La mission d'attaché agricole en trois réussites
Nicolas Ponçon et Sébastien Bouvatier sont conseillers aux affaires agricoles. Ils travaillent en binôme pour l'Asie du Sud-Est (ASEAN). Leur métier en trois succès stories en matière d’ouverture de marchés et de softpower. Ils témoignent.

Grippe aviaire H5N1 : défendre l'exportation des bassins de production indemnes

"2015. L’influenza aviaire touche une dizaine de départements dans le Sud-Ouest de la France. La France prend des mesures drastiques de gestion et de protection contre la diffusion de la maladie aux zones encore indemnes. L’objectif ? Protéger les élevages des zones indemnes contre les pertes économiques et maintenir le commerce international à partir des zones indemnes, conformément aux règles de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Lorsqu'un foyer d'épizootie animale se déclare sur un territoire, les pays importateurs sont prompts à fermer leurs frontières aux importations de l'ensemble du pays. Dans la balance, des régions entières de productions agricoles indemnes pénalisées. De nombreux pays importateurs n'ont pas reconnu ce zonage et ont suspendu fin 2015 toutes leurs importations de volailles françaises (atteignant 1 milliard d’euros en 2015 pour l’ensemble des exportations françaises de volaille). C'est le cas des pays de la zone Asean, notamment les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande. Pendant près d’un an, entre décembre 2015 et octobre 2016, nous avons négocié, en lien avec les services vétérinaires à Paris, auprès de chaque pays le statut de zone indemne pour les régions françaises non touchées par le virus. On plaide notre cause en valorisant les mesures de lutte réalisées en France pour éradiquer l’épizootie. Dès janvier 2016, les volailles de Vendée et de Bretagne par exemple ont pu de nouveau être exportées vers les Philippines.

Ces négociations sont très variables d'un pays à l'autre et dépendent de l'histoire de nos relations diplomatiques : il faut toujours savoir convaincre à l'aide de procédures bien identifiées."

Des pommes, du vin… Lever des freins règlementaires à l'importation

"En 2015, le gouvernement thaïlandais imagine des règles très contraignantes sur l'étiquetage des vins et spiritueux. Exit les étiquettes avec illustrations et appellations Grand cru, Château,…  Après près d’une année de négociations,  avec notamment une lettre commune du ministre de l'Agriculture et du secrétariat d’État au commerce et une discussion à l’occasion du dialogue économique de haut niveau entre la France et la Thaïlande, nous avons réussi, avec l’aide également des autres pays exportateurs, à geler cette réglementation. Un peu plus à l’est, aux Philippines, en 2014, les importations de pommes sont stoppées. Il s’agissait d’un marché récent où les exportations atteignaient 300 k€ mais avec un potentiel de plusieurs millions d’euros (les exportations totales de pommes françaises en Asie du Sud-Est sont de l’ordre de 25,5 M€ en 2016). En cause : une nouvelle réglementation drastique. En lien avec le ministère de l’agriculture à Paris, nous sommes alors partis défendre le système de surveillance sanitaire français ! Un succès ! La France négocie actuellement le protocole de nos exportations et les conditions d’accès au marché avec les autorités philippines et l’interprofession des pomiculteurs française. Les pommes françaises devraient pouvoir faire leur retour sur le marché français avant la fin de l’année 2017.

Nous travaillons beaucoup en réseaux, en lien étroit avec les autres conseillers agricoles européens pour coordonner notre action. En 2017, c’est par exemple ensemble que nous tâchons d’empêcher la mise en place de restrictions à l'importation de produits laitiers en Indonésie (notre premier poste d’exportation agroalimentaire avec 80 M€ !)."

Le pouvoir de convaincre sur la base de l’excellence agricole à la française

"Nous réalisons un gros travail d'influence en matière d’indications géographiques. Depuis près d'une vingtaine d'années, nous transmettons petit à petit à l'ensemble des pays de la zone ASEAN le concept d’indications géographiques. Les premières lois protégeant des produits sous IG ont été votées au Vietnam en 1996, en 2003 en Thaïlande, en 2007 en Indonésie, en 2012 au Laos, etc. Nous accompagnons actuellement la Birmanie sur ce sujet. Nous avons contribué à la rédaction d’un projet de loi sur la protection des IG dans le pays. Grâce à l’appui financier de l’AFD, une étude d’identification des produits à potentiel en tant qu’IG a été réalisée. Avec l'aide de l'INAO et de l'AFD, nous accompagnons les producteurs pour la reconnaissance des premières IG dans le pays, notamment le riz Paw San de Shwe Bo. But du jeu ? Aboutir à une compréhension mutuelle du concept de l’IG et de son intérêt pour les économies nationales et ainsi faciliter la reconnaissance de nos propres indications géographiques : « Champagne », « Cognac » , « Roquefort », ou encore « Pruneaux d’Agen ». Ils peuvent alors plus aisément être enregistrés et protégés par les pays tiers."

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