Le bien-être animal enseigné dans les lycées agricoles
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© Cheick Saidou / Min.Agri.Fr

Nutrition, soin, manipulation… Le bien-être animal est enseigné dans toutes les composantes de l’élevage… jusqu’à la conception des bâtiments ! Un bien-être qui se répercute jusque dans le litre de lait. Illustration de cet enseignement au lycée agricole de Pau Montardon (Pyrénées-Atlantique).

Un doigt pointe vers l’étable. Là-dedans, ça rumine tranquillement. Affalées.

« Vos vaches, là, vivent à l’intérieur », reproche-t-on.

« Non, regardez là-bas, leur portail est ouvert », se défend-on.

On se permet alors de donner un conseil : « Et bien, enfermez-les dehors ! »

Il ne s’emporte pas : « Aujourd’hui, il fait chaud. Elles préfèrent rester à l’abri. Une vache supporte mieux le froid que la chaleur. Revenez ici un jour de petite pluie : vous serez à l’intérieur… Elles seront sans doute dehors entrain de brouter ! » explique Gérald Cap, patiemment, au passant. La pédagogie, c’est son métier. « Ce qui est bien pour nous ne l’est pas toujours pour l’animal. Nous combattons ce genre d’excès d’anthropomorphisme, qui va à l’encontre du vrai bien-être ». Responsable de l’exploitation agricole du lycée de Pau-Montardon, il gère trois élevages de 66 taurillons, 64 vaches laitières et 30 vaches allaitantes. Pas mal d’animaux… Et beaucoup d’élèves qui apprennent, dès la seconde, à leur contact. « Sur l’exploitation les jeunes ne courent jamais, ne crient pas. Lors des soins donnés aux animaux, on leur enseigne les techniques pour immobiliser (la contention) et pour manipuler en toute sécurité pour eux comme pour la bête», détaille Angélique Lailliau, professeure de zootechnie : « le bien-être animal est notre challenge perpétuel ! Après avoir été manipulée, une vache doit repartir tranquillement. Si on ne l’a pas stressée, elle reste calme et notre travail est plus efficace, plus rapide ! Bien être avec l’animal est un investissement long terme. Qui débute très tôt : l’animal mémorise très vite le comportement de l’homme. Une mauvaise expérience vécue jeune peut le rendre agressif pour toujours ! »

Bien-être pour mieux produire
© Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr

Le bien-être animal influence aussi la production ; un porc soumis à un stress grossit moins vite qu’un paisible congénère. Des vendeurs de brosses vantent même les 3% de lait supplémentaires produit par des vaches qui se grattent régulièrement. « Pour qu’un animal produise bien, il faut qu’il soit bien. C’est le coeur du métier d’éleveur. On réfléchit en permanence au bien-être de l’animal, par sa nutrition, sa santé, son bâtiment… », résume Tiffany, en deuxième année de BTS productions animales. Dans sa classe, peu sont fils ou fille d’éleveurs, mais tous sont passionnés par l’élevage et extrêmement sensibilisés au bien-être animal. Ils ont des anecdotes à foison : « les cochons ont un caractère joueur et sont sujet à l’ennui ! Pour les occuper, certains éleveurs leur donnent des chaînes, des jouets ou des ballons !»… Mais ils connaissent les limites : « certaines exigences des consommateurs sont surréalistes, ils se projettent trop sans connaitre les vrais besoins de l’animal », estime Noémie, « un canard en cage seul est protégé de ses congénères : obliger les élevages à rassembler ses canards les expose au stress, aux coups de bec et à une mortalité plus importante».

Des soins sains

« On apprend à bien observer les vaches : leur état de santé général, la couleur de leurs poils, leurs muqueuses… En élevage laitier, les vaches souffrent surtout de boiteries, d’inflammation des mamelles et de difficultés de reproduction. » indique Lucille, « que l’on apprend à soigner de nombreuses manières ! » L’exploitation du lycée, impliquée dans un programme Ecoantibio de réduction d’antibiotiques en élevage, accueille de nombreuses expérimentations et teste des innovations…

Au cul des vaches, se succèdent ainsi vétérinaires, ostéopathes, homéopathes, acupuncteurs, géobiologues (radiesthésistes), phytothérapeutes… Les étudiants sont initiés aux pratiques conventionnelles et alternatives. A chacun de façonner ses convictions… Voire de les transmettre ! Début 2016, quatre élèves ont invité chercheurs, experts de terrain et éleveurs à débattre pendant 3 jours sur l’usage des antibiotiques en élevage bovin et sur leur impact potentiel sur la santé des consommateurs, « Les antibios allons-y mollo »…

Du bien-être… du sabot jusqu’au toit

Il y a cinq ans, professeurs et élèves du lycée agricole Pau Montardon ont réuni architecte, technicien en élevage et ergonomes pour concevoir leur nouveau bâtiment d’élevage et maximiser le bien être de l’animal et de l’homme.

« Toit isolé thermiquement et recyclé à 99%, ultraventilé, l’orientation du bâtiment est à contre-courant des bâtiments classiques » détaille Gérald Cap, responsable de l’exploitation du lycée, «Le couchage des vaches est orienté côté « beau temps », ce qui nous permet de garder le bâtiment ouvert toute l'année, quelles que soient les conditions climatiques. Et nos veaux vivent presque dehors, dans des niches ! On développe avec une entreprise des barrières de séparation en tubulaire de plastique, plus souples, moins traumatisantes et moins bruyantes… Nous sentons la différence : les vaches sont en meilleure santé et nos frais vétérinaires ont diminué. Nous avons une recrudescence de problèmes de sabots - on a privilégié le béton au tapis- mais nous appelons le pédicure plus souvent et il prévient beaucoup de boiteries ».

Pour en savoir plus sur le lycée agricole : LEGTA de Pau-Montardon, route de Pau, F-64121 Montardon, http://www.pau-montardon.educagri.fr/

  • « On fait toujours allusion au bien être animal dans la formation. Nous en parlons tout le temps en cours via l’alimentation, la santé, la production, la reproduction. C’est une composante clé de la productivité d’un élevage ! » © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • « Le bien-être, on y réfléchit tout le temps. Le bien-être animal est une pratique multiple. Plus la bête est à l’aise, plus notre travail est plus efficace : on a moins besoin de forcer avec l’animal ! » © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • Apprendre à bien observer son élevage. Les étudiants découvrent la méthode obsalim, qui permet de diagnostiquer la santé des vaches et l’état de leur nutrition par l’observation de signaux physiologiques, comme la qualité des muqueuses ou des poils. © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • L’étable, dont la toiture est en matériau recyclé à 99%, a été pensée pour le bien-être animal. Avec des répercutions sur la santé des vaches et la qualité de leur lait ! Le nombre de mammites a diminué et le taux de cellules dans le lait a été divisé par trois. © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • « Dans le cadre du programme Ecoantibio, on fait découvrir aux étudiants des méthodes alternatives, comme l’homéopathie. Nous utilisons une grille de décision pour utiliser l’homéopathie en fonction des troubles (locomoteurs, mammites…) » © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • L’exploitation du lycée LEGTA de Pau-Montardon teste et expérimente avec des professionnels des installations pour améliorer le bien-être des animaux. Ici, test d’une niche à veaux doubles, à l’extérieur, avec un tubulaire en plastique, moins froid, plus souple et plus adapté au gabarit évolutif de ces jeunes animaux en phase de croissance. © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • L'élevage du lycée est aussi un support de recherche sur la production, la transformation… On teste ici une cloison souple pour séparer les vaches : c’est moins traumatisant, moins bruyant et moins froid. © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • Laura, étudiante en production animale, a reçu un prix lors des trophées des lycées agricoles du salon de l’agriculture de 2016 pour la manipulation de cette vache en toute sécurité. Elles se sont beaucoup entrainées ensemble. © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • « Nos étudiants sont extrêmement sensibilisés au bien-être animal. Ils savent que pour qu’un animal produise bien, il faut qu’il soit bien… Ils entrent très vite dans notre logique d’optimisation de leurs pratiques pour les soins aux animaux. » © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr
  • L’exploitation du lycée agricole de Pau-Montardon fait partie d’un Giee pour gagner en autonomie fourragère. Toutes les cultures sont dédiées à l’alimentation du troupeau. Ils ont ainsi introduit des intercultures, doubles cultures et méteils. © Cheick Saïdou / Min.Agri.Fr