Réduire les pesticides sans dégrader les performances économiques des exploitations françaises… C’est possible ?
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© Pascal Xicluna / Min.Agri.Fr
S’appuyant sur les résultats des fermes DEPHY, une étude de l'Inra suggère que la réduction des pesticides ne dégrade pas les performances productives et économiques de la très grande majorité des exploitations de grandes cultures !

L’Inra, en partenariat avec Agrosolutions, a analysé les résultats compilés pendant trois ans auprès de 1000 fermes engagées à réduire leurs pesticides, les fermes DEPHY. Les chercheurs ont ainsi démontré que pour l’agriculteur, l’adoption de systèmes moins dépendants des pesticides ne dégraderait pas, pour la plupart des cas, sa productivité et sa rentabilité. Dans 94% des situations, elle pourrait entraîner une productivité équivalente ou meilleure, et dans 78% des situations, elle entraînerait une rentabilité équivalente ou meilleure.

« Nous avons analysé les données du réseau des fermes DEPHY dont la plupart se sont lancées dans la réduction des pesticides dès 2010. Nous avons étudié les résultats de 946 fermes aux pratiques et aux contextes pédoclimatiques multiples : quand ils sont rentrés dans le réseau, leurs IFT variaient de 0.4 à 17 ! Réduire les pesticides, et de façon significative, peut être pour l’agriculteur économiquement viable ! » résume Nicolas Munier-Jolain chercheur et coauteur de l’étude, « à condition d’adopter les leviers non-chimiques de gestion des bioagresseurs que sont la diversification des cultures, le choix des variétés peu sensibles aux maladies, des pratiques de fertilisation raisonnée pour limiter les risques sanitaires, le désherbage mécanique, etc ». Ces leviers non-chimiques se raisonnent à l’échelle du système de culture, c’est-à-dire sur la diversité des cultures qui sont cultivées sur l’exploitation et qui se succèdent année après année sur chaque parcelle de l’exploitation, et c’est donc à l'échelle de la succession culturale que l’étude de la réduction de la dépendance aux pesticides est pertinente.

Comment est-ce possible ?

Attention à ne pas faire de fausse interprétation de ces résultats. Pour les auteurs, ces résultats ne suggèrent pas du tout que les pesticides seraient inutiles, que les agriculteurs en utiliseraient trop, même quand ils ne sont pas nécessaires. « Nous savons bien que les agriculteurs du réseau DEPHY raisonnent leurs traitements au plus juste, comme la très grande majorité des agriculteurs de France, et probablement même de façon plus raisonnée que la moyenne, vu leur engagement volontaire dans ce réseau focalisé sur la baisse d’utilisation des pesticides ». Ce que dit l’étude, c’est que « les leviers non-chimiques, d’ordre agronomique, qui peuvent être mobilisés pour la gestion des maladies et ravageurs des cultures, et des adventices, sont efficaces, mais surtout que,dans la majorité des situations, ils ne dégradent pas les performances économiques à l’échelle de l’exploitation ». C’est là l’originalité du résultat obtenu, rendu possible par le grand nombre de fermes DEPHY et leur grande diversité.

Et de combien pourrait on baisser l’usage de pesticides ?

L’étude intègre une simulation d’une transition généralisée de l’ensemble des fermes DEPHY vers les systèmes les plus économes en pesticides dans toutes les situations où l'on n’observe pas d’antagonisme avec les performances économiques. La baisse moyenne de l’usage de pesticide simulée dans les fermes DEPHY de ces situations serait alors de 42%, ce qui correspond à une baisse moyenne de 30% à l’échelle de l’ensemble du réseau, compte tenu que les agriculteurs des situations avec antagonisme ne modifieraient pas leurs pratiques.

Reducing pesticide use while preserving crop productivity and profitability on arable farms. Martin Lechenet, Fabrice Dessaint, Guillaume Py, David Makowski and Nicolas Munier-Jolain. Nature plants, 27 février 2017.  Nature plants est la revue fille de la très prestigieuse revue scientifique Nature.