Changement climatique, eau et agriculture d’ici 2050
01/07/2020
Charles Pujos, Dominique Rollin, Michel Sallenave
Le CGAAER et le CGEDD ont été chargés de proposer une vision partagée des relations entre l’agriculture et l’eau à l’horizon 2050 dans le contexte du changement climatique, pour rapprocher et mettre en synergie les politiques publiques conduites par les ministères en charge de l’agriculture et de l’environnement.

Crédit ci-après
encyclopedie-environnement.org
Rapport de mission interministérielle de conseil n°19056

Juillet 2020

Mots clés : eau, agriculture, changement climatique

Enjeux

Les projections climatiques du GIEC se traduiront demain par des tensions plus fortes en matière d’accès à la ressource et de partage de l’eau.

L’objectif de la mission consiste à bâtir une vision partagée des voies et moyens d’adaptation de l’agriculture au changement climatique d'ici 2050 pour mettre en synergie les politiques publiques conduites par les ministères chargés de l’agriculture et de la transition écologique.

Méthodologie

La mission interministérielle était composée de Hugues Ayphassorho, Nathalie Bertrand et François Mitteault du CGEDD, et de Charles Pujos, Dominique Rollin et Michel Sallenave du CGAAER. Elle s’est déroulée de juin 2019 à juin 2020.

Elle s'est inscrite dans une vision à 30 ans de l’agriculture et de ses trajectoires d’évolution, notamment dans son rapport à l’eau, sans toutefois recourir aux outils de prospective.

La mission a organisé son travail autour des neuf thèmes précisés dans la lettre de commande et de sept études de cas choisis pour compte de la diversité des situations, des territoires et des filières agricoles face au changement climatique.

Elle a par ailleurs bénéficié d’échanges sur les études de cas avec un agronome référent, directeur de recherche à INRAE, et d’un comité d’experts, réuni à deux reprises et composé d’une vingtaine de membres spécialistes des questions d’agriculture, d’eau et d’environnement.

Résumé

Après un état des lieux des scénarios d’évolution du climat et de leurs conséquences prévisibles sur la ressource en eau, les milieux aquatiques et l’agriculture, la mission a formulé sept principales recommandations sous forme d’un projet de feuille de route comptant 23 sous-recommandations.

La mission considère que la réponse au changement climatique nécessite un nouveau modèle agricole, plus économe en eau et protecteur des sols, et, partout où cela est possible, le renforcement de la ressource en eau pour l’irrigation, dans le respect de son renouvellement et du bon état des milieux.

Elle propose d’accélérer la transformation de l’agriculture en déployant l’agroécologie et en faisant de la gestion des sols le socle de la stratégie d’adaptation au changement climatique. Chaque territoire privilégiera certaines solutions en fonction de son contexte climatique, agricole et environnemental.

Elle prône la transition vers une irrigation « de résilience », plus économe en eau et visant la stabilité des rendements et des revenus plutôt que la recherche du rendement maximal.

Elle précise les conditions d’un renforcement acceptable de la ressource en eau pour l’agriculture, en privilégiant, par des financements incitatifs et un accompagnement adapté, les retenues de substitution et les démarches de gestion collective de l’eau.

Elle propose de développer les techniques innovantes de réutilisation des eaux usées traitées ou de recharge de nappes phréatiques. Elle recommande de redynamiser la gestion territoriale de l’eau en renforçant l’efficacité des projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) et en élargissant les possibilités des collectivités d’assurer le portage de démarches et de la maîtrise d’ouvrage d’infrastructures liées à la gestion quantitative de l’eau.

Elle souligne la nécessité d’une meilleure connexion de la recherche avec les agriculteurs innovants, les filières et le développement agricole pour réussir la massification de la transformation agricole et garantir sa viabilité économique.

La mission a permis des progrès significatifs de convergence entre les approches du CGEDD et du CGAAER. Elle a mis en évidence la nécessité d’un discours commun entre les ministères chargés de l’agriculture et de l’environnement, favorisant une communication en direction des acteurs de l’eau, agricoles ou non, comme des consommateurs, pour restaurer une relation de confiance et éviter les conflits.

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