Un vétérinaire procède à la vaccination de vaches contre la DNC.
Thomas Hubert / agriculture.gouv.fr

10 septembre 2026 Info +

Vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) : démêler le vrai du faux

Le dernier foyer de dermatose nodulaire contagieuse a été détecté le 2 janvier 2026. Alors que l’activité des insectes piqueurs propageant la maladie a augmenté au printemps, cette situation sanitaire stable doit être entretenue. Une campagne vaccinale est actuellement en cours, suscitant des prises de position et la circulation d’informations parfois erronées. Voici les éléments pour démêler le vrai du faux.

Stratégie de vaccination

❌ « La stratégie a été décidée unilatéralement par l’État sans concertation des parties prenantes »

Réponse :
Le Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV) regroupe les représentants des organisations professionnelles et syndicales agricoles et vétérinaires. Il s’est réuni à plusieurs reprises depuis juillet 2025 et a validé à une large majorité la stratégie de lutte contre la dermatose nodulaire. La dernière réunion s’est déroulée le 9 février 2026 et avait comme objectif de définir la stratégie vaccinale pour cette nouvelle année. Chacun des membres du CNOPSAV) a été invité à s’exprimer. À l’issue des échanges, une large majorité des participants s’est prononcée en faveur du renouvellement de la vaccination dans les zones concernées par la maladie en 2025.
Le ministère de l’agriculture a à nouveau consulté les membres du Parlement du sanitaire (CNOPSAV) par voie électronique, du 1er au 6 juillet. Cette consultation a porté sur la stratégie vaccinale en « zone vaccinale I » (ZVI) du sud-ouest de la France. Cette zone, qui n’a pas été directement touchée par la maladie, avait fait l’objet d’une campagne de vaccination afin de créer une « zone tampon » de bovins immunisés entre les territoires comptant des foyers (la « zone vaccinale II ») et le reste de la France continentale.

Il est à noter que pour prévenir tout conflit d’intérêt la fédération des industriels du médicament vétérinaire s’est abstenue lors des CNOPSAV.

❌ « Pourquoi mener une nouvelle campagne de vaccination étant donné qu’aucun foyer n’a été détecté depuis le mois de janvier 2026 »

Réponse :
L’absence de nouveau foyer démontre l’efficacité de la stratégie définie en juillet 2025 qui incluait la vaccination. Bien que la situation soit favorable, une résurgence de la maladie ne peut être exclue.
L’expérience des autres pays européens touchés par la maladie dans les Balkans en 2015 a montré qu’il a fallu au moins deux ans de vaccination afin d’éviter tout risque de résurgence de la maladie. L’Anses a également indiqué l’intérêt d’une revaccination. Afin de maintenir un haut niveau d‘immunité collective et de ne pas perdre le bénéfice de la lutte menée en 2025, le lancement d’une nouvelle campagne de vaccination a été validé par le Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (CNOPSAV), qui regroupe les représentants des organisations professionnelles et syndicales agricoles et vétérinaires.
Cette nouvelle campagne concerne tous les animaux déjà vaccinés, les veaux nés depuis la vaccination et les animaux introduits en zone vaccinale.

Consulter le communiqué de presse du 10 juillet 2026.

❌ « La vaccination pourrait être facultative »

Réponse :
La vaccination n’est protectrice collectivement que si un maximum de bovins sont vaccinés dans une zone à risque. Les derniers foyers détectés en Sardaigne en 2026 démontrent le risque de réapparition de la maladie si certains troupeaux ne sont pas vaccinés au sein des zones concernées. C’est pourquoi la vaccination a un caractère obligatoire dans les zones où le virus de la DNC a été présent ou dans les zones proches de ces territoires et donc exposées au risque de contamination.

❌« Le niveau de vaccination contre la DNC est élevé, il n’y a donc pas de problème si quelques élevages demeurent non vaccinés »

Réponse :
Les élevages non vaccinés constituent des poches d’animaux non protégés dans lesquelles le virus peut s’introduire, circuler et se multiplier. Les insectes piqueurs peuvent ensuite le transmettre à d’autres élevages contenant des animaux qui ne sont pas encore protégés ou qui ont insuffisamment répondu à la vaccination.

La présence d’élevages non vaccinés fragilise donc la protection de toute la zone et peut favoriser l’apparition de nouveaux foyers. Chaque nouveau foyer impose de reprendre collectivement des mesures lourdes : dépeuplement des bovins du foyer, mise en place ou prolongation de zones réglementées, restrictions aux mouvements et aux échanges d’animaux, renforcement de la surveillance et mobilisation des éleveurs, des vétérinaires et des services de l’État.

La protection des élevages et l’éradication de la maladie reposent sur l’effort collectif : quelques élevages non vaccinés peuvent compromettre les efforts accomplis par tous les autres.

❌ « Il est inutile de vacciner des animaux manifestement sains »

Réponse :
La vaccination n’est pas un traitement. La vaccination est une mesure préventive qui ne doit être mise en place que sur des individus sains : elle protège avant l’exposition au virus et elle réduit sa diffusion dans les élevages et entre élevages. Attendre l’apparition de la maladie conduirait à des mesures beaucoup plus impactantes (abattage des bovins du foyer, restrictions strictes) et des pertes économiques majeures.

Évaluation des vaccins

❌ « On ne connaît pas la composition des vaccins : il y a un défaut de transparence »

Réponse :
La composition qualitative (liste des éléments le constituant) et quantitative (volume de ces éléments) des vaccins est connue et publiquement accessible via le résumé des caractéristiques du produit (RCP) et la notice du vaccin. Ce vaccin est composé, d’une part, de virus lyophilisé et, d’autre part, d’un diluant permettant de remettre le virus en suspension. Aucun adjuvant n’est présent dans ce vaccin.
Les vaccins sont autorisés uniquement après évaluation scientifique complète de leur composition par des autorités indépendantes (Agence Nationale du Médicament Vétérinaire) au niveau national ou Agence européenne des médicaments au niveau européen). Les données détaillées sont encadrées par le droit (couverts par le secret industriel), et entièrement analysées par l’autorité publique.

❌ « Les vaccins vétérinaires ne sont pas suffisamment testés »

Réponse :
Le niveau d’exigence des médicaments vétérinaires est équivalent à celui des médicaments humains.

Avant autorisation, tout vaccin fait l’objet d’études obligatoires sur :

  • sa qualité (fabrication, stabilité, conservation),
  • sa sécurité (innocuité pour l’animal et pour les denrées qu’il produit),
  • son efficacité (protection contre l’agent pathogène).

Ces études sont conduites selon des protocoles scientifiques harmonisés au niveau européen. L’autorisation n’est délivrée que si le rapport bénéfice/risque est favorable.

Deux vaccins de laboratoires différents ont été mis à disposition par l’État. Dans les deux cas, il s’agit d’un vaccin vivant atténué, qui a montré son efficacité dans la lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse, associé aux autres mesures de lutte, notamment dans les Balkans et en Europe du Sud (2015-2017). Cette utilisation à large échelle (2,5 millions de doses par an sur la période) permet d’avoir du recul sur ce vaccin.

❌ « Les effets secondaires du vaccin ne sont pas connus ou sont cachés »

Réponse :
Les effets secondaires observés avec le vaccin utilisé en France (contenant une souche atténuée du virus) sont connus et largement décrits dans la littérature. Ils sont listés dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP), document public fourni par les producteurs de vaccin, et surveillés via un système de pharmacovigilance vétérinaire obligatoire. Tout effet indésirable doit être déclaré et analysé.

Ces effets secondaires restent rares et temporaires car liés à la multiplication du virus vaccinal chez l’animal (simulation d’une infection pour stimuler le système immunitaire) ce qui induit une bonne immunité. Ils sont largement compensés par les effets bénéfiques de protection des cheptels contre la maladie.

Après la vaccination massive de bovins en France, depuis le mois de juillet 2025, les retours d'information (pharmacovigilance) montrent que ces effets secondaires sont limités et transitoires. Selon le bilan de l’ANMV arrêté au 8 juin 2026 pour le vaccin Bovilis Lumpyvax, 9 583 bovins sur 1 990 000 vaccinés, soit 0,48 %, ont été concernés par une déclaration. Les effets observés sont surtout des réactions au point d’injection, de la fièvre, de la fatigue, une baisse d’appétit, une baisse temporaire de la production de lait ou l'apparition de petits nodules sur la peau

❌ « Les vaccins contre la DNC ne bénéficient pas d’une autorisation de mise en marché (AMM), mais seulement d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU), ce qui atteste d’un moindre niveau de preuve »

Réponse :
Les AMM sont demandées dans un pays par les entreprises commercialisant les vaccins. Elles ne font cette démarche, le plus souvent, que dans les pays où il existe un besoin. La DNC n’ayant jamais été détectée en France avant le 29 juin 2025 et la vaccination n’étant possible que dans certains cas précis peu fréquents, les laboratoires n’avaient pas déposé de demande d’AMM en France. Face à l’urgence d’agir et au délai d’obtention d’une AMM, une ATU a été délivrée par l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) pour permettre de mettre en place une campagne de vaccination rapidement. L’attribution d’une ATU repose sur une évaluation scientifique complète des données disponibles (qualité, sécurité, efficacité), même si le dossier n’est pas formellement celui d’une AMM. L’ATU constitue donc un dispositif encadré permettant un accès rapide à des vaccins en situation d’urgence sanitaire, sans compromis sur l’analyse du rapport bénéfice/risque.

❌ « Il existe un risque de recombinaison ou de mutation du virus vaccinal »

Réponse :
Les vaccins autorisés sont conçus pour minimiser ce type de risque. C’est ce qu’on appelle l’atténuation du virus. Pour cela on utilise des souches atténuées stabilisées ou des technologies non réplicatives. D’après le laboratoire de référence de l’Union européenne, aucune recombinaison ou mutation n’a été observée avec les vaccins utilisés en France, en Italie et en Espagne, après utilisation sur le terrain alors que des millions d’animaux ont été vaccinés.

❌ « La vaccination des bovins peut avoir un impact sur la chaîne alimentaire »

Réponse :
La vaccination des bovins n’a pas d’impact sanitaire ou gustatif pour les consommateurs de viandes, de lait ou de produits laitiers originaires de bovins vaccinés. Lors des études réalisées par les agences du médicament française ou européenne pour la délivrance des autorisations de mise en marché (AMM) ou autorisation temporaire d’utilisation (ATU), les vaccins sont évalués aussi sur leur éventuel impact sur la chaîne alimentaire et leurs résidus éventuels (étude d’innocuité). Aucun produit n’est autorisé sans garantie de sécurité pour le consommateur. Au-delà du vaccin lui-même, ni le virus sauvage de DNC ni le virus vaccinal ne sont dangereux pour l’Homme.

Obligation de vacciner

❌ « En cas de refus de vaccination contre la DNC, la vaccination d'office est une atteinte grave au droit de propriété »

Réponse :
Les mesures de gestion des maladies réglementées comme la DNC visent à protéger l’ensemble des élevages.

Ne pas les appliquer favorise la diffusion de la maladie et augmente le risque qu’un nombre plus important d’animaux et d’élevages soient atteints. Les propriétaires ou détenteurs d’animaux sont ainsi tenus de réaliser ou de faire réaliser les mesures de prévention, de surveillance et de lutte que la réglementation leur impose.

En cas de carence ou de refus persistant malgré les rappels à la règlementation du droit applicable dans ces situations, ces mesures peuvent être exécutées d’office, aux frais des intéressés, par l’autorité administrative.

Les récents jugements des tribunaux administratifs ont démontré que la liberté fondamentale qu’est le droit de propriété était respectée et que les mesures mises en œuvre étaient, quant à elles, adaptées à l’enjeu collectif souhaité.

❌ « Le vaccin peut faire perdre aux agriculteurs bio leur labélisation »

Réponse :
La vaccination contre la DNC n’a aucune conséquence sur la conservation du label bio des agriculteurs. En effet, la vaccination est autorisée dans le cahier des charges de l’agriculture biologique comme d’autres médicaments.

Vaccination des veaux

❌ « Selon la notice des vaccins, les jeunes veaux ne devraient pas être vaccinés »

Réponse :
Les résumés des caractéristiques du produit (RCP) des vaccins DNC ne fixent pas de limite d’âge stricte en dessous de laquelle la vaccination serait interdite.

❌ « Les veaux nouveau-nés ne peuvent pas développer une immunité correcte »

Réponse :
Il est exact que le système immunitaire des nouveau-nés est immature et que la présence d’anticorps maternels peut interférer partiellement avec la réponse vaccinale. Cela est parfaitement connu et intégré dans les stratégies vaccinales. La vaccination précoce est néanmoins utile car elle peut amorcer une réponse immunitaire, même partielle, et contribuer à réduire la circulation du virus.

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