Stéphane Travert : « Le numérique est le moteur de la transition agro-écologique »
© Cheick Saidou / Min.Agri.Fr

Quel avenir dessine le numérique pour l'agriculture et l'alimentation française ?

L'utilisation du numérique a un potentiel immense. Les États généraux de l'alimentation l'ont identifié : pour l'aval, c'est l'une des solutions préconisées pour renforcer la traçabilité et mieux informer le consommateur. Pour l'agriculture, le numérique est le moteur de la transition agro-écologique. Une transition que je définirai en quatre points :

  •  Une agriculture économe : ces nouvelles technologies permettront à l'agriculteur de disposer de données très fines sur la situation de son exploitation qui seront au service d'une agriculture plus précise, économe en intrants, plus verte, et d'une meilleure gestion des risques liés à l'activité agricole ;
  • Une agriculture qui coopère : l'agriculture française a toujours su s'appuyer sur des outils collectifs, des réseaux d'échanges de matériels ou de pratiques. Grâce au numérique, ce partage pourra s'imaginer à une échelle inédite. Il sera un accélérateur d'innovations et d'échanges de savoir-faire, de matériel, de produits agricoles, … Chaque exploitation pourra ainsi améliorer ses performances économiques et environnementales. De nombreux groupes d'échange de pratiques ou de conseils sur des productions spécialisées s'organisent déjà sur les réseaux sociaux et forum d'Internet ;
  • Une production alimentaire proche du consommateur : le numérique permet un contact direct entre  les consommateurs et les producteurs et multiplie leurs liens : Internet permet de construire des circuits courts selon de nouvelles modalités.Il offre des opportunités pour expliquer le travail des producteurs et des transformateurs et valoriser notre excellence alimentaire ;
  • Une agriculture qui innove : une moissonneuse batteuse et ses milliers de capteurs est souvent bien plus connectée qu'une voiture. Il y a de la place pour l'invention de très nombreux services numériques à l'agriculture et à l'alimentation. Par exemple, les robots offrent des alternatives pour réaliser les tâches pénibles et coûteuses en main d’œuvre.

N'est-ce pas une évolution très forte du métier d'agriculteur ?

Absolument ! Pour inventer de nouveaux services correspondant aux besoins et à la réalité des exploitations, il est important de favoriser le contact entre les agriculteurs et les innovateurs numériques, tout en garantissant aux agriculteurs que les informations qu'ils auront partagées dans ce cadre ne seront pas utilisées contre leurs intérêt.
L'adoption de ces nouvelles technologies n'est pas neutre : coûteuse en matériel, elle est souvent complexe.
L'agriculteur découvre un nouveau métier : face à des flux d'information continus, il a besoin de nouvelles compétences. Il faudra donc l'accompagner dans l'équipement de son exploitation et dans l'acquisition de compétences, que ce soit par des outils économiques, par le conseil ou par la formation initiale et professionnelle. L’État en prendra toute sa part, mais à l'évidence, d'autres acteurs, le conseil agricole, la coopération, sont aussi pleinement concernés.
L'autre grand enjeu est la protection des données. Il faut éviter la position dominante de quelques acteurs.

Pour répondre à ces grands enjeux, j'ai demandé lors de la clôture des États généraux de l'alimentation qu'une feuille de route numérique pour l'agriculture et l'alimentation soit réalisée. Le numérique apportera une vraie valeur ajoutée à l'agriculteur : il doit pour cela être au cœur de cette révolution.