Nénufar, une unité de méthanisation accessible
©Xavier Remongin/Min.agri.fr
Deux jeunes diplômés d’AgroParisTech ont mis au point un système de méthanisation basé sur une bâche membrane installée au fond d’une fosse à lisier, capturant ainsi le biogaz à moindres frais.


Il est neuf heures du matin, la ferme expérimentale de Grignon est en activité depuis un moment déjà. Jeoffrey Moncorger et Remy Engel nous accueillent à proximité de la fosse à lisier de l’exploitation. Ces deux jeunes diplômés d’AgroParisTech sont les cofondateurs de Nénufar, une start up qui propose un produit innovant pour le milieu agricole.

Début 2012, Jeoffrey fait à vélo un tour d’Europe des exploitations. Il remarque que des bâches sont souvent utilisées sur les fosses à lisier pour empêcher la pluie de diluer le fertilisant sans pour autant récupérer le biogaz qui s’en dégage naturellement. En étape à Bucarest, il croise la route de Rémy, camarade de promotion ayant déjà eu des expériences professionnelles autour de la méthanisation. Ils échangent leurs points de vues et créent Nénufar, de retour en France, en septembre 2012.

Un système innovant et rentable

L’innovation apportée par l’entreprise porte sur la membrane déposée sur le lisier. Profitant de la présence obligatoire des fosses à lisier dans les exploitations laitières (grâce au plan nitrates de 92), la membrane est une bonne alternative à la construction d’une unité de méthanisation classique, beaucoup plus onéreuse. L’investissement pour un système Nénufar est en effet compris entre 50 000 et 100 000 euros suivant la taille de la fosse à lisier, alors qu’une unité classique de méthanisation demandera un investissement de 300 000 à trois millions d’euros suivant sa taille.

20. Le lisier accumulé dans la stabulation est transféré vers la fosse

Grâce à des flotteurs, la bâche est parfaitement étanche et peut stocker le précieux méthane qui fait la particularité du biogaz. Ils permettent une mobilité de la bâche dans la fosse, ce qui facilite l’accès aux pompes des épandeuses à lisier. Le méthane est ensuite acheminé de la fosse vers les bâtiments. Contrairement aux unités de méthanisation les plus courantes, le biogaz n’est ici pas transformé en électricité : il est utilisé pour produire de la chaleur par combustion.

La membrane limite la propagation des mauvaises odeurs, tout en récupérant l’eau de pluie qui pourra être réutilisée par l’exploitant. De plus, l’installation automatisée n’exige que peu de temps de travail de la part de l’agriculteur.

L’absence de système de chauffage entraine une variation de la production de biogaz durant l’année, qui est maximale à 38°C. Cela n’empêche pas les économies annuelles de consommation de combustibles d’avoir été estimées à 10 000 euros dans le cas de la laiterie de la ferme expérimentale.

30. La mesure indique un taux de méthane satisfaisant de 47%, encore perfectible selon Rémy

Des perspectives de développement intéressantes

« Le Nénufar de la ferme de Grignon est notre premier contrat, mais déjà 5 autres fermes se sont déclarées intéressées par notre système. Les discussions sont en cours. »

Rémy et Jeoffrey ne sont pas les seuls sur le marché de la méthanisation à bas coût. Leurs principaux concurrents sont canadiens et italiens. Comme Nénufar, leurs systèmes respectifs misent sur une membrane couvrant la fosse. La membrane n’est cependant pas directement au contact du lisier mais attachée sur le béton, ce qui peut poser des problèmes de corrosion de ce dernier.

Les deux amis travaillent maintenant à temps plein, et envisagent de recruter une à deux personnes pour les épauler, l’une pour l’installation des Nénufars, l’autre pour le développement commercial de l’entreprise.

De plus, de nouvelles idées germent déjà dans leur esprit :« Nous pensons à deux produits différents, l’un portant sur l’épuration du biogaz jusqu’à 90% , ce qui permettrait son utilisation comme carburant des tracteurs adaptés, l’autre sur la récupération du gaz émis par le fumier »

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