Indonésie

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Contexte agricole et relations internationales

Ce qu'il faut savoir

L'Indonésie couvre une surface de 191 millions d'hectares dont seulement 57 millions d’hectare de terres agricoles, soit seulement 30% de la surface du pays.

Avec 26millions d’exploitations agricoles d’une taille moyenne de 2ha, l’agriculture contribue à hauteur de 13,4% au PIB et mobilise 34,3% de la population active en 2014.

L’agriculture indonésienne présente un visage contrasté avec d’une part des positions fortes sur certaines cultures d’exportations (huile de palme, caoutchouc, cacao, café) et d’autre part la persistance d’une dépendance aux importations pour couvrir ses besoins en produits de base(blé, soja, lait, viande).

Depuis son indépendance en 1945, la priorité de l’Indonésie en matière de politique agricole est de parvenir à l’autosuffisance, en particulier pour ses cultures vivrières, afin d’assurer sa sécurité alimentaire. Cette priorité a été réaffirmée par l’actuel Président, M. Joko Widodo, élu en 2014. Après des décennies d’effort et même si la malnutrition touche encore près de 8 % de la population en2015, la situation en matière de sécurité alimentaire s’est fortement améliorée au sein du pays.

Au cours des dernières années, d’importants investissements ont été consentis en faveur de l’huile de palme qui est devenue une production «phare» de l’agriculture de l’Indonésie. Elle en est ainsi le premier producteur et le premier exportateur à l’échelle mondiale. Ce succès posecependant un certain nombre de questions en matière de développement durable. Il lui a néanmoins permis de dégager un excédent agroalimentaire important (+ 15Md€ en 2014).

Production agricole

Premier pays agricole de l’Asie du Sud-Est, l’Indonésie dispose de 57,1millions d'hectares de terres agricoles (30% de la superficie totale du pays) en 2013 d’après la FAO. Le nombre d’exploitations agricole, en baisse, demeure très conséquent (26millions en 2013 contre 31millions en 2003 selon les deux derniers recensements agricoles) et il s’agit majoritairement de petites unités (2ha en moyenne). Si les cultures vivrières sont uniquement le fait de petits producteurs et concentrent l’essentiel des exploitations, les cultures pérennes voient coexister des petits producteurs avec d’importantes concessions gérées par des entreprises privées ou d’état. Dans le secteur de l’élevage, des unités de grande taille pour la production de volailles ont émergé, en lien avec la structuration du secteur. Ces évolutions alimentent une diminution de la population agricole ainsi que son vieillissement (les jeunes étant les premiers à contribuer à l’émigration urbaine), même si l’agriculture concentre encore 34,3% dela population active en 2014 d’après la Banque Mondiale.

Très orientée en faveur des productions végétales, l’agriculture indonésienne présente un visage contrasté avec d’une part des positions fortes sur certaines cultures d’exportations (en premier lieu l’huile de palme) et d’autre part une dépendance aux importations pour couvrir ses besoins en produits de base. Les marges de progression en matière de productivité agricole demeurent encore conséquentes (niveau des rendements, éclatement de la production, faiblesse des infrastructures,…).

Productions végétales

La principale production demeure de manière très nette le riz qui représente en 2014 d’après la FAO une surface récoltée de 13,8millions d’ha, pour une production de 75,36Mt de riz paddy et de 44Mt de riz usiné. Ces chiffres placent l’Indonésie au 3e rang des pays producteurs de riz au monde, après la Chine et l’Inde. La production de canne à sucre (28,6Mt), de manioc (21,8Mt), de maïs (19,6Mt), la patate douce (2,26Mt), la pomme de terre (1,3Mt) et le soja (1Mt) comptent aussi parmi les cultures de base importantes en Indonésie. Malgré ces chiffres importants, compte tenu de la taille de la population, l’Indonésie ne parvient toujours pas à atteindre l’autosuffisance pour les cultures de base et, pour la campagne 2014/2015, l’Indonésie a dû se résoudre à importer 1,3Mt de riz usiné.

En revanche, l’agriculture indonésienne jouit de positions fortes pour plusieurs cultures d’exportation. Il s’agit en premier lieu de l’huile de palme, dont elle est le premier producteur (33Mt en 2014 d’après l’USDA) ainsi que le premier exportateur mondial (26Mt). L’Indonésie occupe également une place de choix dans le classement des pays producteurs de caoutchouc naturel (2e rang en 2013 après la Thaïlande avec 3,1Mt d’après la FAO), de cacao (3e après la Côte d’Ivoire et le Ghana avec 0,8Mt de fèves) et de café (3e après le Brésil et le Vietnam avec 0,7Mt de café vert.

L’Indonésie est également productrice de fruits tropicaux, de légumes et d’épices, principalement destinés à la consommation nationale. L’Indonésie est ainsi le premier producteur mondial de noix de coco (19,1Mt en 2014 d’après la FAO), le sixième pour les bananes (5,4Mt en 2013), le 4e pour les mangues (2,1Mt en 2013) et le 5e pour les ananas (1,8Mt). La première production légumière est occupée par les choux (1,4Mt), suivi par les oignons, les tomates, les haricots, les poireaux, lesaubergines. Le pays occupe aussi une position forte sur le marché mondial de plusieurs épices (piments, poivre, cannelle, vanille, gingembre et noix de muscade) mais ces productions demeurent marginales à l’échelle de l’ensemble de l’agriculture du pays.

La filière bois est en pleine expansion, soutenue notamment par le développement du secteur de la construction. Face à la progression de la déforestation et à l’exploitation illégale de forêts, l’Indonésie renforce progressivement sa réglementation encadrant l’exploitation forestière afin d’améliorer la durabilité de ces activités. Dans ce contexte, l’Indonésie a signé un accord de partenariat volontaire (ratifié en avril 2014) avec l’Union Européenne dans le cadre de l’initiative FLEGT visant à s’assurer de l’origine légale des produits à base de bois exportés en Europe. Depuis fin avril 2016, après deux années de travaux de mise en oeuvre de cet accord, l’Indonésie peut désormais délivrer des licences FLEGT garantissant la légalité des produits à base de bois exportés. Parmi la quinzaine de pays engagés dans la négociation d’accords de partenariat volontaire avec l’Union Européenne, l’Indonésie est le premier au monde à parvenir au terme de ce processus de certification de la légalité des bois. En 2013, l’Indonésie a exporté environ 14.9Mt de produits à base de bois. Il s’agit principalement de pâte à papier (3,7Mt) et de papier (2,9Mt) mais également de contreplaqué (3,3 Mt).

Productions animales

La production de viande en Indonésie repose en premier sur la volaille, avec un cheptel de 1923millions de poulets et de 53millions de canards en 2014. Le cheptel de poulet a quasiment doublé au cours des dix dernières années. Le cheptel bovin compte 15 millions de têtes en 2014, dont une très faible partie dédiée à la production laitière (0,6million de têtes), auquel il faut ajouter 1,3million de buffles (utilisés aussi pour leur force de traction). L’Indonésie dispose aussi de 16millions de chèvres, 19millions de moutons. La production de viande de porc demeure limitée avec un cheptel de 8 millions de porcs compte tenu de la présence importante de la religion musulmane.

L’Indonésie souhaite continuer à développer sa production de viande et atteindre l'autosuffisance. Pour l’heure, le pays affiche une autonomie en viande de volaille et compte également couvrir prochainement ses besoins en petits ruminants et en porcs. En revanche, l’Indonésie est structurellement importatrice en viande bovine et en produits laitiers. Ainsi, en 2013, la FAO indique que l’Indonésie a importé près de 60000tonnes de viande bovine (viande, abats et préparations) et près de 400 000 têtes d’animaux vivants destinés à l’engraissement ; les importations de produits laitiers se sont montées à 350000 tonnes environavec principalement de la poudre de lait et du lactosérum.

En pratique, les équilibres résultent davantage des restrictions aux importations de produits animaux mis en place par l'Indonésie que d'une réelle adéquation de l'offre à la demande. De fait, les prix sont élevés et la consommation de viande demeure anormalement faible (environ 15kg/hab/an en 2013 d’après la FAO) en comparaison avec les autres pays d’Asie du Sud-Est. Malgré une progression de la production intérieure, la tendance attendue à moyen terme est plutôt un accroissement des déséquilibres entre production et consommation et, en conséquence, une hausse des importations de viande bovine et de produits laitiers.

L’Indonésie est également un acteur important dans le domaine des produits de la mer. En 2012, d’après la FAO, la pêche a représenté une capture de 5,8Mt de produits de la mer (2e producteur mondial après la Chine) et le secteur aquaculture a représenté une production de 3,1Mt (4e producteur mondial après la Chine, l’Inde et le Vietnam) pour les poissons, crustacés et mollusques et 6,5Mt pour les algues (2e producteur mondial après la Chine). Historiquement, la production de produits de la mer était destinée à la consommation nationale. Mais, depuis quelques années, le pays affiche une volonté de développer l’exportation de ses produits de la mer. Les captures ont ainsi augmenté de près de 30% au cours des dix dernières années dans un contexte de stagnation des captures à l’échelle mondiale. De plus, compte tenu de la surexploitation des ressources halieutiques et des conditions géographiques idéales du pays, l’aquaculture devrait être amenée à prendre une importance toujours croissante par rapport à la pêche dans le futur. Sa capacité de production a déjà été multipliée par trois au cours de la décennie passée.

Politique agricole

Depuis l’indépendance indonésienne en 1945, le sujet de la sécurité alimentaire et de l’autosuffisance du pays est au coeur de la politique agricole de l’Indonésie. Au centre de cette politique d’autosuffisance figure le développement de la production rizicole. Malgré des phases de progression très favorables, notamment dans les années 1970, la marche vers l’autosuffisance se révèle encore difficile, du fait, notamment, de la baisse du prix du pétrole dans les années 1980, de la crise financière asiatique de la fin des années 1990 et de la croissance démographique et économique.

Le thème de la sécurité alimentaire toujours d’actualité

Ainsi, même si la disponibilité de l’alimentation a progressé, ce poste représente en moyenne encore 31% de leurs dépenses totales en 2015. Par ailleurs, la FAO indique que 8% de la population indonésienne souffre de malnutrition et 13,9% d’insuffisances nutritionnelles en 2015. Néanmoins, depuis le début des années 2000, l’agriculture indonésienne connaît une nouvelle phase de progression importante, à la fois en matière de production rizicole mais aussi avec la montée en puissance des cultures d’exportation (huile de palme, caoutchouc naturel).

La loi sur l’alimentation de 2012 a réaffirmé que les principes de souveraineté et d’autosuffisance alimentaires sont à la base de l’approche de la sécurité alimentaire de l’Indonésie. Les quatre objectifs structurant aujourd’hui la politique agricole de l’Indonésie sont ainsi les suivants :

  • recherche de l’autosuffisance pour certaines denrées jugées stratégiques (riz, sucre, soja, maïs, viande bovine) avec un maintien des prix à un niveau abordable pour les consommateurs dans l’ensemble du territoire indonésien ;
  • diversification de la production et de la consommation avec la diminution de la part des glucides (riz, blé) et l’intégration de davantage de produits de l’élevage et de fruits et légumes dans les régimes alimentaires ;
  • amélioration de la compétitivité de la production agricole et développement de la transformation pour une meilleure valeur ajoutée ;
  • augmentation du revenu des agriculteurs afin de réduire la pauvreté rurale.

Le gouvernement actuel, mis en place fin 2014, sous la présidence de M. Joko Widodo, a confirmé l’engagement d’atteindre l’autosuffisance pour cinq denrées alimentaires prioritaires (riz, maïs, soja, sucre et viande bovine). L’objectif est d’atteindre l’autosuffisance en 2017 pour le riz, le maïs et le soja et en 2019 pour la viande bovine et le sucre. Pour ce faire, l’Indonésie a décidé de poursuivre avec les mêmes outils de politique agricole que ceux déjà utilisés par le passé mais en élargissant et intensifiant les soutiens.

Ainsi, la fixation de prix minimum d’achat qui concernait précédemment uniquement le riz et le sucre a été étendu au soja en 2013. Les investissements en faveur de l’irrigation ont été renforcés. De même, une augmentation des subventions à l’achat d’intrants (engrais, semences,…) a été annoncée et la distribution d’outils de production aux agriculteurs a été organisée (motoculteurs, pompes, machines à repiquer le riz,…). Enfin, des outils de politique commerciale viennent compléter le dispositif de soutien à l’agriculture et se traduisent par une forte régulation des importations et exportations de biens alimentaires.

En conséquence, on note un fort accroissement des soutiens apportés à l’agriculture. Dans son rapport 2015 sur le suivi et l’évaluation des politiques agricoles, l’OCDE estime qu’il a cru de 43% par an entre la période 1995-1997 et 2012- 2014. Ainsi, ces aides au secteur agricole, alors qu’elles représentaient 0,8% du PIB en 1995-1997, représentent désormais 3,6% du PIB en 2012- 014. à titre de comparaison, les soutiens à l’agriculture au sein des pays de l’OCDE sont passés de 1,5% du PIB à 0,8% du PIB sur la même période. Si l'objectif indonésien d'autosuffisance alimentaire est légitime, l'OCDE a montré en 2012 que les politiques mises en oeuvre ont abouti à une dégradation de la sécurité alimentaire. Les restrictions aux importations contribuent à des prix élevés et limitent l’amélioration de la productivité de l’agriculture, ce qui, finalement, limite l’accès à l’alimentation pour les populations les plus pauvres. La pression accrue de la part du gouvernement actuel pour l’atteinte des objectifs d’autosuffisance porte à ce stade des effets mitigés, même s’il faut reconnaître que les conditions climatiques de l’année 2015 ont été difficiles avec la survenance du phénomène climatique El Niño. Ainsi, malgré d’importantes réticences, le gouvernement a finalement dû se résigner à annoncer fin octobre 2015 l’importation de 1,5Mt de riz face à l’augmentation du prix du riz pour les consommateurs. De même, le gouvernement indonésien avait initialement prévu d’interrompre ses importations de bovins vivants pendant le troisième trimestre 2015 mais a finalement dû annoncer un quota d’importation de 50000 têtes pour cette période du fait d’une augmentation rapide du prix de la viande.

Au-delà de son action à l’échelle nationale, l’Indonésie est active sur les questions de sécurité alimentaire, tant au niveau régional qu’international (G20). Au sein de l’ASEAN, elle a soutenu la mise en place du Cadre intégré de la sécurité alimentaire en ASEAN (l’ASEAN Integrated Food Security Framework). Dans le cadre du G20, l'Indonésie est membre et soutient l’initiative Agricultural Market Information System (AMIS) visant à une meilleure information et coordination politique sur les quatre principaux marchés agricoles (blé, riz, soja, maïs).

L’enjeu de l’huile de palme

Au cours des vingt dernières années, l’orientation des cultures pérennes vers l’exportation a pris une importance croissante au sein de l’agriculture indonésienne. La principale de ces productions est l’huile de palme qui, soutenue par une croissance forte de la demande internationale d’huiles végétales, a vu ses surfaces en productions multipliées par plus de dix entre 1990 et 2014. Principalement situées à Sumatra (70%) et à Kalimantan (15%), les surfaces dédiées au palmier à huile sont toujours en croissance. Les surfaces en production représentent 7,4Mha en 2014, pour une production de 29,3Mt d’huile de palme d’après la FAO. L’objectif du gouvernement indonésien est de parvenir à un doublement de la production entre 2010 et 2020, ce qui correspond à une production de 40Mt d’huile de palme en 2020. Du fait de cette croissance importante, l’Indonésie a progressivement supplanté la Malaisie comme premier producteur puis premier exportateur mondial d’huile de palme. Ces deux pays représentent de l’ordre de 85% de la production mondiale d’huile de palme.

Si la progression observée pour les cultures vivrières est largement le fait d’un soutien public (cf. partie précédente), le moteur principal du développement de l’huile de palme est l’investissement privé, notamment via des grandes entreprises privées ou publiques gérant des exploitations de plusieurs milliers d’hectares (4500ha en moyenne et plus de 100000ha pour les plus grandes), mais également de la part de petits producteurs qui représentent environ 40% des surfaces en culture.

Ce fort développement de l’huile de palme a été accompagné de nombreuses critiques à la fois sur le plan environnemental (déforestation, perte de biodiversité) mais aussi économique et social (conflits fonciers, traitement des petits producteurs partenaires des grandes entreprises, dépendance aux marchés d’exportation, trop faible part d’exportation d’huile raffinée). Afin de répondre aux questions relatives à la durabilité de la production d’huile de palme, une initiative de certification a été lancée en 2004 par les acteurs du marché : la Round Table on Sustainable Palm Oil (RSPO). Elle a permis d’élaborer un cadre de certification volontaire, surtout suivi à ce stade par les grands groupes privés attachés à leur responsabilité sociale et environnementale. Les autorités indonésiennes ont également mis en place une alternative nationale à caractère obligatoire et actuellement en cours de déploiement, l’Indonesian Sustainalble Palm Oil (ISPO). Certains grands opérateurs de la filière prennent des engagements complémentaires (zéro déforestation, pas de culture sur des tourbières, etc.) et cherchent à les partager plus largement, notamment à travers l’Indonesia Palm Oil Pledge lancé en 2015, ce qui ne va pas toujours sans créer de tensions avec le gouvernement, attentif aux risques d’exclusion du marché pour les petits producteurs que pourrait occasionner un renforcement trop rapide des règles de durabilité entourant la production d’huile de palme.

Aujourd’hui, la croissance de la production d’huile de palme montre des premiers signes d’essoufflement et il est possible que les objectifs fixés pour 2020 ne soient pas atteints. Le rendement général est freiné par celui des petites structures de production et leur manque de ressources pour renouveler les plantations arrivées à maturité (25 ans). De surcroît, le éveloppement de la réglementation environnementale et forestière (moratoire sur l'exploitation forestière de 2011 reconduit en 2013, plafonnement en 2013 à 100000ha de concession maximum par entreprise, etc.), le développement de la certification ou encore la multiplication des engagements « zéro déforestation » de la part d’acteurs privés devrait ralentir l’expansion des surfaces cultivées en huile de palme. La voie de la durabilité passe notamment par une augmentation des rendements à l’hectare, permettant ainsi d’éviter l’utilisation de davantage de terres. Des marges de progrès existent : si le rendement moyen à l’échelle nationale est d’environ 4 tonnes/ha, celui des plantations des grandes entreprises est de l’ordre 6t/ha alors que celui des petits producteurs indépendants n’est que de 2-3 t/ha. Par ailleurs, les travaux d’amélioration génétique sur le palmier à huile laissent espérer la possibilité de rendements atteignant 10t/ha dans les années à venir. Pour autant, la diffusion de ce progrès génétique au sein de l’ensemble de la filière demeure un vrai défi, auquel l’Indonésie commence seulement à s’atteler.

En termes de débouchés, l'Indonésie a mis en place un système de taxes à l'exportation différenciées entre huile de palme brute et raffinée afin d'encourager le développement des activités de raffinage et l'exportation d'huile de palme raffinée. Cette taxe était fixée à 0% depuis septembre 2014 du fait de la faiblesse du cours de l’huile de palme ( inférieur au seuil de 750USD/t). Elle a fait son retour en mai 2016 à un niveau de 3USD/t (sur la base d’un prix de référence fixé à 754,10 USD/t) en raison d’une évolution favorable du cours de l’huile de palme début 2016 (diminution de l’offre sous l’effet d’El Niño et augmentation de la demande via la politique en faveur du biodiesel – cf. infra).

Afin d'offrir un débouché supplémentaire à l'huile de palme et soutenir les prix, l'Indonésie a mis en place en 2006 un programme de soutien au développement de biodiesel à partir d’huile de palme, en substitution d’importations de gazole. Dans le contexte actuel de faiblesse du marché, cet engagement en faveur du biodiesel a été récemment renforcé avec le passage à un mandat d’incorporation de 20% de biodiesel dans le gazole commercialisé en Indonésie.

Depuis l’été 2015, la filière huile de palme est mise à contribution pour financer le surcoût du biodiesel par rapport aux énergies fossiles, grâce à un système de prélèvement sur les exportations. Pour l’année 2016, la production de biodiesel devrait représenter une utilisation de 6,3Mt d’huile de palme.

Les indications géographiques

Les efforts de la Direction générale de la propriété intellectuelle indonésienne (DGIP), rattachée au Ministère de la loi et des droits de l’homme, ont permis un bon développement de la certification d’indications géographiques (IG) depuis la promulgation du décret sur la protection des IG en 2007.Des discussions sont en cours actuellement en Indonésie pour revoir la réglementation sur les IG du pays et pourraient aboutir en 2016.

Ainsi, à ce jour, on dénombre 38 IG, portant essentiellement sur des produits alimentaires mais aussi quelques produits artisanaux. Parmi celles-ci, trois sont d’origine étrangère (Champagne, Pisco et Parmigiano Reggiano). Les IG agricoles nationales concernent des produits très variés : cafés, thé, épices (poivre, vanille), tabac, lait de jument, poisson fumé, miel, riz, sel, fruits et légumes.

Le rythme d’enregistrement de nouvelles IG s’est accéléré ces dernières années avec un doublement du nombre de produits enregistrés entre avril 2013 et avril 2016. Toutefois, l’enjeu est désormais davantage de faire vivre ces IG, ce qui passe par une plus grande organisation et mobilisation des producteurs, afin de leur donner une réalité et une efficacité économique.

Echanges commerciaux

Exportations

Les exportations de produits agroalimentaires de l’Indonésie ont représenté 30,7Md€ en 2014, soit 23% de l’ensemble des exportations du pays (132,4Md€). L’huile de palme concentre la majorité des exportations agroalimentaires du pays. Ainsi, les « graisses et huiles animales/ végétales » représentent 15,8Md€ (soit 51% du total des exportations agroalimentaires), dont 13,1Md€ pour l’huile de palme et 1,9Md€ pour l’huile de palmiste et de coprah.

Le caoutchouc et les produits en caoutchouc occupent la deuxième position avec 5,3Md€, soit 17% des exportations agroalimentaires. Il s’agit pour 3,6Md€ de caoutchouc naturel et 1,2Md€ de pneumatiques.

Les produits de la mer occupent la troisième position avec 2,3Md€, soit 7,5% des exportations agroalimentaires. Suivent les «café, thé, maté et épices» avec 1,4Md€ (4,5%), dont 0,8Md€ pour le seul café, puis le « cacao et ses préparations » avec 0,9Md€ (2,9%).

Les trois principaux clients de l’Indonésie sont d’une part les états-Unis (12,4%) pour le caoutchouc et les produits de la mer et d’autres part l’Inde (10,7%) et la Chine (10,4%) pour l’huile de palme. Toutefois, considérée collectivement, l’Union Européenne demeure un partenaire commercial de premier plan, avec 4,7 Md€ (15,3%), plus important que les états-Unis.

Les exportations agroalimentaires vers la France ont représenté 195M€ en 2014. Il s’agit principalement d’huile de palme (60,3M€), de produits de la mer (33,1M€) de café et épices (22,1M€) et de cacao (17,8M€). Par ailleurs, il faut préciser que la majorité de l’huile de palme importée par la France provient des Pays-Bas (environ 400M€ dont probablement de l’ordre de 40% en provenance d’Indonésie), le port de Rotterdam jouant un rôle de hub européen pour cette matière première. Enfin, le caoutchouc et ses produits dérivés représentent 98,2M€ d’exportations vers la France pour l’Indonésie.

Importations

Les importations de produits agroalimentaires de l’Indonésie ont représenté 15,7Md€ en 2014, c’est-à-dire deux fois moins que les exportations. Elles représentent 11,7% de l’ensemble des importations du pays (134Md€).

Ces importations sont composées en premier lieu de céréales (2,7Md€ et 17% du total), dont la majorité est constituée de blé (1,8Md€) suivi du riz (0,6Md€) et du maïs (0,3Md€). Le second poste d'importation est occupé par le soja (2,5Md€ de fèves et de tourteaux soit 16% du total). Suivent le sucre 1,2Md€ et 7,6% du total) et les produits laitiers (1Md€ et 6,4% du total).

Les principaux fournisseurs de l’Indonésie sont l’Australie avec 2,4Md€ (céréales, bovins vivants et viande bovine, sucre), les états- unis avec 2,1Md€ (soja, céréales, produits laitiers) et la Chine avec 1,3Md€ (fruits et légumes, tabac). Les importations de l’Indonésie en provenance de la France ont représenté 199M€ en 2015, dont 82 M€ de produits laitiers (soit 41% du total). La France dispose ainsi d’une part de marché de 8% sur les importations de produits laitiers en Indonésie. Le reste des importations est principalement constitué de céréales (36M€ de blé) et de divers produits transformés ou destinés à l’alimentation animale.

Conditions d’accès au marché indonésien

Afin de soutenir le développement de son agriculture et de son industrie de transformation, l’Indonésie a mis en place un système de protection tarifaire modérée, associée à des barrières non tarifaires.

L’ensemble de ces mesures restreint les échanges internationaux et fait l’objet d’ajustements en fonction de la production intérieure. L’Indonésie adopte régulièrement des mesures restrictives au commerce : modulation des droits de douanes (riz, sucre), licences d’importation et d’exportations, contingents (viandes, céréales,…), taxes à l’exportation (huile de palme), obstacles techniques au commerce, etc. Au total, les échanges apparaissent donc comme fortement régulés par l’état.

Un certain nombre de dispositions limitent ainsi le potentiel des exportations françaises en Indonésie :durcissement du régime des licences d’importation, longueur des procédures d’obtention des agréments des établissements exportant des produits d’origine animale, durcissement des conditions d’entrée des produits végétaux, restrictions des ports d’entrée, droits et taxes très élevés sur les vins et spiritueux, etc..

Accords internationaux

L’Indonésie a intégré l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) depuis le 1er janvier 1995, est membre de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) depuis le 13 mai 1954, ainsi que du CODEX alimentarius et de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV). à l'OMC, l'Indonésie fait partie du G33 (groupe des pays en développement).

Au sein de la zone Asie du Sud-Est (ASEAN), l'Indonésie fait partie des pays avec lesquels l'Union Européenne envisage d'ouvrir des négociations d’accords commerciaux bilatéraux.

Le travail sur le périmètre est en cours de finalisation, ce qui pourrait ouvrir la voie à un démarrage effectif des négociations pour l’établissement d’un accord de libre échange.

Relations bilatérales

Les relations entre les autorités françaises et indonésiennes sont essentiellement concentrées sur les thématiques liées à des questions d’accès au marché afin de faciliter l'exportation de leurs produits agricoles et alimentaires respectifs. Dans le domaine de la recherche, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) travaille depuis près de 40 ans en Indonésie.

Le Cirad est représenté par une direction régionale basée à Jakarta, couvrant les pays d’Asie du Sud-Est Insulaire ; elle représente également le consortium de la recherche et de l’enseignement supérieur agricole français (Agreenium). Il collabore avec de nombreux groupes privés agro-industriels français (groupes Danone et Bolloré), européens, indonésiens et internationaux, avec des ONG et des associations de producteurs, avec des universités et des centres de recherche, des ministères de l’agriculture, de la forêt, de la recherche et des entreprises d’état, avec des organisations régionales et internationales, notamment le CIFOR ( centre international sur la recherche forestière) du GCRAI, ( groupe consultatif de la recherche agricole internationale).

Les actions en partenariat Cirad portent sur la gestion des milieux naturels (bassins versants, forêts, mangroves,…) et des systèmes de production (production durable d’huile de palme et de caoutchouc, impact des projets laitiers,…). Un événement emblématique de ces actions est la conférence bisannuelle ICOPE sur le palmier à huile et l'environnement organisé avec le WWF et la société Sinar Mas.

Dans le domaine de l’enseignement agricole, en juillet 2014, l’Institut français d’Indonésie (IFI) a sollicité l’expertise française dans le domaine de l’ingénierie de la formation pour effectuer une mission exploratoire à la mise en oeuvre d’une coopération entre les établissements indonésiens et français.

En avril 2015, une délégation de responsables de l’enseignement technique et supérieur indonésien a effectué une mission en France. à la suite de cette réciprocité dans la connaissance de nos deux systèmes de formation et en liaison étroite avec l’IFI, un programme de coopération construit autour de l’agro-écologie sera mis en place en 2016/2017.

 Source : Ambassade de France en Indonésie

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