Valérie Dermaux, le climat dans la peau
10/11/2016
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© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr
Chargée de mission Climat et agriculture au sein du ministère en charge de l’agriculture, Valérie Dermaux participe en tant que négociatrice à la COP22, conférence internationale sur le climat, qui se tient du 7 au 18 novembre 2016 à Marrakech. Parcours d’une fonctionnaire passionnée.

Lorsque Valérie voyage, c’est en vélo, train, bateau et bus. Des transports sobres en émissions de carbone. Elle décline cet engagement jusque dans son métier de chargé de mission Climat et agriculture au ministère chargé de l’agriculture. Depuis six mois à ce poste, Valérie Dermaux se familiarise aux négociations climatiques et prépare la 22ème conférence internationale sur le climat qui se tient du 7 au 18 novembre à Marrakech. Ses mots d’ordre ? Négocier, mais surtout convaincre ! Echanger les points de vue entre experts, multiplier les contacts pour faire tomber les barrières entre pays, trouver des vocabulaires communs est primordial !  « Au delà de l'aspect technique, des discussions sur les émissions de méthane agricoles ou sur le potentiel de stockage de carbone dans les sols, nous trouvons petit à petit des positions communes. Les dissensions, les gros blocages de ces dernières années disparaissent. L’Accord de Paris de novembre 2016 est une avancée fantastique, grâce au nouveau principe, dit « bottom-up », pour lequel chaque pays présente ses ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et d’adaptation au changement climatique. »

Une pierre pour le climat

Le hasard n’existe pas. Elle reluque ce poste chargé de mission Climat et agriculture depuis des années. « Pour voir, comprendre et apporter ma pierre à l’édifice ». Rien que ça ! L’environnement, c’est son credo. Vétérinaire, elle passe les concours de la fonction publique et se lance dans des boulots en hygiène et alimentation, tout en lorgnant du côté des postes en environnement surtout destinés aux diplômés en agronomie. Un Master 2 sur « l’anthropisation des écosystèmes » repeint son CV en vert agro. Embauchée au ministère de l’écologie en 2006 sur la réglementation des produits chimiques, Valérie s’attelle à l’inventaire des pesticides à usage domestique et industriels pour en harmoniser la mise sur le marché. Elle continue sur sa lancée à l’Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (alors Afssa) en 2009 en tant qu’agent de coordination de la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques : « je présentais la dangerosité –le profil toxicologique, écotoxicologique, établis par des experts- d’un produit versus son efficacité en agriculture à une assemblée d’experts qui débattait de leur mise sur le marché ».

Une pierre pour l’agriculture et l’environnement

La fonctionnaire poursuit son chemin, et parvient au ministère de l’agriculture sur le sujet des biocarburants. Polémique, les biocarburants, pour une fonctionnaire « écolo » engagée ? « Non, 1.5 % des terres agricoles mondiales sont utilisées pour faire des biocarburants, alors qu’on gaspille 30 % de notre alimentation ! Les biocarburants à eux seuls ne sont pas responsables de la faim dans le monde, même si, au niveau local, une vigilance est nécessaire ! C’est se tromper de cible : nous devons d’abord améliorer notre sobriété (c’est la part comportementale), puis notre efficacité énergétique et enfin produire de l’énergie renouvelable ». Valérie a été d’ailleurs l’une de ceux, qui, chaque année lors des discussions au Parlement sur les lois de finances, proposait des réponses aux amendements parlementaires sur la fiscalité des énergies.

Après la production d'énergie par l'agriculture, sa consommation ! Un poste sur la performance énergétique des exploitations agricoles au ministère en charge de l’agriculture l’amène à de nouveaux sujets comme les certificats d'économie d'énergie (CEE), la performance économique et environnementale des exploitations agricoles (PCAE). 12 000 projets d’exploitations ont ainsi été aidés, entre 2009 et 2014, à réduire leur consommation d’énergie. Les économies réalisées en bâtiments d'élevage atteindraient les 60 GWh/an.

L’environnement, l’affaire de tous

Dans son nouveau poste au bureau « du changement climatique et de la biodiversité », d’autres collègues s’investissent, comme elle, pour une agriculture sobre en carbone et plus résiliente au changement climatique. « Aujourd'hui, il y a une prise de conscience globale sur les sujets environnementaux : les collectivités ont tenu leur premier sommet mondial sur le climat (climate chance), les ratifications de l'Accord de Paris se sont faites en un temps record… L'agriculture française s’engage aussi. L'agro-écologie est un vrai projet d’avenir ; l'agroforesterie est un bel exemple d'actions bénéfiques pour le climat aussi bien en termes d'atténuation (diminution des émissions de gaz à effet de serre) que d'adaptation au changement climatique, avec un impact positif sur la biodiversité et les paysages ! »

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