« La pêche et l’aquaculture, des secteurs économiquement très ancrés dans leurs territoires »
Crédit ci-après
© Sylvain Tallon / Min.Agri.Fr
Depuis le 24 mai 2017, la Direction des pêches maritimes et de l’aquaculture (DPMA) est de nouveau rattachée au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Rencontre avec son directeur, Frédéric Gueudar-Delahaye, pour une présentation du secteur et des missions de sa direction.

Quels sont les caractéristiques du secteur de la pêche et de l’aquaculture ?

La pêche représente un chiffre d’affaire de plus d’1 milliard d’euros, et l’aquaculture – qui regroupe notamment la conchyliculture (production des coquillages), la pisciculture, l’algoculture – un chiffre d’affaire de 700 millions d’euros. Ces activités représentent 39 000 emplois et 100 000 emplois indirects. La pêche et l’aquaculture sont deux secteurs dont le poids économique est faible à l’échelle nationale, mais peut être important à l’échelle locale et dont les activités se répartissent sur tout le littoral français, y compris outre-mer. Très ancrées dans leurs territoires, ces activités jouent en effet un rôle important en termes d’animation des territoires et d’emplois (rémunérateurs) non délocalisables. Leur impact socio-économique est donc réel.

En quoi consistent les missions de votre direction ?

Dans ce paysage de pêche et d’aquaculture, la Direction des pêches maritimes et de l’aquaculture (DPMA) a pour mission de mettre en œuvre et piloter la politique de ce secteur ; elle intervient en amont et en aval de la politique. Cette politique se décline à plusieurs niveaux : européen, international et national.

  • Européen car, à l’instar de l’agriculture, la pêche est une politique intégrée : la PCP (Politique commune de la pêche). Le ministère a la charge de la participation à l’élaboration de cette politique et son application en France.
  • Nous intervenons également à un niveau international : compte tenu de la taille importante de la Zone économique exclusive de la France, nous sommes membres de la plupart des organisations internationales de pêche qui s’accordent sur des quotas de pêche par espèce ou par région océanique.
  • Et enfin un niveau national : le ministère a une dimension régalienne – autorisations de pêche, quotas de pêche, contrôles – et une dimension économique – gestion du fonds européen pour la pêche, organisation économique, organisation du marché.

Nous avons aussi un rôle de connaissance des ressources halieutiques en lien avec les scientifiques (Ifremer) afin d’élaborer, sur la base de ces connaissances, des politiques publiques de gestion des pêches maritimes.

Existe-t-il des points communs entre le secteur agricole et celui de la pêche et de l’aquaculture ?

La pêche et l’aquaculture sont, comme l’agriculture, des productions primaires et, l’une comme l’autre, gérées par des politiques communes au niveau européen. Dans plusieurs pays d’Europe, les mêmes ministres gèrent ces deux secteurs. Un autre point commun est, toutes choses égales par ailleurs, l’importance du budget européen dans le financement de ces politiques. Le FEADER et le FEAMP jouent en effet un rôle essentiel dans le financement des actions structurelles de ces secteurs.
Par ailleurs, ce sont des activités à forts impacts environnementaux. Elles sont engagées dans un modèle de développement durable. Les préoccupations environnementales doivent être prises en compte afin d’assurer la gestion et l’exploitation durable de la ressource et, donc, assurer la pérennité de l’activité. Cette préoccupation est désormais bien intégrée, notamment dans le secteur de la pêche qui commence à en voir les fruits concrets avec le rétablissement de nombreux stocks halieutiques.

Les enjeux en matière de pêche et ceux en matière d’aquaculture sont-ils les mêmes ?

Dans la pratique, on peut distinguer 3 secteurs : les pêches maritimes, la conchyliculture (production de coquillages : huîtres, moules…) et les autres formes d’aquaculture (la pisciculture essentiellement et l’algoculture), ce qui induit des enjeux différents.

  • Concernant les pêches maritimes, l’activité s’exerce intégralement dans le milieu naturel et vise à exploiter une ressource, par définition, commune. À ce titre, l’enjeu de cette politique publique est majeur : elle consiste principalement à assurer par des règles communes à l’ensemble des acteurs, la gestion et l’exploitation durable de cette ressource. L’activité de pêche maritime fait ainsi l’objet d’un très fort encadrement réglementaire. Cet encadrement connaîtra de profonds changements avec le Brexit, et la sortie du Royaume-Uni de la PCP. C’est une de nos priorités pour les mois à venir.
  • Concernant la conchyliculture, c’est une activité d’élevage. Elle reste très largement soumise à des aléas du milieu naturel (climatiques, sanitaires…) qui échappe à la maîtrise du producteur lui-même. L’un des enjeux majeurs en matière de politique publique pour ce secteur est dans ce cas de permettre aux acteurs économiques de prévenir, faire face et surmonter les aléas.
  • En ce qui concerne les autres formes d’aquaculture, le principal enjeu est de donner les moyens à ces activités de se développer. La demande des consommateurs en produits de qualité locaux (notamment les truites) est en effet de plus en plus forte, mais les pisciculteurs français ont du mal à y répondre. Le principal frein réside dans le cadre réglementaire très contraignant en matière d’augmentation du potentiel de production.