14 septembre 2026 Publication

Quelles perspectives pour l’alimentation du futur ? Protéines conventionnelles et protéines issues de biotechnologies

  • Claire Armengaud
  • Jean-Pierre Orand

Quels sont les enjeux sanitaires, nutritionnels, environnementaux, économiques, réglementaires et sociétaux liés aux protéines alternatives aux protéines d’origine animale ? Un rapport du CGAAER s’intéresse plus particulièrement à celles issues des biotechnologies telles que la culture cellulaire et la fermentation de précision. Une comparaison de la situation française avec celle d’autres pays complète cette analyse.

Lettre du CGAAER 208

Rapport de mission de conseil n°25024-P

Mars 2026

Enjeux

Parmi les procédés permettant d’obtenir des protéines alternatives aux protéines animales, la fermentation de précision a pour but de produire des molécules spécifiques, tandis que la culture cellulaire vise à recréer des tissus musculaires complexes en laboratoire. Les produits qui en sont issus sont soumis au règlement européen sur les « Nouveaux Aliments », qui exige une autorisation de mise sur le marché basée sur une évaluation scientifique rigoureuse. À ce jour, aucune « viande » cellulaire n’a été autorisée en Europe, contrairement à d’autres régions du monde. Ces produits, issus de la biotechnologie, sont souvent vus comme concurrents de ceux provenant des élevages. Une analyse complète des enjeux sanitaires, nutritionnels, environnementaux, économiques, réglementaires et sociétaux est apparue utile pour éclairer les décideurs.

Méthodologie

La mission a réalisé une importante étude bibliographique et a conduit des entretiens auprès des parties prenantes : administrations, communauté scientifique aux niveaux national et européen, dirigeants de startups. Un parangonnage a également été réalisé auprès des ambassades des pays pionniers comme Singapour, les États-Unis, Israël, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Australie. Enfin, la mission a réalisé une enquête en ligne auprès des associations de consommateurs et de protection animale, membres du Conseil national de l’alimentation.

Résumé

Ces dernières années, les débats autour du développement durable et de la sécurité alimentaire ont mis en lumière les limites de l’élevage des ruminants, notamment en raison de leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, des alternatives aux protéines animales se développent, allant de la production de substituts végétaux à celle de protéines issues d’innovations technologiques plus poussées telles que la fermentation de précision ou la culture cellulaire. Ces nouvelles approches visent non seulement à diversifier les sources de protéines, mais aussi à répondre aux préoccupations éthiques liées à l’abattage des animaux. La mission souligne l’émergence de nombreuses startups et recherches scientifiques dans ce domaine, qui soulèvent des questions sur la sécurité sanitaire, la valeur nutritionnelle, l’impact environnemental et l’acceptation sociétale de ces aliments.

Sur le plan sanitaire, les techniques de production de ces protéines alternatives sont maîtrisées et ne présentent pas de risques majeurs non contrôlés. Cependant, ces produits sont souvent dits ultra-transformés et ils nécessitent l’ajout d’additifs, de vitamines et d’oligo-éléments. Leur bilan environnemental est également contrasté. Bien qu’ils réduisent considérablement l’occupation des sols par rapport à l’élevage traditionnel, leur production en bioréacteur consomme beaucoup d’énergie, ce qui limite leur avantage carbone réduisant d’autant leur intérêt en comparaison des bénéfices écologiques de l’élevage extensif.

Économiquement, le secteur des protéines alternatives a connu un essor fulgurant jusqu’en 2023, suivi d’un ralentissement et de difficultés à lever des fonds privés pour les investissements. La France, bien que dynamique en innovation, peine à soutenir ses startups dans la phase cruciale de l’industrialisation en dépit de programmes de financement publics tels que France 2030. Les protéines issues de la fermentation de précision semblent plus prometteuses, notamment en raison de la tension croissante de l’offre sur le marché des protéines.

L’acceptation de ces nouveaux aliments par les consommateurs français reste faible, avec seulement 20 % de personnes favorables à la viande cultivée. Les réticences sont moindres pour la fermentation de précision, mieux connue du public. La transparence sur l’étiquetage et l’origine des produits est essentielle pour gagner la confiance des consommateurs, tout comme l’usage d’une dénomination claire qui évite toute confusion avec les produits traditionnels.

En conclusion, bien que les protéines alternatives ne soient pas encore prêtes à remplacer les protéines animales issues de l’élevage, elles pourraient jouer un rôle complémentaire, notamment dans des niches commerciales à haute valeur ajoutée. Leur succès dépendra de leur acceptation par les consommateurs, de la viabilité de leur modèle économique et de leur intégration dans un cadre réglementaire adapté.

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