En Afrique, restaurer les sols pour lutter contre la faim
04/11/2016
Crédit ci-après
© Dennis Mpairwe / Université de Makerere
Acteur engagé dans la lutte contre le changement climatique, le secteur agricole doit se réinventer en « climat smart agriculture ». Réintroduire la matière organique dans les sols est une des solutions. Exemples avec le CGIAR, le plus important partenariat mondial de recherche agricole pour un futur sans faim.

Plus de la moitié des recherches de CGIAR sont aujourd’hui tournées vers l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Pour Alain Vidal, directeur des partenariats et de la stratégie de CGIAR, « nous devons imaginer une « climat smart agriculture », adaptée aux enjeux imposés par le climat, qui assure une sécurité alimentaire tout en atténuant ses émissions de carbone et de méthane. Préserver et restaurer la matière organique dans les sols est une des solutions pour une agriculture résiliente et productive. Depuis vingt ans, nous expérimentons l’agriculture de conservation et plus récemment l’agro-écologie. Le sol est le parent pauvre de la recherche : les bailleurs de fonds préfèrent soutenir les recherches aux impacts visibles et rapides, ce qui n’est pas toujours le cas avec le sol !»

La restauration de la matière organique dans les sols a été la clef de voûte de la réussite de plusieurs projets de CGIAR. Focus sur deux projets.

Corridor du bétail, ouest de l’Ouganda, 2007

Crédit ci-après
© Dennis Mpairwe / Université de Makerere
Crédit ci-après
© Denis Mpairwe / Université de Makerere
L’herbe y est rare, les vaches et les bergers y sont maigres. L’érosion est forte et les pâturages secs, d’autant plus secs que les termites consomment les repousses d’herbe en en laissant d’autant moins pour les bêtes. Le programme de recherche CGIAR sur l’eau et l’alimentation propose aux éleveurs de se regrouper pour parquer l’ensemble du bétail la nuit dans des enclos qui sont déplacés régulièrement… Intensifier ? Non ! Selon Dennis Mpairwe de l’Université de Makerere (Ouganda), « nous avons appris aux bergers à conserver la bouses de vache pour les sols plutôt que pour alimenter leurs feux. Les déjections de nombreux animaux sur une petite surface enrichissent le sol en carbone. Les termites se ruent dessus, délaissant l’herbe qui se met alors à repousser et à s’étendre, grâce à l’amélioration de la matière organique du sol. En deux ans les résultats ont été fantastiques, plusieurs milliers d’hectares ont reverdi».

Niger-Burkina Faso-Mali-Sénégal, 2011

Plus de 200 millions d’arbres sont plantés sur 5 millions d’hectares grâce au projet de « régénération naturelle par les agriculteurs ». Les arbres restaurent les sols et créent des microclimats plus humides et plus propices aux cultures. « Les résultats de l’ICRAF, notre Centre international de recherche sur l’agroforesterie, sont incroyables : 500 000 tonnes de céréales supplémentaires sont produites chaque année grâce à ce projet d’agroforesterie, touchant 2,5 millions de personnes. Les revenus des agriculteurs ont augmenté de 50 dollars par hectare. Augmenter le stockage de carbone c’est augmenter la sécurité alimentaire et l’adaptabilité de l’agriculture au climat ! »

Rôle et mission du CGIAR : Ce groupe consultatif pour la recherche agricole internationale a été créé en 1971 à l’initiative de 18 pays, organisations internationales et fondations. Il coordonne les programmes de recherche agricole internationale pour réduire la pauvreté et assurer la sécurité alimentaire dans les pays en développement. Le CGIAR emploie aujourd’hui plus de 10 000 personnes dans plus de 70 pays et 15 centres de recherche.

Voir aussi