La bioéconomie, nouvelle vision du vivant
unité de méthanisation par voie sèche
Pascal.Xicluna/Minagri.fr
Agriculture, forêt, agroalimentaire, chimie du végétal... la bioéconomie est à la croisée de plusieurs secteurs d'activité qui traitent la biomasse. Innovante et verte, elle est une nouvelle manière de regarder l'économie. Petit tour d'horizon.

La bioéconomie, késako?

C'est l'ensemble des activités économiques fondées sur la matière organique, c'est-à-dire les végétaux et les animaux, qu'ils soient marins ou terrestres. Cette économie c'est le rassemblement de la production, de la transformation de la matière organique et des déchets qui en sont issus. La bioéconomie a donc un caractère renouvelable  : la matière organique peut être produite en continu grâce à la photosynthèse. Et de ce fait la bioéconomie s'inscrit dans le cadre de l'économie verte, c'est-à-dire une économie respectueuse de l'environnement et qui utilise de façon plus efficiente les ressources naturelles. Elle est à l'intersection d'autres ensembles d'activités et elle offre des débouchées nouveaux aux secteurs primaires.

La bioéconomie regroupe plusieurs activités :

  • La production de bioressources rassemble les productions des ressources végétales et animales. Elle regroupe les secteurs de l'agriculture, la sylviculture, l'aquaculture et la pêche. A titre d’exemple, la production de lait de vache, de bois énergie ou d'algues entre dans la catégorie de production de bioressources.
  • L'agroalimentaire correspond à la transformation des produits que l'on peut consommer, comme la fabrication de fromage, de charcuterie, de plats cuisinés..
  •  Les produits biosourcés sont des produits fabriqués à partir de sources végétales ou animales pour des usages en tant que matériaux ou dans la chimie. Des matériaux biosourcés comme le bois sont utilisés pour la construction ou encore le chanvre qui entre désormais dans la composition de certains bétons ou de matériaux isolants. La chimie du végétal permet de transformer la matière végétale en molécules utilisées pour fabriquer des plastiques, des emballages, des fibres textiles, des sacs plastiques, des pièces de véhicules, des peintures, des lubrifiants…
  •  La valorisation des déchets organiques englobe notamment le compostage des déchets verts ou l'utilisation des effluents issus de l'élevage, pour la production d'énergie ou comme fertilisant pour les sols. Cette valorisation a pour but de donner une nouvelle vie au carbone organique et de limiter le recours à d'autres ressources.
  •  Les bioénergies visent l'utilisation de l'énergie stockée dans la biomasse. Les bioénergies comprennent l'énergie qui vient de la combustion de matière comme le bois. La méthanisation est un autre procédé valorisant les déchets biologiques : ils sont stockés puis le carbone est transformé en gaz qui est ensuite brûlé pour produire de l'énergie. Le biocarburant est une autre forme de bioénergie où les matières végétales sont transformées en carburant pour alimenter les moteurs à combustion. Le bioéthanol est ainsi fabriqué à partir de céréales ou de betterave à sucre, et le biodiesel avec des oléagineux comment le colza.

Quels produits biosourcés pour les marchés publics en France ?

Dans le cadre de la mise en œuvre du plan « nouvelles ressources » de la Nouvelle France Industrielle, la Direction générale des entreprises (DGE) a lancé une étude pour recenser les produits biosourcés disponibles sur le marché français et identifier les différentes catégories de marchés publics susceptibles de recourir à ces derniers.

Le ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt a contribué au financement de ces travaux qui s'intègrent pleinement dans la structuration d'une stratégie nationale bioéconomie.

Cette étude offre aux acheteurs publics des points de repère pour le « sourcing » des produits biosourcés et pour la rédaction des appels d’offres publics. Elle propose également aux pouvoirs publics des pistes pour aller plus loin dans leur action afin d’encourager le recours aux produits biosourcés dans les marchés publics.

Quels sont les enjeux de la bioéconomie ?

Aujourd'hui, la bioéconomie répond à des enjeux majeurs dans un monde où la démographie mondiale croît fortement, où l'épuisement de certaines matières fossiles comme le pétrole se dessine, et où le réchauffement climatique met en danger la production de matières premières. Face à ces différents enjeux, le développement de la bioéconomie est porteur de solutions : elle est en effet à la source de toute notre alimentation et elle peut remplacer des produits jusque-là issus des ressources fossiles. Mais la bioéconomie doit pouvoir répondre de manière coordonnée à ces différents enjeux et elle doit dans le même temps s'assurer que les milieux naturels dans lesquels elle se développe soient préservés. Seul le rassemblement des secteurs par le biais de la bioéconomie peut apporter des réponses aux enjeux de la sécurité alimentaire, de la réductions des gaz à effets de serre, tout en assurant la prospérité économique.

Dans ce contexte, la France et l'Union européenne s'organisent pour préparer l'avenir et mettent en place des politiques publiques qui soutiennent le développement d'une bioéconomie équilibrée. La Commission européenne a lancé en 2012 une stratégie dédiée à la bioéconomie avec notamment un partenariat public-privé appelé « bio-based industry » qu'elle finance à hauteur d’un milliard d'euros. De son côté, la France a décidé d'élaborer une stratégie nationale bioéconomie, avec pour objectifs de mieux coordonner ses politiques publiques, de créer des connexions entre les secteurs, de générer des projets à l'échelle des territoires et de renforcer la soutenabilité des productions. La bioéconomie offre une nouvelle vision, plus intégrée de la production et de la valorisation de la biomasse, où la gestion des ressources et l’optimisation de leurs utilisations est un point crucial. Elle devient ainsi une réponse aux défis de demain.

Audition de Davy LIGER, Julien DUGUE et Dominique DRON, au Conseil économique, social et environnemental (CESE) : "Vers une bioéconomie durable"