Les enjeux et défis de l'agriculture à Mayotte
© Cheick Saidou/Min.Agri.fr
Mayotte connaît une transformation rapide, qui doit adapter son agriculture aux nouveaux besoins de la population tout en préservant ses systèmes agroforestiers. Entre européanisation et croissance démographique, quels enjeux et défis animent l'agriculture mahoraise ? Rencontre avec Jean-Michel Berges, directeur de la DAAF de Mayotte.

Quelle est la place de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt dans l'économie régionale?

© DAAF Mayotte
L'agriculture occupe une place essentielle à Mayotte : un tiers des ménages ont une activité agricole, ce qui est le taux le plus élevé des départements français. Nombre de ces ménages produisent uniquement pour leur consommation familiale, principalement du manioc et de la banane. La moitié des exploitants sont exploitants à titre principal, souvent sur de très faibles surfaces (un demi-hectare en moyenne), mais les systèmes agroforestiers pratiqués peuvent être relativement intensifs. Alors que la population mahoraise avoisine aujourd'hui 250.000 habitants, cette petite agriculture très faiblement mécanisée assure l'approvisionnement de l'île en manioc et autres tubercules, banane verte, fruits et légumes. Le maraîchage et l'élevage sont des secteurs en plein développement. Le niveau de transformation de cette production reste toutefois faible et le secteur agroalimentaire est appelé à croître dans les prochaines années. La préservation des forêts et des systèmes agroforestiers est essentielle pour la protection du lagon de Mayotte.

Quels sont les principaux dossiers d'actualité portés par la DAAF ?

L'entrée de Mayotte dans la dynamique européenne est très récente (2014), et a suivi de peu la départementalisation. De nouveaux moyens financiers sont donc disponibles dans le cadre de la PAC mais les exploitations agricoles et les collectivités locales n'ont pas été vraiment préparées à ce nouvel environnement. Il est aujourd'hui essentiel de faire émerger des projets individuels et collectifs et de les accompagner pour adapter l'agriculture et le milieu rural au défi que représente la croissance démographique mahoraise.

L'accompagnement de la jeune Chambre d'agriculture, de la pêche et de l'aquaculture de Mayotte (CAPAM), créée en 2006 et actuellement en difficulté, est un dossier également important. D'une manière plus générale, l'appui aux structures professionnelles et interprofessionnelles constitue une part importante de l'activité de la DAAF.

En termes de filières, la mise en place d'un abattoir bovin est un autre objectif important, de même que l'augmentation des capacités d'abattage des volailles. Il y a là à la fois des enjeux de structuration et des enjeux de sécurisation de la qualité sanitaire des productions locales.

Enfin il faut rappeler le savoir-faire local dans la production et la transformation des plantes aromatiques et à parfum : ylang-ylang, vanille, poivre, citronnelle, gingembre, curcuma, girofle, piment et noix de muscade sont des productions « signature » de Mayotte et la concrétisation du projet de pôle d'excellence rurale dédié à la relance de ces productions est un dossier majeur porté par la DAAF, en partenariat étroit avec le Conseil départemental.

Quels sont les prochains enjeux et défis à relever ?

Deux défis méritent d'être soulignés :

  • le défi du savoir et des compétences, majeur pour Mayotte à tous les niveaux. Le taux d'illettrisme est très élevé dans ce département qui est aussi le plus jeune de France. L'établissement public national de Coconi joue un rôle important dans la formation des jeunes, mais également dans la production et la diffusion de connaissances. Il convient de consolider les efforts dans ce domaine (agrandissement de l'internat, fusion avec l'AFICAM).
  • le défi foncier : Mayotte est la région la plus dense de France après l'Ile de France, et en même temps une région où la plupart des agriculteurs exploitent sans titre, ce qui pose des problèmes pour la construction de bâtiments ou pour contracter des emprunts. Nous allons travailler avec le Conseil départemental, l'ASP et le nouvel établissement public foncier pour sécuriser le foncier des exploitants, identifier et sanctuariser des espaces propices pour l'installation de jeunes agriculteurs.

Mayotte en quelques chiffres

Superficie

Situé dans l’archipel des Comores, entre Madagascar et l’Afrique continentale, Mayotte est le 101ème département français depuis mars 2011 et a acquis le statut de région ultra-périphérique de l'Union Européenne en 2014.

Population

Lors du recensement de 2012, 212 000 habitants ont été dénombrés, dont 50% ont moins de 17 ans. Cette population augmente très rapidement sous l’effet de la forte immigration en provenance des pays voisins et d’un taux de natalité trois fois supérieur à celui de la métropole. Le PIB par habitant est de 7 900 € (contre 32 000 € en métropole).

Terroire agricole et emploi

La surface agricole représente 19% des 374 km² du territoire mahorais, soit 7.092 ha recensés au dernier RA 2010. L’essentiel est constitué de systèmes agro-forestiers plus ou moins arborés et intensifs, avec de nombreuses associations de cultures.

En 2010, ce sont 15 627 exploitations qui ont été dénombrées pour une surface moyenne individuelle de 0.45 ha. La moitié des exploitations auto-consomment la totalité de leurs productions. Seulement 361 exploitations font plus de 2 ha.

Plus de la moitié des exploitations sont « sans titre » ou en « indivision », ce qui les empêche les exploitants d’avoir accès à des aides à la modernisation.

28.578 personnes sont actives dans le secteur agricole, mais la pluriactivité est de mise puisqu’on ne compte que 13 357 ETP agricoles. La moitié des chefs d’exploitations sont des femmes.

Seulement 1.6% des chefs d’exploitations ont une formation agricole, diplômante ou non.

Les grandes productions de la région

Mayotte est autosuffisante à 80% en fruits et légumes avec près de 60.000 tonnes produites. Les cultures vivrières sont prédominantes avec 6.541 ha, dont 2.514 ha de bananes (légume ou dessert) et 1.752 ha de manioc. Les cultures de rente représentaient 143 ha d’ylang et 30 ha en vanille en 2010, mais ces productions sont en fort déclin.

Le maraîchage est en plein développement avec 133 ha en 2010 (40 ha en 2003). Les surfaces fourragères représentent 107 ha et les arbres fruitiers 139 ha mais ces estimations sont peu fiables du fait de la dispersion de ces productions dans les parcelles.

On compte 17.000 bovins et 12.700 ovins et caprins, avec un développement rapide de l'élevage bovin (4.8 bovins par élevage en 2010 contre 8 en 2015). L'élevage de volaille progresse également vite et l’île est quasi-autosuffisante en œufs (15 M d’œufs produits par an). La production de poulets de chair devrait se développer dans les prochaines années.

La filière agro-alimentaire représente le tiers du faible tissu industriel de l’île. Des incitations fortes à son développement ont été mises en place dans le cadre du programme POSEI.

 

Retrouvez le site de la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Mayotte

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