Le loup et les activités d'élevage en Europe
01/05/2019
Christian Demolis, Michel Vallance
Une mission interministérielle a été chargée d'étudier les méthodes de gestion du loup et les mesures de protection de l'élevage dans différents pays européens.

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Rapport de mission de conseil n°18097

Mai 2019

Mots-clés : loup, hybride chien-loup, suivi biologique, viabilité, protection des troupeaux, tir de défense, indemnisation des dégâts, Suisse, Italie, Allemagne, Pologne

Enjeux

La population de loups se développe fortement et colonise d'autres régions que les Alpes, avec des enjeux agricoles encore plus marqués.

Dans ce contexte, les ministres de la transition écologique et de l'agriculture ont chargé le CGEDD et le CGAAER de faire une comparaison entre différents pays européens des méthodes de suivi et de gestion du loup, ainsi que des mesures de protection de l’élevage.

La mission devait en dégager des recommandations, notamment sur la façon de communiquer sur ce sujet sensible, et dans la perspective des modifications à apporter au plan loup 2018/2023 lorsque le seuil des 500 loups serait atteint en France, ce qui est déjà le cas.

Méthodologie

La mission interministérielle était composée de Thierry Boisseaux et Odile Stefanini-Mérignac du CGEDD, et de Christian Demolis et Michel Vallance du CGAAER.

Après avoir affiné sa connaissance du contexte français, la mission a décidé de choisir des pays au contexte comparable et des pays ayant des positions contrastées sur la gestion de la population de loups.

Son choix, s’est porté sur la Suisse, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne et la Pologne.
Elle a rencontré les administrations en charge de la gestion du loup, les acteurs de terrain concernés et des éleveurs confrontés à la présence du prédateur.

Résumé

La France a mis en place un système de suivi biologique du loup plus ambitieux et coûteux que la plupart des pays visités. Ce système devrait pouvoir être simplifié dans les zones de présence les plus anciennes.

Il paraît indispensable de mettre davantage l'accent sur les fronts de colonisation et sur les flux de population entre pays limitrophes, afin de préciser la dimension génétique du bon état de conservation de l'espèce. Une approche prospective, autant scientifique qu'économique et sociologique, mérite d'être conduite sur la future expansion du loup en France, en lien avec la gestion adaptative qu’il conviendra de mettre en place tôt ou tard.

Les populations de loups se développent partout en Europe, de manière contrastée selon les pays, de même que les attaques sur les troupeaux. Celles-ci ne se limitent plus aux ovins, mais concernent aussi les bovins. Le retour en force du loup dans des zones desquelles il avait disparu depuis moins d’un siècle provoque de vives tensions entre éleveurs et défenseurs du loup.

La mission a été frappée par trois caractéristiques qui se dégagent de la comparaison qu’elle a conduite. La France détient de très loin les records du nombre d’attaques de troupeaux (en valeur absolue ou rapportés au nombre de loups), du coût public de la protection, et du montant des indemnisations de dommages. Cette situation, qui a surpris de nombreux interlocuteurs rencontrés, conduit à s’interroger sur l’efficience du système mis en place au fil des ans par notre pays.

Loin d’un modèle uniforme ou d’une solution technique universelle, les pays (ou régions) modulent très différemment chacune des composantes du triptyque « bergers/chiens/clôtures », dans des approches qui peuvent apparaître parfois contradictoires d’un endroit à l’autre.

Le système d'indemnisation est également plus exigeant dans les autres pays européens dans la mesure où la mise en place effective des mesures décidées est généralement contrôlée sur le terrain et conditionne le droit à indemnisation.

La France a, depuis plusieurs années, davantage recours aux tirs que les autres pays visités, lesquels l’utilisent de façon très exceptionnelle pour certains et pas du tout pour d’autres. Cela n’a pas empêché la solide installation du loup dans le quart sud-est du pays, ni la forte dynamique de son expansion actuelle. Le recours à ces tirs devrait toutefois pouvoir être simplifié et accru comme moyen de prévention mais aussi « d’éducation du loup », en assouplissant le concept de tir de défense utilisé actuellement.

Enfin, s'inspirant des pays organisés sur un mode largement décentralisé, la mission encourage l’État à impliquer davantage les Régions dans les prises de décision et à organiser une conférence citoyenne sur la place du loup dans notre pays.

À télécharger

Rapport n°18097 : Le loup et les activités d'élevage comparaison européenne dans le cadre du plan national d’actions 2018/2023 (PDF, 2.05 Mo)