Lutter naturellement contre les bio-ravageurs du fraisier

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©Cheick.Saidou/MinAgri.Fr

Précurseur de la protection biologique intégrée des cultures, le pôle fraises d’Invenio (le Centre de recherche et d’expérimentation de la filière fruits et légumes d’Aquitaine) a rejoint le réseau DEPHY Expé. L’objectif : mettre en place une stratégie de lutte globale combinant plusieurs solutions alternatives aux produits phytosanitaires. Zoom sur les parcelles de Sainte-Livrade-sur Lot en Aquitaine, l’un des sites d’expérimentation du centre.

Invenio regroupe de nombreux producteurs qui souhaitent améliorer la qualité de leurs produits. C'est notamment le cas des fraises, dont la production en France provient presque à 50% d’Aquitaine. Un programme de recherche d'envergure géré par l'Appellation d’origine protégée (AOP) Nationale Fraises de France a été lancé pour diminuer le recours aux produits phytosanitaires. Engagé depuis le début des années 1980 dans la lutte alternative contre les bio-agresseurs et la protection intégrée des cultures, Invenio s'est naturellement rallié au projet. Le centre a également rejoint le réseau DEPHY Expé , dont le but est de faire le pont entre les recherches menées en laboratoire et le terrain.

La culture hors-sol, une réponse aux maladies telluriques

À Sainte-Livrade-sur-Lot (47), l’un des cinq sites d’expérimentation du réseau DEPHY Expé Fraises , la Gariguette est au centre de toutes les attentions. Cette variété, très appréciée des consommateurs, est en plein développement. Plantée en serres verres ou tunnels multichapelles chauffées, sa culture hors-sol permet de la protéger des maladies telluriques (maladie du sol).
« Au début des années 2000, les producteurs se sont sentis démunis lorsque le bromure de méthyle, a été interdit, se souvient Jean-Jacques Pommier, chef de projet pour Invenio. En effet, ce produit était très efficace pour le traitement des maladies du sol, mais se révélait désastreux pour la couche d'ozone. Nous ne disposions alors pas d'alternatives efficaces. La culture hors-sol nous a permis de pallier ce manque, tout en améliorant nos conditions de travail. »

Des méthodes naturelles pour lutter contre les bio-agresseurs

Reste encore à lutter contre les ravageurs et les champignons... Et pour la fraise, ils sont très nombreux. Invenio recherche donc de nouveaux moyens raisonnés – produits de bio-contrôle ou auxiliaires naturels - pour contrer efficacement ces bio-agresseurs sans avoir recours aux produits phytosanitaires, ce qui concerne notamment :

  • L’oïdium (champignon) : selon la météo et la biologie de ce champignon, un outil d'aide à la décision (modèle de prévision) permet de connaître les périodes à risque pour les cultures. Des informations utiles pour adapter les traitements à base de bicarbonate de potassium ou de soufre. Efficaces, ces produits de bio-contrôle ont un faible impact sur l'environnement.
    Autre piste : la génétique. « Les variétés tolérantes permettent de limiter significativement les traitements contre cette maladie du fraisier, explique Jean-Jacques Pommier. Le lancement d'une nouvelle variété sur le marché pose cependant le problème de la stratégie commerciale. En matière de fruits et légumes, faire connaître un nouveau produit auprès des consommateurs prend souvent plusieurs années. »

  • Les pucerons : contre la dizaine d’espèces qui s'attaquent au fraisier, la méthode principale de protection consiste à introduire des insectes prédateurs tels que les larves de chrysopes ou les hyménoptères parasitoïdes.

  • Les thrips (insectes parasites de plantes) : certaines punaises (Orius) et acariens (Amblyseius cucumeris, A. swirskii) sont des prédateurs naturels pour les deux espèces ravageuses : Thrips tabaci et T. frankliniella occidentalis.

  • Les aleurodes (mouches blanches) : pour lutter contre ces insectes, c’est encore l'hyménoptère qui intervient afin de parasiter les larves. Des produits de bio-contrôle à base de champignons entomopathogènes (bactéries ou substances luttant contre les insectes) peuvent être utilisés dans les périodes où l'hygrométrie est élevée.

  • Les mouches drosophiles (mouches des fruits) : pour ces ravageurs venus d'Asie et présents dans les fraiseraies depuis 2011, seules les mesures préventives peuvent actuellement limiter les dégâts. Elles consistent notamment à récolter les fruits de façon plus fréquente, afin d’éviter leur surmaturité. Autre levier, évacuer les déchets des parcelles pour éviter l'émergence des populations. En cas d'attaques d’insectes, le traitement chimique reste cependant le seul moyen efficace d'agir. Des recherches sont en cours pour identifier des alternatives naturelles.

  • Les punaises (Lygus sp.) : comme pour la mouche drosophile, Invenio recherche actuellement des ennemis naturels pour lutter contre ce bio-agresseur.
     

Interview : 3 questions à Jean-Jacques Pommier, responsable du pôle fraises, centre de recherches et d'expérimentations d’Invenio

Pourquoi l'AOP Nationale Fraise de France s'inscrit-elle dans une démarche de protection intégrée des cultures ?

C'est une volonté professionnelle. Nous travaillons sur un marché très concurrentiel. La qualité est donc un critère essentiel pour que nos fraises françaises se démarquent de la concurrence étrangère. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants en matière de respect de la santé et de l'environnement. En utilisant des méthodes alternatives aux produits chimiques, nous répondons donc également à leurs attentes. Les producteurs préfèrent eux-aussi utiliser des moyens de bio-contrôle efficaces lorsqu’ils existent. En plus de la recherche, nous accompagnons les agriculteurs en les formant et en les informant sur la protection biologique intégrée (PBI).
 

Quels sont les freins au développement de la protection intégrée pour la culture de la fraise ?

Pour certains ravageurs, les résultats en lutte biologique sont aléatoires, alors même que le prix d’achat des auxiliaires est important. En cas d'attaque massive, le traitement chimique reste souvent la seule issue pour limiter les dégâts... Malheureusement, il a également pour effet de décimer les populations d’auxiliaires naturels qui protègent les cultures. Les producteurs seront donc démunis tant qu'ils ne disposeront pas de solutions de rattrapage compatibles avec la PBI. Le projet DEPHY Expé Fraises étudie précisément ces points de blocage. Les stratégies évoluent d'année en année avec l'arrivée de nouveaux auxiliaires et de nouveaux produits de bio-contrôle. Le futur s’annonce prometteur.
 

La protection intégrée des cultures est-elle compatible avec une fraisiculture économiquement performante ?

Depuis plus de 10 ans, la production hors-sol est en plein développement avec plus de 600 hectares au niveau national. Cette culture est économiquement intéressante, en particulier dans le créneau précoce (variétés qui arrivent plus vite à maturité). Les producteurs souhaitent s'inscrire dans une démarche vertueuse de protection biologique intégrée, mais attendent en retour une juste valorisation de leur production, gage de durabilité de leurs entreprises.

  • Mots clés

Pesticides, Ferme Dephy, Produits Chimiques, Ecophyto

 

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