Eléments d'information sur les capricornes asiatiques

Aire d’origine

Les capricornes Anoplophora sont d’origine asiatique. Anoplophora glabripennis est indigène en Chine où il occasionne des dégâts très importants aux peupleraies, mais il est aussi présent en Corée du Nord, en Corée du Sud et à Taiwan. Anoplophora chinensis est responsable en Asie de dégâts dans les vergers d’agrumes. Il est présent en Chine, en Corée du Nord, en Corée du Sud, au Japon, à Taiwan, en Malaisie, au Viêt-nam et à Myanmar.

Biologie :

Les larves de ces coléoptères xylophages creusent profondément le bois vivant et sain. Les arbres et arbustes attaqués finissent par mourir au bout de 3 à 5 ans. Les capricornes asiatiques réalisent leur cycle en 1 ou 2 ans suivant la date de ponte, le climat et la qualité du matériel hôte. Ils pondent préférentiellement à proximité immédiate de leur lieu d’émergence (sur le même arbre ou le même groupe d’arbres). Leur distance moyenne de dispersion naturelle est inférieure à 500 m, mais certains individus peuvent parcourir des distances supérieures.

Les capricornes asiatiques sont particulièrement dangereux. Ce sont des ravageurs primaires, capables d’attaquer des arbres en parfaite santé. Ils sont en outre très polyphages : ils attaquent de très nombreux feuillus, tant ornementaux que fruitiers ou forestiers, avec une prédilection pour les essences à bois tendre (érables notamment).

Foyers d’introduction dans le monde :

La présence d’ A. glabripennis est signalée depuis 1996 aux Etats-Unis (plusieurs foyers) et depuis 2003 au Canada. A. chinensis a été détecté en 2001 aux Etats-Unis. Le département d’état américain de l’agriculture estime qu’en l’absence de maîtrise, l’installation durable d’ A. glabripennis pourrait conduire à des pertes de l’ordre de 138 milliards de dollars. En Amérique du Nord, des mesures drastiques ont été mises en œuvre afin de limiter la propagation de ces capricornes.

En Europe, A. chinensis a été signalé pour la première fois en 2000 en Italie, et A. glabripennis en 2001 en Autriche. Ces capricornes asiatiques ont ensuite été détectés en France en 2003 (un foyer d’ A. glabripennis sur la commune de Gien dans le Loiret et un foyer d’ A. chinensis sur la commune de Soyons en Ardèche) et en 2004 (un foyer d’ A. glabripennis sur la commune de Sainte-Anne-sur-Brivet en Loire-Atlantique). Pour les trois foyers français, des mesures de destruction des arbres contaminés ont été mises en œuvre conformément aux termes des arrêtés de lutte. Dans les autres pays européens, A. chinensis a été détecté en 2003 aux Pays-Bas, et A. glabripennis a été détecté en 2004 en Allemagne.

Lorsqu’un organisme nuisible est découvert lors de l’inspection ou de l’analyse d’un envoi importé, on utilise le terme « d’interception ». En Europe, A. glabripennis a été intercepté en Allemagne, en Angleterre, en Autriche, en France, en Pologne et en République Tchèque. A. chinensis a été intercepté en Allemagne, en Angleterre, en Autriche, en France, en Italie et aux Pays-Bas.

Lutte :

Il n’existe pas de méthode de piégeage efficace pour ces insectes. Les traitements phytosanitaires sont difficiles à mettre en œuvre et peu efficaces. Les parasites et prédateurs connus font l’objet de recherches, mais ne régulent pas suffisamment les populations de capricornes asiatiques dans les aires d’introduction. Un parasite oophage intéressant a toutefois été découvert sur A. chinensis en Italie.

Actuellement, le seul moyen de lutte est la destruction des arbres contaminés par incinération (souche comprise pour A. chinensis ). La découverte d’un foyer de capricorne asiatique nécessite donc la mise en œuvre de mesures d’éradication rapides et efficaces telles que définies dans l'arrêté du 28 mai 2003 pour A. glabripennis et dans l'arrêté du 1er juillet 2003 pour A. chinensis .

Origine des foyers européens :

Pour A. glabripennis , tous les foyers européens étudiés jusqu’à maintenant ont pour origine une introduction du ravageur avant 2000 via des emballages en bois originaires de Chine. Pour les deux foyers français, les emballages ont vraisemblablement servi dans un cas au transport de blocs de fontes pour la fabrication de contrepoids d’ascenseurs, et dans l’autre cas au transport de pavés en granite destinés à la réfection du centre ville de la commune. Bien que la détection et l’identification du ravageur n’aient eu lieu qu’en 2003 pour le premier foyer et en 2004 pour le second, ces foyers résultent d’introductions antérieures à la mise en œuvre des mesures communautaires prises depuis 1999 contre le risque d’introduction et de propagation de cet insecte via les emballages en bois. Du fait de la difficulté d’une détection précoce et donc du repérage tardif des capricornes asiatiques par rapport à leur date d’introduction, les conséquences de ces infestations ont été extrêmement dommageables pour les communes concernées. Ainsi, le foyer identifié en Loire-Atlantique avait conduit fin 2004 à l’abattage de 77 arbres (dont 55 infestés par A. glabripennis ), à la charge de la commune. A. glabripennis pourrait avoir été introduit dans d’autres sites via des bois d’emballage infestés en provenance de Chine. D’autres foyers inédits sont donc susceptibles d’être découverts sur le territoire français.

Pour A. chinensis , les deux foyers européens étudiés ont pour origine une introduction avant 2000 du parasite via des bonsaïs originaires d’Asie, en l’occurrence de Chine pour le foyer français. Il est par conséquent possible que d’autres foyers du capricorne asiatique des agrumes se développent actuellement en France sans avoir été détectés, suite à une introduction via des bonsaïs d’Asie. Toutefois les sites sensibles font l’objet d’une surveillance sanitaire limitant le risque de découverte d’infestations importantes.

Lieux et essences à surveiller :

Pour A. glabripennis , il convient de surveiller en priorité les arbres feuillus à bois tendre, notamment les érables, dans les zones où des marchandises lourdes et volumineuses (pierres de taille, câbles métalliques, etc.), en provenance d’Asie et notamment de Chine, ont été ou sont importées et transportées sur des palettes, dans des caisses ou des containers renfermant du bois de calage, écorcé ou non. La surveillance est notamment axée sur :
- les zones industrielles et leurs abords ;
- les communes de Bretagne et des Pays de la Loire qui ont importé du granite de Chine ;
- les communes qui importent de nombreux produits d’Asie ;
- les ports d’importation et les aéroports où sont débarqués des matériels et produits d’origine asiatique, et l’environnement de ces lieux.

Pour A. chinensis , il convient de surveiller en priorité les bonsaïs, les arbres feuillus à bois tendre (érables notamment) et les agrumes (Citrus), dans les pépinières et chez les revendeurs de végétaux important des bonsaïs d’Asie, ainsi que dans l’environnement de ceux-ci.

Symptômes :

Différents symptômes permettent de repérer les attaques d' A. glabripennis et les attaques d' A. chinensis .

Les adultes de capricornes asiatiques sont typiques : coléoptères de 2,5 à 3,5 cm de longueur, au corps noir brillant ponctué de taches blanches (ils portent en Chine le nom de « coléoptères de nuit étoilée »), arborant de longues antennes annelées de blanc. Leur détermination en laboratoire est cependant indispensable pour déterminer l’espèce d’Anoplophora en cause et officialiser la détermination.

Les larves (jusqu’à 5 cm de longueur à maturité) peuvent en revanche être facilement confondues avec celles d’autres longicornes, mais leur envoi pour détermination au laboratoire permet leur identification. On les trouve sous l’écorce ou dans le bois, du tronc et surtout des branches d’au moins 5 cm de diamètre pour A. glabripennis , de la base du tronc et surtout des racines affleurantes pour A. chinensis (pour lequel les racines peuvent abriter jusqu’à 90 %des larves).

Les autres symptômes de la présence de ces capricornes correspondent à l’observation :
- d’incisions de ponte qui se présentent sous forme de plaies ovales d’où s’écoule parfois de la sève en février-mars ( A. glabripennis surtout) ;
- de trous de sortie circulaires de 10 à 14 mm de diamètre ;
- de sciure sur les fourches de l’arbre et à l’aisselle des branches (larves de tous âges d’ A. glabripennis ), à la base de l’arbre et sur les racines affleurantes (jeunes larves d’ A. chinensis , les larves âgées compactant la sciure dans leurs galeries ce qui rend leur détection très difficile) ;
- de morsures de nutrition effectuées par les adultes sur l’écorce des jeunes rameaux (décapage de l’écorce).

Essences et arbustes attaqués :

A. glabripennis préfère les bouleaux, les érables, les marronniers, les peupliers et les saules. A. chinensis préfère les agrumes, les bouleaux, les érables, le hêtre, le laurier cerise et les platanes. D’autres arbres et arbustes peuvent cependant être attaqués. Une liste indicative des hôtes est donnée pour A. glabripennis et pour A. chinensis .

Risques de confusion :

De nombreuses autres espèces de longicornes vivent en France, dont deux sont protégées au niveau national (le grand capricorne Cerambyx cerdo et la rosalie des Alpes Rosalia alpina). Le recours au laboratoire de la protection des végétaux est indispensable pour identifier les espèces d’insectes xylophages en cause et éviter de détruire des espèces intéressantes du point de vue de la biodiversité ou d’engager inutilement des procédures d’éradication.

Calendrier d’observation :

Les observations peuvent être réalisées toute l’année, plusieurs symptômes étant relativement pérennes et le développement larvaire des capricornes asiatiques s’étalant sur 1 ou 2 ans.

Pour A. glabripennis , la période février-mars est toutefois particulièrement favorable, l’absence de feuilles permettant une meilleure visibilité et la sève s’écoulant parfois des incisions de ponte.

De mai à octobre, des adultes peuvent être trouvés sur ou près des arbres présentant des symptômes. Ils se laissent également facilement tomber au battage.

Que faire en cas de détection de symptômes suspects ? :

Lorsque des symptômes d’infestation éventuelle par des capricornes asiatiques sont observés, il faut immédiatement en faire la déclaration soit au maire, soit directement au service chargé de la protection des végétaux de la direction régionale de l’agriculture et de la forêt.

La direction régionale de l’agriculture et de la forêt / services régionaux de la protection des végétaux doit dans tous les cas être informée dans les meilleurs délais. Seul le laboratoire national de la protection des végétaux - unité d’entomologie, est en effet habilité à identifier officiellement ces longicornes.

La détection la plus précoce possible des infestations potentielles de ces organismes de quarantaine, suivie d’une éradication correctement organisée, constituent les seuls moyens efficaces de prévenir l’extension de ces insectes et de sauvegarder ainsi au maximum les arbres et arbustes d’ornement, les vergers d’agrumes, les peupleraies et les peuplements forestiers. Plus rapides sont la détection et l’éradication, moindres sont les conséquences économiques et environnementales d’une introduction.

Voir aussi