DEPHY - Abeilles : développer des systèmes favorables aux abeilles et aux cultures céréalières
Depuis octobre 2012, la zone céréalière atelier « Plaine et Val-de-Sèvre » (79) accueille le projet DEPHY-Abeilles. Son objectif est de réduire l’usage de produits phytosanitaires, afin de protéger ces insectes pollinisateurs. Des ateliers de concertation ont d’abord permis d’associer les acteurs concernés. En parallèle, plusieurs agriculteurs se sont portés volontaires pour modifier leurs méthodes culturales. À la clé, l’émergence de bonnes pratiques qui ont naturellement vocation à essaimer.

Gros plan sur un rappel dans la ruche : abdomen en l'air, les abeilles battent énergiquement des ailes.
©Pascal Xicluna/Min.Agri.Fr

Le projet DEPHY-Abeille, porté par l’Itsap-Institut de l’abeille implique plusieurs partenaires dont le CNRS et l’INRA* pour une durée de six ans. Son objectif : développer des systèmes de cultures innovants, favorables à la fois aux abeilles et aux exploitations céréalières. Sa particularité : associer des intervenants aux intérêts différents à une réflexion partagée autour de la préservation des abeilles et le développement des grandes cultures. « Il nous paraissait essentiel d’apaiser les tensions qui pouvaient exister entre exploitants et apiculteurs sur cette thématique sensible, explique Marine Gourrat, chargée de mission DEPHY-Abeille au sein de l’Itsap. Nous avons donc d’abord initié des ateliers d’échanges et de concertation. Ces moments sont très importants pour échanger idées et innovations techniques, mais aussi pour permettre à ces différents acteurs de se connaître. »

Une ressource alimentaire réduite

  • Sensible, la question de l’abeille l’est. En effet, les colonies de ces insectes pollinisateurs voient leurs effectifs diminuer. Leur préservation en nombre suffisant est de plus en plus difficile, en raison de plusieurs facteurs, dont :

  • L’uniformisation des paysages agricoles qui nuit à la diversité des pollens ;

  • La raréfaction de l’alimentation naturelle des abeilles à certaines périodes de l’année (à partir de septembre notamment, en fin de saison apicole et à l’échelle d’un territoire).

Des risques d’intoxication aux phytosanitaires

À cause de l’utilisation de certains produits phytosanitaires, ces insectes sont également menacés par des risques:

  • D’intoxication aiguë, lorsque certains traitements phytosanitaires viennent d’être appliqués. Ils peuvent entraîner une mort rapide. La colonie peut être entièrement détruite si toute la ruche est atteinte ;

  • D’intoxication lente (dite sublétale) suite à une exposition chronique et à petites doses de certaines molécules. Celles-ci provoquent une contamination du reste de la colonie et une désorientation des butineuses exposées.

Parmi les causes incriminées, les molécules de la famille des néonicotinoïdes, utilisées en enrobage de semences pour faciliter leur utilisation. Très toxiques, ces substances ont la particularité d’être systémiques : elles pénètrent dans la totalité de la plante pendant toute sa durée de vie. Elles contaminent donc aussi bien le nectar que le pollen des fleurs… et contaminent les abeilles. Autre problème : ces molécules sont aussi connues pour demeurer durablement dans les sols. En raison de cet effet de rémanence, elles sont donc suspectées de perdurer dans les fleurs des cultures suivantes.

Des systèmes de cultures pour nourrir…

« Les abeilles jouent pourtant un rôle essentiel pour assurer la qualité et le rendement de certaines cultures (colza, tournesol, etc.), rappelle Marine Gourrat. Il est donc important de trouver des systèmes qui offrent plus de ressources alimentaires aux abeilles et qui permettent aux agriculteurs de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. » Neuf exploitants se sont portés volontaires pour améliorer leurs pratiques et mieux comprendre le rôle de l’abeille dans l’environnement céréalier. En accompagnant ces professionnels et en bénéficiant de leur retour d’expérience, l’Itsap entend également décloisonner la recherche. Pour le moment, différents systèmes sont à l’essai afin de favoriser la quantité et la diversité des fleurs fournissant nectar et pollen aux abeilles :

  • Laisser les fleurs des champs se développer (coquelicots, bleuets, marguerites, chicorées, matricaires, etc.). Cette flore, dite adventice mellifère et messicole, permet de recréer un réseau de chaînes alimentaires pour les insectes et de favoriser la pollinisation.

  • Planter des cultures intermédiaires mellifères (légumineuses, phacélie, etc.) entre les périodes de cultures céréalières.

Ces aménagements présentent également des intérêts environnementaux et agronomiques qui sont autant d’atouts pour l’agriculteur, notamment :

  • La protection des eaux contre les fuites de nitrates et des sols contre l’érosion ;

  • La restitution d’azote et d’autres éléments minéraux à la culture suivante ;

  • L’apport de matière organique ;

  • La stimulation de l’activité biologique des sols ;

  • La diversification de la rotation des cultures ;

  • La rupture des cycles de maladies et de ravageurs.

… Et protéger

Quant à l’aspect phytosanitaire, le but du projet DEPHY-Abeilles est d’arriver, d’ici 2018, à une réduction de l’exposition des abeilles aux molécules toxiques. Il vise aussi une baisse générale de l’IFT (indice de fréquence de traitement : indicateur d'intensité d'utilisation de produits phytosanitaires) de 50 % par rapport à 2012 au début de l’étude, à travers :

  • La non-utilisation de semences enrobées ;

  • La réduction des traitements insecticides lors des périodes d’activités des abeilles, notamment au printemps ;

  • L’application des traitements non en journée mais le soir, lorsque les abeilles retournent à la ruche ;

  • La mise en place de gestes ou d’associations culturales, permettant de lutter naturellement contre les ravageurs ou les maladies.

« Nous expérimentons des méthodes différentes selon les exploitations, détaille Marine Gourrat. L’un des agriculteurs a par exemple décidé de mettre en place une association blé et luzerne. En la laissant repartir après la moisson, il a bénéficié d’un bon couvre-sol et les abeilles trouveront de quoi se nourrir. Un autre envisage de biner ses champs de colza afin de réduire les traitements herbicides. »

Vers plus de concertation

Trois ans après le lancement du projet, DEPHY-Abeille a permis l’émergence de bonnes pratiques au sein des fermes volontaires, mais également auprès des agriculteurs ayant participé aux ateliers de concertation. Le projet intéresse désormais également les coopératives agricoles, les conseillers et les chambres d’agriculture. « Aujourd’hui, l’intérêt est réel, se réjouit Marine Gourrat. Les agriculteurs demandent un accompagnement plus poussé sur les besoins des abeilles. De notre côté, nous les incitons à intégrer la préservation de ces insectes dans leurs stratégies et leurs choix. Nous comptons sur eux pour nous proposer des idées d’actions agro-écologiques innovantes. Nous souhaitons donc aller plus loin pour amener les exploitants, apiculteurs, conseillers, chambres d’agriculture… à réfléchir ensemble et à tester davantage de solutions. »

 

Le réseau DEPHY : qu’est-ce-que c’est ?

Dans le cadre du plan Ecophyto, le réseau DEPHY incite à produire autrement pour construire une agriculture raisonnée et économiquement viable. Ce réseau est dédié à la démonstration, à l'expérimentation et à la production de références (études, bonnes pratiques…). Il s’appuie sur un réseau d’environ 2 000 fermes et de stations expérimentales pour développer, mutualiser et diffuser les expériences réussies permettant de réduire l'usage des intrants, grâce à la mise en place de systèmes de culture économes en produits phytosanitaires.

 

* CNRS, INRA, ACTA, Chambre d’agriculture 79, ARVALIS, Terres Inovia, ITAB, COREA

 

Abeille butinant une knautie des champs.
©Pascal Xicluna/Min.Agri.Fr

  • Mots clés :

Pesticides, Ferme Dephy, Produits Chimiques, Ecophyto

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