Erasmus + : les raisons d'un succès dans le secteur agricole
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr

Depuis sa création en 1987, le succès du programme Erasmus, qui vise de manière générale à favoriser les projets de mobilité et de coopération, ne se dément pas. Devenu Erasmus + en 2014, le programme s'est élargi en regroupant l'ensemble des anciens programmes européens dédiés à l'éducation, la formation, la jeunesse et le sport (dont Erasmus, Leonardo, Grundtvig, Comenius, SVE…). Il permet aujourd’hui à plus de 4 millions d’Européens d’aller se former à l’étranger. Et dans le secteur agricole, à quoi tient un tel succès ?

Le bilan 2014-2018 Erasmus + pour l'enseignement agricole indique que l'enseignement agricole bénéficie de plus de 8% des crédits alors qu'il ne représente que 2% de la communauté des apprenants. Cette chiffre illustre clairement que « les établissements de l'enseignement agricole savent se saisir des opportunités offertes par le programme qui s’adresse à tous : élèves, étudiants, apprentis et enseignants », indique Virginie Hossen, chef du bureau des relations européennes et de la coopération internationale au sein du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. La DGER (Direction générale de l'enseignement et de la recherche) s'est d'ailleurs dotée d'un réseau de 5 chargés de mission Europe et programmes européens (CMEPE) dans l'objectif d'aider les établissements à déposer des dossiers de demande de financements de mobilités mais aussi de mener des actions de promotion de l'Europe et des programmes européens, en formant des animateurs des réseaux géographiques et des chargés de coopération en région aux différents secteurs du programme Erasmus+ (enseignement scolaire, supérieur, professionnel, adultes ainsi que jeunesse et sport).

Aller voir autre chose que ce que les élèves connaissent déjà

Loin de l’image de l’auberge espagnole, l’idée est surtout de « pouvoir confronter ses pratiques à d’autres pays, à d’autres cultures » insiste Philippe Pinot du lycée agricole Les vergers à Dol de Bretagne. Déjà impliqué dans des échanges avec la Roumanie, le lycée dont il est le directeur a étendu son partenariat à des établissements agricoles en Hongrie, qui forment aussi des jeunes en BAC pro dans la filière Conduite de Gestion d’une Exploitation Agricole. Les formateurs des deux lycées ont pu échanger autour de leurs pratiques et mettre en place les premiers échanges de stagiaires. « Découverte du machinisme agricole, échange de pratiques, fonctionnement d’une exploitation et différences dans l’organisation des exploitations sont au centre des préoccupations » des Hongrois qui viennent en France. À l’inverse, les journées de stages qui se terminent tôt dans la journée en Hongrie, permettent aux jeunes français d’appréhender de nouvelles techniques, mais aussi de consacrer plus de temps à la découverte de la Hongrie, de ses us et coutumes. Que les échanges de part et d’autre se fassent essentiellement en anglais n’ote rien à leur qualité : « Chacun en ressort enrichi. Ce qui se passe est très fort. L’intérêt pour les élèves est d’aller voir autre chose que ce qu’ils connaissent déjà dans leur environnement et de mieux comprendre ce qu’ils constatent dans le pays d’accueil. Les moyens mis à disposition dans les exploitations par exemple, ou les écarts de productivité sont des données intéressantes pour les élèves ».

Multiplier les échanges entre jeunes et professionnels

Même constat du côté de Christian Virlojeux, directeur du lycée agricole Edgard Pisani de Tulle-Naves, en région Nouvelle Aquitaine : il porte un consortium regroupant 12 établissements d'enseignement agricole (17 lycées) du nord de la région prévoyant d'envoyer 306 jeunes et 32 accompagnateurs sur 2 ans dans divers pays associés au programme. Le lycée Edgard Pisani envoie chaque année une soixantaine de jeunes lycéens de première ou terminale des filières professionnelles aussi bien en Espagne dans les centres hippiques qu’en Belgique ou en Hongrie notamment pour les services à la personne et l'agriculture pour des stages individuels de 15 jours.

Pour László Davidovics, directeur du lycée agricole Bethlen Gábor à Gyomaendrőd en Hongrie et coordinateur de projets européens depuis plus de 20 ans,  il est important de « donner aux jeunes l’envie de reprendre les exploitations et de transmettre un savoir-faire ». Dans cette partie de l’Europe, comme en France, le souci d’une démographie vieillissante et d’un équilibre territorial est partagé. D’où la création d’un réseau d’agriculteurs, prêts à démultiplier ces échanges entre jeunes et professionnels, y compris en dehors du cadre pédagogique formel.

L’idée n’est pas non plus d’envoyer des élèves trop jeunes en stage dans des pays où ils n’ont parfois aucun repère culturel ou linguistique. L’intérêt consiste à ce qu’ils soient en mesure d’apprécier toute la dimension sociale et humaine de l’aventure. Les stages sont donc destinés à un public plus mature, voire adulte et sur des formations autres que celles à vocation agricole, comme les aides à la personne. C’est le cas des lycéens envoyés en stage en Belgique qui peuvent confronter leur expérience sans devoir affronter la barrière de la langue.

La forte progression des financements Erasmus + pour les projets des établissements de l'enseignement agricole depuis 2014 traduit les efforts déployés par les acteurs de ces structures et constitue un encouragement pour poursuivre l'élaboration de nouveaux projets dans un contexte où le programme s'attache à encore plus d'inclusion et de nouvelles initiatives pour atteindre tous les milieux sociaux et renforcer l'autonomie des jeunes et l'identité européenne. Il donne une identité à de jeunes Européens, qui partagent bien plus qu’un territoire commun.

À télécharger

Bilan 2014-2018 Erasmus + pour l’enseignement agricole (PDF, 2.53 Mo)