Xylella : la surveillance du territoire français

Sur instruction au niveau central de la Direction générale de l'alimentation (DGAL) du ministère chargé de l’agriculture, autorité compétente au niveau national, la surveillance officielle est réalisée par :

  • les Services régionaux de l'alimentation (SRAL) des Directions Régionales de l’Agriculture de l’Alimentation et de la Forêt (DRAAF) ;
  • leurs délégataires, à savoir les Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (FREDON), ;
  • les délégataires nationaux : FranceAgriMer, Service officiel de contrôle et de certification (GNIS-SOC), Centre Technique Interprofessionnel Fruits Légumes (CTIFL).

L'autorité compétente au niveau régional en France métropolitaine est la DRAAF qui agit sous l'autorité du préfet de région. L'autorité compétente au niveau des régions et départements d'outre-mer est le DAAF (direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt).

En Corse, l’organisation comporte une spécificité : l'échelon départemental des services de l’État (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations – DDCSPP) planifie et organise les contrôles dans les deux départements. Le SRAL est chargé de la coordination régionale de ces contrôles.

Près de 205 agents de l’État participent à temps plein ou partiel aux activités en rapport avec Xylella fastidiosa.

Organisation des laboratoires français

Les analyses officielles sont confiées à des laboratoires agréés (LDA) par le ministère chargé de l'agriculture pour les analyses de première intention (détection de la bactérie sur matrice végétale). En tant que laboratoire national de référence (LNR), le Laboratoire de la Santé des Végétaux (LSV) de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) supervise ce réseau de laboratoires et réalise les analyses de confirmation et d’identification des sous-espèces.

De plus, de par son mandat de LNR attribué par le Ministère chargé de l’agriculture, le LSV a pour mission la caractérisation, l’évaluation et la validation de méthodes de détection et d’identification afin de proposer des protocoles d’analyses fiables et validés pour l’usage attendu, en particulier pour la mise en place des plans de surveillance et de contrôles officiels.

Les analyses officielles sont mises en œuvre conformément à la norme européenne PM7/24 relative aux méthodes de diagnostic de Xylella fastidiosa et à la décision d’exécution 2015/789/UE.

Le Plan de surveillance Xylella fastidiosa

La surveillance du territoire, mise en place depuis plusieurs années, a été renforcée en 2017. Ses modalités ont été précisées par l’instruction technique DGAl/SDQSPV/2017-653 « Plan de surveillance pluriannuel national de Xylella fastidiosa » du 1er août 2017. Par rapport à celle parue en 2016, cette dernière instruction précise en particulier les modalités de renforcement de la surveillance des vignes, de surveillance dans les départements d’outre mer, les points de vigilance relatifs aux exportations et les modalités d’enregistrement des prélèvements.

Cette surveillance repose sur trois approches complémentaires décrites ci-après : surveillance événementielle, surveillance programmée officielle et surveillance programmée non officielle.

Surveillance programmée officielle

Elle prend la forme d'inspections ciblées chez les revendeurs et producteurs, et aux champs dans les filières jugées à risque (arboriculture, vigne, ornement et plantes à parfum aromatiques, médicinales et condimentaires (PPAMC)). Cette surveillance s’articule selon 4 schémas d’inspection :

  • Inspections phytosanitaires ciblées dans le cadre d'une Surveillance Officielle des Organismes Réglementés ou Émergents (SORE) spécifique à Xylella fastidiosa

Une programmation du nombre d’inspections annuelles par parcelle ou par site, précisé dans le plan de surveillance, a été constituée pour chacune des filières considérées et suivant une analyse de risque. Ces objectifs sont établis de façon pluriannuelle.

  • Inspections dans le cadre d’une Surveillance Officielle des organismes Réglementés ou Émergents (SORE) non spécifique à Xylella fastidiosa (i.e. déjà conduite à l'égard d'autres organismes nuisibles réglementés)

La surveillance de Xylella fastidiosa est également couplée à la surveillance d’autres organismes nuisibles ou maladies tels que la flavescence dorée, la nécrose bactérienne, la sharka, le capricorne asiatique, le chancre coloré du platane, etc. 

  • Inspections dans le cadre de la délivrance du Passeport Phytosanitaire Européen (PPE)

Conformément à la décision d’exécution 2015/789/UE modifiée, les passeports phytosanitaires européens ont été mis en place sur l'ensemble des espèces hôtes.

Tous les établissements qui produisent et commercialisent des végétaux devant être accompagnés d’un PPE font l’objet de contrôles phytosanitaires visant à détecter la présence de Xylella fastidiosa. Ces contrôles se traduisent par des inspections documentaires et phytosanitaires (inspections visuelles et prélèvements si constatation de symptômes douteux). Les pépinières qui cultivent des plantes mères de végétaux hôtes, les pépinières viticoles ainsi que les pépinières qui importent des végétaux originaires de pays tiers où la maladie est présente ou suspectée font l’objet d’une vigilance renforcée (prélèvements asymptomatiques).

  • Inspection dans les Points d'Entrée Communautaires (PEC).

En conformité avec la décision d’exécution 2015/789 relative aux mesures de lutte contre X. fastidiosa, des contrôles sont conduits dans les points d’entrée communautaire : des prélèvements sont réalisés sur tous les envois de plantes sensibles à X. fastidiosa originaires des pays tiers où la bactériose est connue ; ces envois sont consignés dans l’attente des résultats d’analyse. En cas de résultats positifs, les lots sont détruits. Dans certains cas de figure, ces derniers peuvent être conservés en quarantaine à des fins de recherches.

Surveillance programmée non officielle

La surveillance de Xylella fastidiosa est intégrée aux observations réalisées dans le cadre de réseaux d'épidémiosurveillance existants et visant des organismes nuisibles réglementés ou non : réseau Santé des Forêt (DSF) et réseau d’épidémiosurveillance cofinancé dans le cadre du plan Ecophyto.

Surveillance événementielle

Cette surveillance repose sur les signalements spontanés de suspicion d'infection des plantes par Xylella fastidiosa par des particuliers, des professionnels ou des observateurs Ecophyto, en dehors de leurs activités programmées.

A cet effet, la vigilance est renforcée chez les acteurs tandis qu’une campagne de sensibilisation et de communication est conduite sur tout le territoire.

Bilan de la surveillance en 2017

La pression de surveillance est répartie en fonction d’une analyse de risque et de la topographie de chaque région française (pression moindre dans les zones d’altitude, défavorables à l’établissement des végétaux hôtes de Xylella fastidiosa).

En 2017, 7 675 inspections ont été réalisées sur l’ensemble du territoire indemne (hors foyer). Dans les foyers des régions Corse et PACA, 34 243 inspections ont été réalisées dans le cadre de la surveillance des zones tampons.

Entre le 1er juillet 2015 et le 31 décembre 2017, 24 928 échantillons ont été prélevés sur le territoire national, dont 8 119 prélèvements en 2017 en Corse et en PACA.

Nombre d’échantillons prélevés en France dans le cadre de la surveillance de Xylella fastidiosa depuis juillet 2015. Les prélèvements réalisés dans les territoires d’Outre-Mer ne sont pas représentés.

Au cours de l'année 2017, 152 échantillons positifs ont été détectés sur le territoire, exclusivement dans ces deux régions. Toutes les analyses d’identification réalisées à cette période ont conclu à la présence de la sous-espèce multiplex. Enfin, on observe depuis 2016 une stabilisation de l’étendue des zones délimitées, dont les limites progressent peu.

La surveillance en 2017 a permis d’identifier 82 foyers supplémentaires en un an (+20  %) dans les deux régions Corse et Provence-Alpes Côte d’Azur.

Analyse des données avec la plate-forme d’épidémiosurveillance

La plateforme d’épidémiosurveillance en santé du végétal, en cours de construction, a pour objectif d’apporter un appui méthodologique aux gestionnaires de dispositifs de surveillance. Dans ce cadre, la thématique Xylella fastidiosa est inscrite parmi les chantiers prioritaires.

Le groupe de travail technique mis en place associe l’ensemble des acteurs impliqués dans la surveillance de Xylella fastidiosa (professionnels, scientifiques et administration), pour apporter un appui au gestionnaire de risque (Ministère de l'agriculture et de l’alimentation/DGAL) pour améliorer la surveillance, afin qu’elle réponde au mieux à ses objectifs au coût le plus juste, et ce dans le respect des standards méthodologiques. Ce groupe est chargé plus précisément d’évaluer le fonctionnement de la surveillance et la situation sanitaire vis-à-vis de Xylella, d’apporter un retour d’information aux acteurs locaux, et d’identifier les perspectives d’amélioration de la surveillance, en particulier par la recherche de synergies entre les dispositifs de surveillance déjà en place.

Ce groupe de travail a notamment aidé à la création de la plateforme de valorisation des données nationales de surveillance de Xylella fastidiosa. Ces données regroupent le bilan des prélèvements et des analyses réalisées, la liste des communes en zones délimitées, les cartes des zones infectées et leurs principales caractéristiques, les cartes d’occurrences des prélèvements, ainsi qu’un module d’évaluation de la qualité des données. L’analyse de ces données en continu permet d’alimenter l’analyse de risque pour cibler au mieux les actions de surveillance. En 2017, le groupe de travail a été à nouveau réuni afin de discuter des modalités de modification et d’amélioration du plan de surveillance, avant sa publication en août 2017, et des modalités de coordination et de mise en œuvre de la surveillance vectorielle nationale, non encore appliquée mais qui figure au titre des chantiers pour 2018.

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