Eau, agriculture, et changement climatique : les scénarios du futur
04/09/2017
Guillaume Benoît, Thierry Berlizot, Serge Bortolotti, Yves Brugière, Denis Domallain, Geneviève Jourdier, Marie-Laurence Madignier, Claude Mailleau, Hervé Piaton, Didier Pinçonnet, Roland Renoult, Sylvie Rocq
Le CGAAER a été chargé d'étudier comment l’agriculture française doit se préparer au défi du changement climatique qui menace son modèle actuel à un horizon de quinze ou vingt ans

crédit ci-après
©cellule-eco-rhone-alpes.asso.fr
Rapport de mission d'expertise, de prospective et de conseil n° 16072 CGAAER

Juin 2017

Mots clés : eau, agriculture, changement climatique, sécurité alimentaire, stockage de l'eau, irrigation

Enjeux

Dans le contexte du changement climatique, le maintien d’une agriculture et d’un secteur agroalimentaire compétitifs appelle à anticiper les évolutions et à assurer une meilleure valorisation de la ressource en eau.

Comment la France peut-elle se préparer et anticiper les bouleversements que la variation rapide du climat dans les quinze ou vingt prochaines années engendrera sur une grande partie du territoire, aussi bien au nord qu’au sud du pays ? Quelles orientations prendre ? Comment faire progresser le débat sociétal ? Quelles mesures adopter ?

Méthodologie

La mission a examiné la problématique sous l’angle du développement durable à partir de données internationales, régionales (méditerranéenne et européenne) et nationales disponibles.

Puis elle a analysé six territoires représentatifs de la diversité française pour explorer deux ou trois scénarios à un horizon de 15-30 ans.

Résumé

La France est soumise à un double phénomène, d’une part, de variabilité climatique accrue, d'autre part, d’aridification dans sa partie méridionale et de « méditerranéisation » dans sa partie intermédiaire. Des baisses sensibles et croissantes d'humidité des sols sont annoncées dès les années 2020. Selon le projet Climsec de Météo France, les sécheresses agricoles pourraient devenir extrêmes sur la plus grande partie du territoire national dès 2080.

Au niveau national, l’efficience de l’irrigation a progressé de 30 % en vingt ans et la demande en eau agricole est restée limitée : moins de 2 % de la ressource renouvelable. A terme, la demande pourrait doubler. La France dispose cependant d'une ressource en eau très abondante, hors certains bassins en période d'étiage.

Les impacts annoncés d’un scénario de statu quo seraient lourds de conséquences pour l’économie française, pour l’emploi, pour l’environnement (banalisation des paysages, pertes de biodiversité, accroissement des risques d'incendies et d’inondations, croissance des émissions de gaz à effet de serre...) et pour l’équité territoriale. Ce statu quo conduirait à menacer notre souveraineté alimentaire, à accroître les risques d’insécurité alimentaire interrégionaux et au non respect par la France de l’Accord de Paris (COP 21), lequel, dans son article 2, impose l’adaptation au changement climatique et son atténuation ne menacent pas la production alimentaire.

Des scénarios d’anticipation proposant des solutions de développement durable à gains multiples (alimentation, emplois, protection du climat, soutien des milieux aquatiques) sont toutefois possibles. Ils nécessitent d’agir à la fois sur l’offre (stockage d’une partie des excédents hivernaux pour un report d’utilisation en période d’étiage, transferts de bassins excédentaires vers des bassins déficitaires, réutilisation d’eaux usées traitées…) et sur la demande (amélioration de l’efficience de l’irrigation, adaptation des systèmes de culture, adaptation des débits d’objectif d’étiage aux nouvelles données hydrologiques...).

La mise en œuvre de ces scénarios suppose :

  •  un progrès du débat sociétal sur la question de l'eau et du changement climatique,
  • un élargissement de la politique publique de l’eau, aujourd’hui prioritairement centrée sur une approche environnementale de type PER (pression, état, réponse), à une véritable politique de développement durable de type BRBS (besoins, ressources, biens et services),
  • un soutien financier public au stockage de l’eau et à une irrigation durable, et, pour ce faire, une mobilisation des Régions, des territoires et des fonds nationaux et européens.

Lien vers le rapport


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