« Pour un enseignement agricole avec un ancrage régional fort, un pilotage national efficace »
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© Sylvain Tallon / Min.Agri.Fr

En ouverture du Salon international de l'agriculture, ce samedi 25 février, le ministère de l'Agriculture et l'Observatoire de l'enseignement technique agricole (OETA), présidé par Henri Nallet, organisent un colloque sur l'avenir de l'enseignement agricole à l'horizon 2025. Rencontre avec Philippe Vinçon, directeur général de l'enseignement et de la recherche (DGER).

Pourquoi avoir organisé un tel colloque, et qu'en attendez-vous ?

À un moment où le monde agricole diminue en terme de poids numérique, mais où les problématiques du monde rural sont de plus en plus importantes, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a demandé à l'Observatoire de l’enseignement technique agricole (OETA) d'organiser un colloque pour réfléchir à l'avenir de l’enseignement agricole en privilégiant deux angles d'approche : les attentes et les besoins des régions, la formation professionnelle et ses atouts. Cette journée rassemblera les acteurs de l'enseignement agricole dans leur diversité, mais également des élus, des experts et des personnalités de la société civile. Ce colloque doit permettre de dégager quelques idées-forces pour l'avenir de l'enseignement agricole.

Quels sont les enjeux de l'enseignement agricole au sein des régions ?

L'enseignement agricole est un dispositif original qui repose sur une double dynamique : un pilotage national et un ancrage territorial pour répondre aux besoins locaux. Pour que cela fonctionne, il faut coupler les deux. L'idée est de tenir compte des problématiques régionales afin de s'adapter aux nécessités. C'est déjà le cas, mais il faudrait le formaliser encore plus. La force de l'enseignement agricole est d'avoir cette démarche nationale de mise en réseaux qui évite de se retrouver isolé au sein d'un territoire, car on est inséré dans un réseau qui couvre la France entière y compris l'Outre-mer.

Enfin, il ne faut pas oublier l'importance des établissements agricoles pour la vitalité des zones rurales et péri-urbaines. Ce sont des questions d'autant plus importantes que l'enseignement agricole est devenu minoritairement agricole, avec seulement un quart des formations, le reste allant des formations générales aux métiers de l'environnement et des services à la personne.

Comment formaliser cette articulation entre l'État et les Régions ?

Concrètement, une convention a été signée le 23 juin 2016 entre le ministre de l'Agriculture et le président de l'Association des régions de France (ARF), Philippe Richert, sur l'enseignement technique et, donc, sur la relation entre l'État et les Régions. Des conventions régionales pourront ainsi être mises en place, et une première est déjà envisagée dans la région Occitanie.

Fin janvier, vous avez rencontré les délégués régionaux des élèves des établissements publics...

Oui, cet échange a vraiment été très riche. Tout en exprimant certains aspects à améliorer, je les ai trouvés très positifs sur leur expérience dans l'enseignement agricole et très heureux de leurs choix : ils étaient satisfaits des professeurs, des méthodes, des débouchés… Ce sont les meilleurs ambassadeurs de l’enseignement agricole ! Plusieurs d'entre eux viendront d'ailleurs témoigner au colloque. Ils ont également évoqué un point que je connaissais – mais que je n'avais pas vu ressortir avec autant de force : le poids des stéréotypes négatifs sur l'enseignement agricole dont ils avaient souffert, notamment au moment de leur choix d'orientation. C'est tout l'intérêt de la tenue d'un tel colloque.

Qu'en est-il des liens entre l'enseignement agricole et l'Éducation nationale ?

Les liens entre ces deux univers, très complémentaires, sont bons au niveau central et régional, mais doivent être renforcés au niveau des établissements. D'abord pour, justement, lutter contre les stéréotypes, mais aussi parce qu'il me semble nécessaire de développer des passerelles, et dans les deux sens, de manière à ce qu'il soit possible de passer de l'un à l'autre plus facilement et à différents niveaux. La poursuite d'études dans l'enseignement supérieur, quel qu'il soit, est également un enjeu majeur. La volonté du Ministre est que les jeunes qui ont la capacité de le faire puissent le faire. Il faut limiter les autocensures.

Comment voyez-vous l'enseignement agricole à l'horizon 2025 ?

Je vois un enseignement agricole très ancré dans ses territoires, avec des dynamiques régionales fortes et une adaptation à leurs publics. Je le vois avec un pilotage national encore plus efficace mais aussi avec des liens resserrés avec l'enseignement supérieur, ce qui permettrait à davantage de jeunes de l'enseignement technique de choisir cette voie. Je le vois centré sur la formation des agriculteurs avec des exploitations sur lesquelles se forment les jeunes agriculteurs français, mais répondant aux besoins de formation sur les métiers verts, les métiers de l'environnement, de la forêt et de l'agroalimentaire, les métiers des services à la personne ainsi que ceux du tourisme et du développement des territoires.

Que les établissements soient des lieux de réflexion et d'ébullition, des points d'appui pour les territoires ruraux. En résumé : un système en réseau bien connecté avec l'enseignement supérieur, la recherche et l'international, ouvert sur le monde, l'innovation et les métiers de demain, mais en même temps bien ancré sur le plan local et bien assis sur son cœur de métier qui est la formation des agriculteurs. Ces dimensions sont déjà présentes dans l'enseignement agricole mais doivent être confortées.
 

« L'enseignement agricole a des choses à nous apprendre. » Philippe Vinçon, directeur général de l'enseignement et de la recherche (DGER) au ministère de l'Agriculture, est l'invité de l'émission « Rue des écoles » de France Culture qui se tiendra en direct le dimanche 26 février de 17h à 18h depuis le Salon international de l'agriculture (stand de la MSA, hall 4 - allée B, stand 91).
 

Qu'est-ce que l'OETA ?

Créé le 15 juillet 2015, l’Observatoire de l’enseignement technique agricole (OETA) est chargé d’évaluer en toute indépendance l’organisation et les résultats de l’enseignement technique agricole public et privé, et son adéquation en termes de qualification et d’emploi, mais aussi d’insertion scolaire et professionnelle des élèves, des étudiants, des apprentis et des stagiaires. Il remet chaque année un rapport au ministre de l’Agriculture qui est rendu public et présenté au Conseil national de l’enseignement agricole (CNEA). Actuellement présidé par Henri Nallet, ancien ministre de l'Agriculture, l'OETA est composé de 12 membres désignés en raison de leur compétence en matière d’évaluation ou dans le domaine éducatif.