Enseigner autrement : l'agro-écologie par l'exemple
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© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr
À la SEP de Bord, regroupement d'exploitations dans l'Yonne, on croit beaucoup en la force du témoignage et on aime partager ses expériences avec différents publics, notamment scolaire. Ainsi, les cinq agriculteurs reçoivent régulièrement sur leur terres des élèves de l'enseignement agricole pour leur faire découvrir les principes sur lesquels repose l'agriculture de conservation des sols. Reportage.

Ce matin-là, quelque part entre Sens et Auxerre, une quinzaine d'étudiants en 1ère année de BTSA APV (Agronomie : productions végétales) du lycée agricole d'Auxerre La Brosse (Yonne) attendent patiemment dans la cour, aux pieds des immenses silos communs qui dominent les 622 hectares de l'exploitation céréalière. Une situation finalement assez banale pour ces jeunes... « Au cours de leur formation, les élèves voient différentes approches, différents systèmes de culture pour se forger une opinion », explique Sylvie Vogrig, professeure d'agronomie. « Ces visites, c'est la découverte du concret ! ». Ce qui est un peu moins habituel, c'est le programme de la matinée. Après une présentation de la SEP de Bord et un cours théorique sur l'agriculture de conservation, place à la pratique ! Au menu : test de la bêche, comptage de vers de terre et profil d'un sol sans labour.

« C'est important de remettre les mains dans la terre »

En s'approchant du terrain, une forte odeur d'humus se fait sentir, sans doute renforcée par les belles averses matinales. « Ici, vous avez un sol qui n'a pas été "travaillé" depuis plusieurs années », annonce Thierry Desvaux, l'un des cinq agriculteurs de la SEP de Bord. « Ça "patouille" un peu, mais il a une bonne portance, il a été nourri uniquement par les résidus de paille de la récolte et des engrais verts ». Les jeunes sont alors invités, par petits groupes, à prélever une motte de terre à l'aide d'une bêche. Pour beaucoup, c'est la première fois qu'ils procèdent à un tel exercice. « Ça leur apprend à voir les points qui sont fondamentaux dans l'évaluation de la qualité d'un sol : la texture, la couleur, la structure, l'odeur… », explique Thierry. L'inspection minutieuse se poursuit avec déjà un premier record : les filles ont déniché 20 vers de terre ! Au gré des discussions, on entend aussi parler de radicelle, turricule, rhizosphère… « Je trouve ça génial de rencontrer des agriculteurs qui aiment leur métier et qui prennent autant de plaisir à le partager », confie Alexis.

« Un sol vivant, ça se voit, ça se sent »

C'est vrai que Thierry parle du sol comme le ferait un pâtissier de ses créations : avec enthousiasme, respect et gourmandise. Après avoir comparé des mottes de terre issues de différents sols, le groupe se dirige vers un trou de plus d'un mètre de profondeur qui permet d'étudier le sol en coupe. « On voit bien l'exploration des galeries par les racines. Elles les empruntent parce que les vers de terre y ont laissé du mucus, riche en nutriments. Les racines s'en nourrissent. » Les jeunes se resserrent autour du profil de sol, ne veulent rien rater des explications. « Je me sens proche de ce système de culture-là », ajoute Alexis, « dans quelques années, je pense qu'on n'aura pas le choix de produire autrement ». Éline, en 2e année de BTSA ACSE (Analyse, conduite et stratégie de l'entreprise agricole), a elle réalisé une semaine complète en immersion sur l'exploitation et acquiesce : « Nous sommes les "vieux" de demain, alors, si on n'évolue pas maintenant, qui va le faire ! ».

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