Les mauvaises herbes à l'épreuve de l'innovation
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Devant l’évolution nécessaire de l’agriculture vers plus de durabilité, plusieurs programmes ont été mis en place pour encourager la transition écologique tout en prenant en compte les besoins et contraintes des agriculteurs et des filières. C’est dans ce cadre que le Challenge ROSE, un grand appel à projets, a été lancé en 2017. L’objectif : mobiliser chercheurs et acteurs privés pour identifier des solutions innovantes en matière de désherbage et réduire ainsi le recours aux herbicides.

Remis en 2015, le Plan Agriculture-Innovation 2025 soulignait déjà l’importance de mettre au service de l’agriculture des technologies et des outils innovants pour relever le défi de la question environnementale. Poursuivant la même logique, le plan Ecophyto II s’engageait, lui, pour la réduction du recours aux produits phytosanitaires de 50% d’ici 2025, la diminution de la dépendance du secteur agricole à ces produits et une meilleure maîtrise de l’ensemble des risques.

C’est dans ce contexte qu’en juin 2017, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique ont ouvert un appel à projets intitulé le Challenge ROSE - « Robotique et capteurs au Service d’Ecophyto ». Promu en partenariat avec le ministère de la Recherche et l’Agence nationale de la Recherche (ANR), cet appel à projets concerne une problématique spécifique : le désherbage de l’intra-rang – l’espace entre les plants d’une même rangée – en cultures légumières de plain champs et dans les grandes cultures, où l’écartement est plus important (maïs, tournesol).

Réduire le recours aux herbicides en s’attaquant à la problématique du désherbage

Alors que les herbicides représentent 40% des produits phytopharmaceutiques utilisés et sont les principaux pesticides responsables de la contamination des cours d’eau, le Challenge ROSE encourage ainsi l’utilisation des avancées scientifiques comme les capteurs, la modélisation, la robotique et leur combinaison pour faire progresser l’ensemble de la chaîne de désherbage, de l’observation et de la détection des cultures et des mauvaises herbes à l’interprétation en passant par les actions de désherbage elles-mêmes. À terme, c’est la réduction du recours aux herbicides qui est recherchée.

Pour relever ce défi, le Challenge ROSE souhaitait favoriser l’émergence d’équipes interdisciplinaires (chercheurs en agronomie, écologie, sciences numériques, robotiques, etc.) et encourager les équipes à confronter leurs idées, leurs approches et leurs travaux. D’ailleurs, chaque équipe devait présenter au moins un organisme de recherche et un partenaire entreprise (agro-équipementiers, agriculteurs, chambres d’agriculture, etc.).

Des équipes interdisciplinaires aux savoirs complémentaires  

C’est ainsi que le projet WeedElec est porté par un consortium composé de cinq partenaires académiques et professionnels. Celui-ci propose une alternative au désherbage global chimique combinant l’utilisation d’un drone pour détecter les mauvaises herbes, couplé à une solution robotisée terrestre procédant au désherbage.

Le projet BIPBIP, lui, réunit des compétences en imagerie, robotique, conception mécanique mais également en production agricole et agronomie. Il développe une solution mécanique pour le désherbage intra-rang de cultures maraîchères et de grandes cultures au stade précoce, en s’appuyant sur un système d’imagerie fournissant les positions des cultures et des mauvaises herbes, transmises ensuite à un outil qui contrôle un dispositif mécanique procédant alors au désherbage.

Le projet PEAD, porté par 3 partenaires, propose une solution robotisée autonome pour un binage systématique des cultures, en inter et intra-rangs. Il vise également la collecte de données à long terme pour la construction de cartographies multi-échelle pouvant servir à une gestion durable de la flore adventice et des cultures.

Enfin, le projet ROSEAU réunit 5 partenaires qui travaillent à la création d’outils réalisant des opérations de désherbage sur le rang en s’appuyant sur des drones, robots et caméras pour distinguer les plantes d’intérêt des mauvaises herbes et optimiser les interventions de désherbage.

Alors que ces premiers projets ont été lancés en janvier 2018, ceux-ci seront suivis pendant 4 ans, jusqu’en 2021. Chaque année, le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) et l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) mèneront des campagnes d’évaluation afin de mesurer en situation réelle les résultats du travail engagé par les équipes.

Plus d'informations sur le Challenge ROSE.

Voir aussi