Les immenses perspectives du big data dans l’agriculture
Crédit ci-après
©Thinkstock
Météo, état hydrique des sols, état sanitaire et végétatif des plantes, qualité du lait, alimentation de chaque vache… Le développement des capteurs sur les exploitations agricoles fait exploser le volume des données agricoles, le « big data », qui, selon les grands acteurs du secteur, promet un bon en avant vers une agriculture de haute précision plus économe et plus verte, mais également une révolution scientifique dans la compréhension des relations agriculture-environnement-climat.

Au petit déjeuner, Martin allume sa tablette. L’ensemble de son exploitation y est connectée. Sur l’atelier lait, deux alertes attirent son attention : une vache vêle et une autre monte en température : peut-être une infection ? Il ira l’isoler. Le robot de traite, l’ayant déjà détecté, a déjà ajouté à sa ration un complément alimentaire de sainfoin en attendant la décision de l’éleveur. Côté cultures, satellite et drone ont rendu leur verdict : il devra passer une heure tout au plus dans la parcelle du bois joli pour fertiliser et traiter sa partie nord-est sur un demi-hectare. Quelques petites carences en azote et des tâches de rouille y ont été détectées. Il rêve, Martin ?

Vers une agriculture totale

A peine. Des capteurs petits, précis, géolocalisés, équipent déjà l’ensemble de l’exploitation : tracteurs, outils, automates de traite, distributeurs d’aliment, animaux, bâtiments, champs… Phénomène, ancien, il s’accélère et change de nature : ces outils communiquent entre eux et interagissent. Cette masse de données qui circule dans les fermes et le traitement de ces mégadonnées, ce « big data » sera-t-elle la prochaine révolution dans l’agriculture ? Oui répond le monde économique qui imagine les services immenses qu’elle pourra rendre et qui y investit massivement. En 2015, les investissements dans des start-ups en technologies agricoles et alimentaires ont doublé, atteignant les 4,6 milliards de dollars. Chez le tractoriste CLAAS, le département Nouvelles Technologies est passé de 50 à 250 salariés en cinq ans. « On est en train de passer à l’agriculture totale, à l’automatisation du traitement des données collectées par les machines» analyse Bruno Pierrefiche coordinateur des chefs produit Tracteurs et Nouvelles technologies. Ils ont lancé en 2013 Farmnet 365, une start-up qui travaille en collaboration avec l’ensemble des fournisseurs du monde agricole (préconisation semences, engrais, alimentation animale, banques, assurances…) pour proposer une plateforme de services issus des données collectées sur les exploitations.

Une éclosion de start-ups

SMAG, start-up en big data agricole, rachetée par le géant des coopératives In Vivo en 2012 affiche une croissance insolente de 15% par an. Ayant doublé ses effectifs en quatre ans pour  atteindre les 145 salariés, SMAG hébergera dès novembre 2016 un studio agro-digital de 600 m2 dédié à l’expertise des données agricoles : « La concurrence est rude et il faut aller très vite ! témoigne Stéphane Marcel DG de SMAG, les « Gafa » (Google, Amazon, Facebook, Apple) font la pluie et le beau temps et changent en permanence les technologies de l’Internet. Nous devons  nous adapter en permanence ». Il relativise cependant : «  le Big data en agriculture fait le buzz mais Facebook génère en un jour plus de données qu’une campagne agricole ! Le véritable enjeu est d’utiliser la bonne technologie pour extraire et valoriser des informations de multiples données hétérogènes comme des images satellitaires, des tweets d’agriculteurs, des données météo… Les algorithmes qui analysent ces données sont fantastiques. Leur promesse est grande, mais on a encore quelques années devant nous avant d’en observer véritablement les fruits ». Ce qu’obtiendra Martin de cette révolution du big data ? Plus de temps pour lui, plus de précision, plus d’anticipation, sans aucun doute plus d’économies et de respect de l’environnement… Comme en médecine humaine, il est difficile aujourd’hui d’estimer cet incroyable potentiel du big data. « Start-ups et chiffres sur les bénéfices attendus du big data en agriculture fleurissent de partout ! Pour l’agriculteur, ce sera sans doute comme au poker ; il faudra payer pour voir ! On ne sait pas ce qu’on gagnera en investissant dans ces technologies ; certains y perdront sans doute, mais, à long terme l’apport de connaissances pour l’agriculture sera incroyable, note Gilbert Grenier, professeur d’automatique et génie des équipements à Bordeaux Sciences Agro, un indicateur peut-être de cet enjeu des données agricoles : le foncier aux Etats-Unis est revendu 20% plus cher s’il est accompagné de ses données, sa mémoire numérique de son potentiel et de ses utilisations ».

Qu’est-ce que le big data ?

Chaque jour 2,5 milliards de milliards de données sont produites dans le monde. Ces 5 dernières années ont produit autant de données que les 50 dernières années ! Cette production déchaînée de données associée à des capacités de stockage gigantesque et des algorithmes hyper performants capables de les traiter et de leur donner ensemble, mis bout à bout, du sens est à l’origine de ce big data dont on imagine des sources de connaissances nouvelles, des services et des retombées incroyables pour notre santé, notre vie quotidienne, mais aussi notre agriculture. Dans ce domaine nous sommes passés en une dizaine d’années de quelques informations à l’hectare à des millions de données géolocalisées grâce à l’arrivée de tracteurs équipés de GPS : aujourd’hui, 46% des tracteurs en sont équipés en France. En géolocalisant sur quelques années toutes les interventions faites par l'agriculteur sur son tracteur, en les couplant avec les données météo, on peut être capable d'optimiser au plus précis son travail.

Voir aussi