Du bio et de l'autonomie fourragère
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© Pascal Xicluna / Min.Agri.Fr
Faillir vendre sa ferme… Et finalement passer au bio. C’est à la suite d’une formation pour donner un second souffle à leur vie professionnelle que Jean-Paul et Nadine Loisy, éleveurs de vaches laitières et producteurs de fromages dans la Nièvre, se convertissent au bio et font le pari réussi d’un élevage 100% autonome en alimentation et en énergie.

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« De toute façon, tu ne réussiras pas à faire manger du foin à tes vaches Holstein! » prédit le voisin de Jean-Paul Loisy. Il a raison le voisin. Un court instant seulement. Quand Jean-Paul, quatrième génération d’éleveur et deuxième génération de producteur de fromages à Rouy dans la Nièvre, décide de gagner en autonomie et de passer au bio, c’est toute son exploitation qui y passe, grand-parents et vaches comprises ; « Habituées à manger des aliments sans beaucoup de fibres, les vaches se sont étonnées, quand, le premier soir, j’ai voulu leur donner du foin. Pendant trois jours, elles n’en ont pas mangé. Leur production de lait chutait, je ne savais plus quoi faire ! Mais, on m’avait dit « sois ferme, ce ne sont pas les vaches qui décident, c’est toi»… Un matin, elles se sont redécouvertes herbivores ruminants et ont fini par s’y mettre à raison de deux repas équilibré matin et soir avec des fibres ! » retrace l’éleveur.

C’était en 2009. « Je ne voulais plus alimenter mes vaches avec du concentré additionné d’urée et du tourteau de soja brésilien dont la culture intensive accélère la déforestation. J’étais fatigué de produire toujours plus et j’étais malade à chaque fois que je sortais traiter. J’avais même commencé à rédiger une petite annonce pour vendre la ferme! »

Gagner en autonomie

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C’est une formation de quelques jours, « donner un second souffle à sa vie professionnelle », qui convainc finalement Jean-Paul et sa femme Nadine de rester. « Autonomie, nature, séchage en grange… En nous faisant imaginer notre vie rêvée, nous avons déterré les valeurs que nous partagions. Et la facilité de les décliner sur notre exploitation lorsque l’on a identifié les freins psychologiques au changement ; peur de la réaction des parents, amis, voisins, peur de l’échec… » raconte Nadine. « J’ai remis en cause tout ce que j’avais appris précédemment en matière de production animale !» résume l’éleveur qui découvre une « nouvelle » manière d’alimenter son troupeau de 80 vaches et 50 génisses avec ses foins et ses pâtures.

Des frais vétos divisés par trois

Pour l’éleveur, « La plupart des maladies du troupeau sont provoquées par une mauvaise alimentation. Avec mon changement de pratiques et ce passage à l’herbe, j’ai divisé mes frais vétérinaires par trois. Et mes vaches vieillissent mieux qu’avant : je peux les garder 10 ans. Pour réduire les antibios, j’ai suivi avec deux salariés une formation en homéopathie. L’observation et la détection des symptômes est essentielle ! » Leurs revenus sont sensiblement les mêmes que précédemment, mais bientôt la coopérative biolait passera collecter leur surplus de lait qui sera alors mieux valorisé.

En 2014, le couple ouvre sur sa ferme un magasin rassemblant les produits de plus d’une quinzaine de producteurs bio. Il vend aussi ses fromages frais, secs et affinés, commercialisés sous la marque Le Val d’Osseux (Tommette du Val d'Osseux, le Nivernais au cœur fondant, le P'tit Paul) qu’il produit et affine avec ses cinq salariés dans la fromagerie attenante. Nadine rapporte que « nos clients ont trouvé que nos fromages ont plus d’arômes qu’auparavant ». Le goût fleuri de leurs fromages serait-il celui du foin de leurs vaches ?

Un sol nu est une aberration pour la photosynthèse, le climat et le sol !

Jean-Paul Loisy  découvre l’ingénieuse alchimie des mélanges d’espèces et implante ses prairies avec 6 à 7 espèces différentes. Il pratique le sur-semis et sème des méteils pour donner des céréales et des protéines aux vaches et fertiliser naturellement les sols.

Sur ses champs où le rumex est vite - et naturellement- remplacé par ses trèfles blanc ou violet,  il pratique le sans désherbant, le sans labour… Découvre le « comment faire avec » plutôt que le « lutter contre », consulte les calendriers lunaires…  Il va loin, Jean-Paul pour décliner sa foi et ses valeurs ! «  Un sol nu est une aberration pour la photosynthèse, le climat et le sol ! Et 1,5 tonnes de vers bien nourris par mes intercultures travaille bien mieux que le labour… » Pour sécher son foin, Jean-Paul construit un bâtiment dont la ventilation récupère l’air réchauffé par le soleil sous toiture. Le chauffage de la fromagerie et de la maison d’habitation est assuré par la chaudière alimentée par le bois des haies de la ferme. Il économise plus de 10 000 litres de fioul chaque année.

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