« Notre rôle, c'est de négocier les conditions sanitaires pour exporter »
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Les 11 et 12 décembre derniers, Loïc Evain, chef des services vétérinaires (CVO) du ministère de l’Agriculture et de l'Alimentation, s'est rendu en Chine pour faire le point sur les dossiers sanitaires en cours entre les deux pays. Une mission qui s'est inscrite dans un contexte particulier, un mois avant la visite du président de la République en Chine avec Stéphane Travert, du 7 au 10 janvier 2018. Rencontre.

Dans quel cadre se déroulait votre visite ?

Hasard de calendrier, ma visite annuelle se situait entre les visites successives en Chine de deux ministres - Jean-Yves Le Drian en novembre et Bruno Le Maire tout début décembre - et la visite présidentielle d'Emmanuel Macron programmée début janvier 2018. L'un et l'autre avaient dans leurs dossiers des sujets d'accès des produits agroalimentaires français au marché chinois. Mon déplacement, prévu depuis plusieurs mois, s'est donc inscrit dans cet agenda franco-chinois un peu spécial.

Quels ont été les principaux sujets abordés ?

Cette mission portait sur des restrictions et des embargos que les Chinois font à l'importation en Chine pour des raisons sanitaires de divers produits agricoles et alimentaires français. Nous avons travaillé autour de trois sujets prioritaires :

  • la levée de l'embargo sur la viande bovine en négociation depuis plusieurs années, alors que nous avons le statut international de « pays à risque maîtrisé » en ce qui concerne l'ESB (« maladie de la vache folle ») depuis mai 2008 ;
  • la levée de l'embargo sur les produits avicoles (notamment de génétique) suite au recouvrement le 27 octobre 2017 du statut indemne d'influenza aviaire hautement pathogène ;
  • la demande d'agréments supplémentaires pour des établissements de viande porcine, de charcuterie et de produits laitiers, des filières pour lesquels le marché chinois est essentiel.

Ces sujets seront-ils au programme de la visite présidentielle ?

Oui, les sujets agroalimentaires devraient être portés par le président de la République lors de son voyage, auquel participera le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Trois autres négociations viennent d'aboutir et devraient faire l'objet de signatures par Stéphane Travert et le ministre de l'AQSIQ (l'administration chargée des contrôles à l'importation en Chine) :

  • la simplification d'un protocole sanitaire pour les exportations de semences bovines ;
  • l'assouplissement d'un protocole sanitaire pour les exportations de chevaux ;
  • un protocole d'accord sur la certification sanitaire électronique, pour à terme simplifier et sécuriser les démarches administratives.

Comment fonctionne la « diplomatie sanitaire » ?

Cela nécessite de s'adapter au pays et au contexte. En ce qui concerne la Chine, les négociations se font toujours en deux temps : une discussion technique, toujours de longue haleine, puis une phase politique. Il est très important de dialoguer régulièrement au niveau technique. Avec mes homologues chinois, notamment le CVO du MoA (ministère de l'agriculture) et les responsables de l'AQSIQ, nous nous voyons au moins deux fois par an et avons des contacts réguliers à travers le Service économique de l'Ambassade de France. Dans les zones stratégiques, comme la Chine, le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation met à disposition du pôle agricole un conseiller spécialisé sur les questions sanitaires.

Les entreprises françaises sont-elles nombreuses à s'intéresser à la Chine ?

Oui, évidemment, tous les pays du monde frappent à cette porte ! C'est un immense marché, considéré par beaucoup comme un Eldorado... Mais une entreprise ne peut pas se lancer dans l'export sans s'y être préparée. C'est un chemin semé d'embûches, en particulier au plan administratif. C'est l'intérêt des filières, des fédérations et des interprofessions d'aider leurs adhérents à accéder aux marchés extérieurs. L’administration ne peut pas tout faire : notre rôle à la Direction générale de l'alimentation (DGAL) est de négocier les conditions sanitaires pour exporter, et c'est une tâche ardue.

C'est-à-dire ?

L'AQSIQ, qui délivre les agréments d'entreprises à l'export, a beaucoup de demandes à traiter. Il faut donc qu'elle priorise selon des critères qui généralement nous échappent... Certains dossiers peuvent rester bloqués longtemps, sans que nous comprenions pourquoi. D'où l'importance d'avoir des contacts sur place et, surtout, des rencontres à très haut niveau comme celle de ce début janvier. L'Union européenne a aussi un rôle important à jouer : elle aide collectivement les Etats membres à lever des barrières. Ce sont ces actions conjointes qui, quand elles sont couronnées de succès, permettent de mesurer la plus-value européenne.

Existe-t-il une coopération franco-chinoise autour de la sécurité sanitaire ?

Oui, l'expertise française en matière de sécurité sanitaire est réputée et recherchée, y compris par les Chinois. Dans le cadre de la stratégie d'influence internationale du ministère de l'Agriculture, nous avons notamment un programme de formation en anglais à l'ENSV de Lyon sur des thématiques de sécurité sanitaire, auquel participent régulièrement des vétérinaires officiels chinois. De même, au sein du Comité mixte agricole créé en 1998 entre nos deux ministères, qui se réunit une fois par an, des actions de coopération sont régulièrement discutées, par exemple avec l'Anses (médicament vétérinaire, brucellose etc).