La diplomatie à l'œuvre pour la forêt et le climat
18/11/2016
La forêt et l’agriculture sont des secteurs clefs négociés lors de la COP 22. Très pointues et techniques, ces négociations sur le climat sont les premiers pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Explications de Florian Claeys, chargé de mission sur les forêts et le climat au ministère de l’Agriculture de l’Agroalimentaire et de la Forêt, et membre de l'équipe française de négociation climatique.

Les forêts et plus généralement, le secteur des terres, jouent un rôle majeur dans l'atténuation et l'adaptation au changement climatique. Si lors de la COP 21 de Paris, ce secteur a été l'objet de vives négociations et d'annonces ambitieuses, l'heure est maintenant à l'action. Les quinze jours de la COP 22 sont l'occasion de faire un bilan d'étape et de rehausser les niveaux d'ambition.Négociateur sur les forêts et le secteur des terres pour le ministère lors des négociations climatiques, au niveau européen ou niveau international, Florian Claeys se passionne pour ces écosystèmes entre nature et culture, entre environnement et sociétés. Il explique :

« L'arbre est notre meilleur rempart face au changement climatique et à ses conséquences. Il héberge une riche biodiversité, il protège le sol de l’érosion et l’enrichit, il améliore la disponibilité de l’eau… Et pour le climat, il stocke du carbone dans son bois ! Comme les sols et les océans, c'est une pompe naturelle pour absorber le CO2 »

Climat et forêt, une relation fusionnelle

Pour Florian Claeys :

« La forêt est le plus important réservoir terrestre de carbone, avec près de 15 000 GteqCO2. Au niveau mondial, elle séquestre 9,2 GteqCO2 d’émissions nettes par an, soit un tiers des émissions mondiales. En cela, elle est un de nos meilleurs outils pour atténuer le changement climatique, d'autant qu'elle aide les autres secteurs à eux-aussi réduire les émissions, en fournissant du bois pour l'énergie et les matériaux. Mais dans le même temps, face aux changements de température et de précipitations, face à l'accroissement des sécheresses, des incendies et des tempêtes, il y a aussi un enjeu d'adaptation des forêts. Et sur cet enjeu aussi, la forêt peut aussi aider les autres secteurs, en réduisant la vulnérabilité et au augmentant la résilience des sociétés.  Quels arbitrages faire entre ces différents enjeux ? C'est un véritable casse-tête tant pour les chercheurs, que pour les décideurs et les négociateurs car chaque forêt a ses particularités, en fonction de son sol, de son climat, de ses essences, de son utilisation par l'homme… Une partie des négociations de la COP 22, mais aussi des négociations sur la stratégie climatique européenne porte sur le rôle des forêts : quelle serait la meilleure gestion des forêts pour le climat ? Comment concilier cette gestion aux autres objectifs de développement durable ? Doit-on stocker un maximum de carbone dans les forêts ou au contraire intensifier leur exploitation et valoriser tous les usages du bois ? »

Le secteur des terres s'inscrit aussi en filigrane dans des grands enjeux de négociation climatique, notamment dans les équilibres délicats de l’accord de Paris.

« Tous les pays ont proposé leurs contributions nationales, et un grand nombre d'entre elles comprennent des engagements sur le secteur des terres et les forêts. La société civile et le secteur privé ont également lancé des initiatives ambitieuses sur les forêts. Tout ceci doit être suivi et, pour mesurer les progrès accomplis, nous devons élaborer un cadre d’analyse commun. Les méthodologies, les règles comptables, les inventaires nationaux doivent être adaptés à tous et en même temps aptes à participer à un bilan mondial en 2018 ! »

C'est tout l'enjeu des négociations de Marrakech.