie pendant 5 ans. Toutes les semaines, il venait me conseiller dans mes démarches de réduction. Au début, j’ai fait des erreurs. En réduisant trop, j’ai augmenté les risques de maladie, mais grâce au suivi du technicien Dephy, j’ai identifié les limites à ne pas dépasser. Aujourd’hui, j’utilise en moyenne 2kg/hectare de cuivre par an, au lieu de 6kg homologués », conclut Fanny Marchal.

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