Recherche : tic et puces dans l’étable
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© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr
Les recherches sur le rumen de la vache, véritable boîte noire, s’accélèrent grâce à l’arrivée de capteurs… et d’outils capables d’absorber leurs flux d’informations continus. Pour les chercheurs, c’est une révolution ! Le big data leur ouvre des perspectives de recherches inimaginables il y a quelques années pour améliorer les performances économiques et environnementales des élevages. Reportage à l'Inra de Rennes dans l'unité Pegase.

Dans la banlieue agricole de Rennes –le grand ouest et son bassin d’élevage-, entre prairies et champs de maïs destinés à l’alimentation animale, 600 veaux, vaches, cochons, chèvres  peuplent étables et hectares de terrains de la station expérimentale de l’Inra. L’unité Pegase s’atèle à comprendre comment les animaux et les élevages interagissent avec l’environnement. Une quarantaine de techniciens, animaliers et chercheurs se passionnent pour la vache, véritable moissonneuse batteuse capable de découper entre bourrelet et incisives  jusqu’à 150 kg d’herbe chaque jour. Un goinfre qui passe 8 heures à s’alimenter avec ses 80 0000 coups de mâchoires et 8 heures à ruminer, pour au final… De la viande, du lait, du méthane… et des fèces. Véritable cuve à fermentation colonisée par des millions de bactéries, le rumen, capable de transformer les fibres végétales en énergie pour la vache, fait l’objet de nombreuses recherches. « C’est une boîte noire. Nous essayons de comprendre et modéliser son fonctionnement le plus finement possible pour au final apporter à la vache une alimentation qui maximise sa production et minimise les pertes pour l’éleveur et pour l’environnement », explique Philippe Faverdin, directeur adjoint de l’unité de recherche. Selon lui, ajuster au plus près les apports d’aliments à l’animal par une alimentation de précision permet d’économiser jusqu’à 40 % de tourteaux de soja par kilo de protéines de lait !

Les capteurs, sources inépuisables de données

Dans l’étable de l’unité, les vaches paissent tranquillement, des bijoux plein le cou : une puce Rfid, un capteur de comportement qui détecte tous ses mouvements de rumination, d’alimentation, ses chaleurs, son vêlage…  On lui fait même ingérer une petite capsule, le thermobolus qui, installée au chaud dans le rumen, mesure en continu la température de la vache. Pour tous, l’essor de ces capteurs qui fournissent des informations en continu, associés à des traitements informatiques et statistiques, révolutionne la recherche : « On est capable de suivre les variations de la température corporelle, du rythme cardiaque et du métabolisme de tout un troupeau. Ce qui n’était pas envisageable voire imaginable il y a cinq ans le devient aujourd’hui. Ces gigaoctets d’information ouvrent des champs des recherches immenses ! C’est vraiment une rupture» se réjouit Jaap van Milgen, directeur de l'unité. « C’est une mine d’information pour mieux comprendre le fonctionnement d’une vache. Jusqu’à présent on la modélisait à l’aide de moyennes, d’équations simples, aujourd’hui on est capable de nourrir nos modèles par des données en temps réel et de déceler la moindre variation… et de tenter de l’expliquer et d’adapter au plus près la conduite » détaille Philippe Faverdin qui voit déjà arriver sur des élevages expérimentaux des robots de traite analysant la quantité et la qualité de lait de chaque vache pour ensuite distribuer automatiquement dans les auges aliments et compléments alimentaires adaptés aux besoins réels - et non plus théoriques - de chaque vache. Malgré les difficultés à poser des capteurs sur ces animaux très malins et joueurs, le constat est le même chez les cochons. Ludovic Brossard s’intéresse au comportement alimentaire et à la nutrition des cochons dans leur environnement : « l’alimentation des animaux est le critère clef de la rentabilité d’un élevage. Fournir un régime à la carte en fonction des besoins de l’animal améliore la compétitivité économique et environnementale des élevages ».

Bientôt, dans nos campagnes, des élevages de précision pilotés par robots et données en fonction des besoins du cochons, des cours du soja et du maïs et des stocks de l’éleveur ?  « Dans ce nouveau système d’élevage, qui prendra la décision : l’homme ? Le robot ? L’animal ? Quelle place respective leur donner ?, s’interroge Jaap van Milgen, on délègue des solutions économiques de plus en plus sophistiquées à la confiance d’une machine. C’est l’éleveur qui au final doit détenir les clefs de la règle de décision qui s’applique à la machine ».

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