Chine

Fiche pays - Chine (PDF, 565.71 Ko)

Contexte agricole et relations internationales

Ce qu’il faut retenir

  •  La Chine doit nourrir 20,5% de la population mondiale sur 9% de la surface labourable mondiale, alors que ses ressources en eau ne représentent que 6,5% des ressources en eau de la planète, ressources au demeurant inégalement réparties entre les régions agricoles.
  •  La Chine est un des premiers pays producteurs agricoles au monde (1er producteur de blé, 2e de maïs, 1er de porc – 1 porc sur deux au monde est chinois). L’importance de sa production est donc de nature à impacter les marchés agricoles mondiaux en cas de variation soudaine.
  •  Néanmoins, l’agriculture chinoise y est duale et en transition. Elle est encore majoritairement constituée de très petites exploitations familiales (taille moyenne : 0,5 ha) et d’unités de transformation nombreuses et peu modernisées, même si de très grandes structures (fermes de 10000 vaches, de plus de 1000 truies) et d’importants groupes agro-alimentaires chinois se développent.
  •  Face à cette situation, le gouvernement chinois souhaite accélérer la restructuration agricole du pays et mène des politiques agricoles fortes : le gouvernement chinois mobilise une large panoplie d'aides publiques pour moderniser le secteur et faire émerger des unités de productions plus grandes (unités agro-industrielles intégrées, « coopératives »), ainsi qu’une agriculture familiale plus performante via en particulier des réformes foncières. L’exode rural facilite cette évolution. Ainsi, le seuil des 50% de population urbanisée ayant été dépassé depuis 2011, le gouvernement fixe un objectif de 70% à l’horizon 2030. Du fait de l'écart des revenus entre ville et campagne (un peu moins de 1 à 3), ainsi qu'entre les provinces de la côte orientale et les provinces du centre et de l'ouest, la question sociale du monde rural reste également une priorité politique pour les dirigeants chinois.
  •  S’agissant des politiques agricoles, le 13e plan chinois (2016-2020) marque une rupture sur un certain nombre d’aspects susceptibles d’impacter l’agriculture chinoise mais aussi les marchés mondiaux : le recours aux marchés mondiaux en tant que de besoin pour assurer la sécurité alimentaire, n’est plus tabou ; la fin progressive de la politique de prix garantis du maïs (30 à 40% au-dessus des cours mondiaux) est programmée, le renforcement des régulations environnementales est en route, la restructuration de l’agriculture s’accélère tout comme l’internationalisation des groupes chinois.
  •  Alors que l’agriculture représente 10% du PIB chinois, la Chine est désormais un pays importateur net de produits agro-alimentaires : la balance agro-alimentaire chinoise est déficitaire de près de 34Md€ (source douanes Chine) en 2015 (le secteur représente le 1er poste de déficit), alors que la balance commerciale est globalement bénéficiaire. Ce déficit se creuse (en particulier sur le soja) en raison notamment d’une évolution des habitudes alimentaires (par exemple, l'augmentation de la consommation de produits carnés) à laquelle l’offre chinoise ne répond pas immédiatement. La Chine importe majoritairement des matières premières, en particulier du soja (45% en valeur de ses importations). Ses principaux fournisseurs sont les Etats-Unis et le Brésil (près de la moitié en valeur de ses importations à eux deux).
  •  L'agroalimentaire (2,4Md€ en 2015, y compris les équipements : +50% d’augmentation par rapport à 2014) constitue le troisième poste des exportations françaises vers la Chine. Avec de 35% de vins et spiritueux, 31% de céréales (orge), 13% de produits laitiers, 9% de viande, la balance française est largement bénéficiaire, les exportations se diversifient. L’année 2015 est marquée par l’explosion des exportations d’orge et la progression de toutes les lignes hormis les produits laitiers. Par ailleurs, 87 entreprises françaises de ce secteur sont implantées en Chine et les investissements agricoles chinois en France augmentent (vins, lait en particulier).

Production agricole

La production agricole chinoise repose d’abord sur les productions végétales (blé, maïs, riz, pomme de terre et autres tubercules, soja ; coton ; canne et betterave à sucre ; fruits et légumes). La Chine est ainsi le 1er producteur mondial de blé, de riz, de pomme de terre et le 2e en maïs. Portée par la demande alimentaire elle-même tirée par l’augmentation du pouvoir d’achat, la production a progressé (céréales : +40% entre 2000 et 2015), grâce notamment aux innovations techniques (semences de riz hybrides et mécanisation, par exemple) et à une forte politique de soutien des prix intérieurs. Les productions animales représentent 34% de la valeur ajoutée agricole (dont 9,6% pour les productions aquacoles). La Chine est également le premier producteur mondial de porcs et de volailles. Un porc sur deux au monde est chinois. Les principales zones de production se concentrent selon trois grandes zones : la Chine du blé, du maïs et de la pomme de terre au centre-est et au nord-est ; la Chine du riz et des cultures tropicales au sud/sud-est, ces deux zones étant entourées par la Chine pastorale.

L’agriculture chinoise est marquée par une dualité structurelle qui évolue rapidement :

  • L’essentiel de la production agricole chinoise est le fait d’une multitude d’exploitations familiales, soit environ 400 millions de paysans travaillant une superficie moyenne d'un demi hectare. Ces paysans sont souvent pluriactifs soit à la campagne, soit en alternant le travail paysan avec des activités en ville. Leur production est collectée, voire transformée, par de nombreux intermédiaires (les chiffres officiels parlent de 100 millions de transformateurs de produits agricoles indépendants).
  • Une chaîne agro-industrielle est également en plein développement, portée par quelques grandes structures étatiques (en particulier les fermes d’Etat) ou privées (notamment dans le secteur porcin), elle-mêmes connectées à de grands groupes de transformation et de distribution (COFCO, Bright Food, Yili, Mengniu sont les plus connus). Ces groupes de dimension nationale visent à se déployer à l’international. Ils sont en plein développement, en particulier dans le secteur des productions animales (30% de la production porcine, 33% de la production laitière) et des cultures industrielles (du thé par exemple).
  • Enfin de façon très variable selon les filières, un embryon d’agriculture familiale professionnelle émerge. Disposant de surfaces plus importantes (de l’ordre de 7 ha pour le blé par exemple), ces agriculteurs sont à plein temps sur leur exploitation et en vivent. L’agriculture chinoise peine à répondre à une demande alimentaire en constante augmentation et diversification, dans un contexte de nette progression du pouvoir d'achat moyen : entre 1980 et 2005, la consommation de viande a été multipliée par quatre, celle des produits laitiers par dix et celle des oeufs par huit. Aussi, les dépenses alimentaires représentent encore 38% en valeur des achats d’un ménage, du fait de leur diversification (viandes, poissons, fruits), et surtout d'une exigence croissante en matière de qualité, en particulier qualité sanitaire. La Chine ne couvre que 42% de sa consommation d'huiles alimentaires, 50% de sa consommation de sucre et 20% de sa production de soja.

L’agriculture chinoise se heurte à plusieurs enjeux et contraintes :

  • Des structures morcelées, difficilement mécanisables et peu protégées contre la pression foncière de l'urbanisation, même si la politique est aujourd’hui plus ferme à ce niveau ;
  • Une productivité moyenne, qui reflète des niveaux de technicité très contrastés, tant pour les productions végétales qu'animales : la sélection des nouvelles variétés hybrides de riz rend possible de fortes productivités sur de petites exploitations familiales, tandis que les grandes exploitations semblent plus productives pour le blé (53qx/ha, soit la moyenne européenne), le maïs et l'élevage, du fait d'une mécanisation accrue et d'un meilleur accès à la génétique, aux techniques de production et aux dispositifs de financement ;
  • Des coûts de production qui augmentent et conduisent à s’interroger sur la compétitivité de l’agriculture, en particulier sur les filières animales. Pour les filières laitières et bovines, le mode de développement en feedlots sans autonomie fourragère, renforce cette problématique. La politique chinoise des prix garantis (maïs, blé, riz) pèse sur les coûts de production de l’élevage qui représentent environ 60% des coûts totaux en élevage, mais cela pourrait évoluer avec le 13e plan.
  • Une dépendance croissante des grandes unités d'élevage aux importations végétales destinées à l'alimentation animale, notamment soja et maïs.
  • Un risque de perte des savoir-faire agricoles lié à l'intense exode rural ;
  • La maîtrise des aléas sanitaires, pour l'élevage comme pour les cultures, afin de prévenir des pertes massives, renforcer la confiance des consommateurs et garantir la sécurité alimentaire du pays ;
  • Même si les contraintes environnementales s’intensifient, beaucoup reste encore à faire à ce niveau et la Chine pâtit de la pollution des sols (estimés à 20%) et des eaux comme de la perte de fertilité de surfaces importantes.

La forêt et la production de bois-matériau

— marché

En 2009, alors que le marché américain de la construction et de la rénovation immobilière connaissait une grave crise, la Chine a émergé comme un nouveau marché de sauvetage pour le bois de faible valeur, utilisé dans la construction. Cependant, le ralentissement économique actuel de la Chine entraîne une réduction sensible de sa demande en produits bois. Les mises en chantier de construction en Chine ont baissé d'environ 14% depuis la fin 2015. Pour autant, la Chine reste de loin le plus grand importateur mondial de grumes et fibres de bois: en 2015, les importations chinoises de grumes et l'équivalent bois rond des importations de produits primaires comme le bois et les pâtes étaient de plus de 10% de la production mondiale totale de bois rond industriel. Le récent ralentissement de l'économie et du secteur de la construction en Chine a réduit la demande pour les importations de grumes en 2015, bien que les importations de bois, des panneaux de bois, copeaux de bois et de la pâte ont continué à se développer. Le nouveau plan quinquennal qui démarre 2016 apportera d'autres changements économiques importants et une augmentation des niveaux de récolte de bois domestiques, ce qui aura des conséquences importantes pour le commerce mondial des produits forestiers.

— Déforestation et empreinte environnementale

Après des décennies de destruction des forêts par l'exploitation forestière illégale et la conversion en terres agricoles, les forêts chinoises récupèrent du terrain. En effet, la Chine a mis en oeuvre le Programme des forêts naturelles de conservation (NFCP), un des plus importants programmes de conservation des forêts et de restauration dans le monde, depuis le début du 21e siècle. Le NFCP interdit l'exploitation dans de nombreuses forêts naturelles, voire prévoit de dédommager les résidents des activités de récolte de bois illégal dans certaines régions boisées sous surveillance. Ainsi, sur la période 2000-2010, la Chine aurait gagné 1,6% de forêt sur l'ensemble de son territoire, soit environ 160000 km² de forêts en convalescence. Dans le même temps, 0,38% du territoire chinois a connu une perte importante de couverture forestière. Cette politique de conservation entraîne une augmentation des importations de bois en provenance de l'étranger et, potentiellement, des déforestations « exportées », en particulier en Afrique de l'ouest, comme au Nigeria et au Cameroun, déjà fortement impactés. — une forte présence politique La Chine est très présente dans les instances internationales où la forêt fait l'objet de discussions. Ainsi, dans le cadre du Forum des Nations Unies pour les forêts qui s'est réuni en mai 2015, la Chine tenait le leadership, avec le Brésil, au sein du G77. Enfin, la double signature américaine et chinoise de l'accord de Paris le 22 avril 2016 à New York, accord qui promeut fortement la lutte contre la déforestation (article 5) est un pas important, bien que la Chine ait indiqué dans ses engagements à la COP21 qu'elle ne démarrerait son plan de lutte contre les changements climatiques qu'en 2030.

Politique agricole

Cadre général

La politique agricole chinoise repose sur quatre types d’outils principaux :

a) Des outils financiers et de régulations

  • Prix garantis, quotas et stockage public sur les principales céréales. Actuellement, le gouvernement fixe chaque année des prix garantis pour les principaux produits, en majorité blé, maïs, riz. Ces prix avec le temps sont devenus supérieurs d’environ 30% à 40% aux prix sur le marché international alors que la fixation de quotas à l’importation et leur octroi à une liste d’importateurs fermée (principalement publique) permet de limiter les importations (qui augmentent néanmoins dans la limite des quotas). Lorsque le prix sur le marché passe en dessous du prix garanti, les céréales sont achetées par une liste d’entreprises qui bénéficient de subsides publics et alimentent des stocks publics.
  • Subventions : il existe de nombreux types de subventions mais la majorité porte sur la mise en place d’aides directes aux paysans, dont les montants sont de plus modulés en fonction de la surface ou la taille du cheptel afin de favoriser l’agrandissement ; subventions à la mécanisation et aux intrants (semences, engrais…) via les distributeurs de matériel agricole et d’intrants; subventions de l’assurance agricole.
  • Prise en charge des infrastructures (irrigation, lutte contre les crues) ;
  • Financement de programmes particuliers (pauvreté, écologie…) ;
  • Politiques fiscales différenciées (par exemple réduction fiscale à l’achat de serres en horticulture…)
  • Politique de crédit

b) Des outils de « structures »

  • Sécurisation du cadre juridique du transfert des terres visant une augmentation des surfaces cultivées par exploitation, support de la mécanisation
  • Remembrement
  • Concentration des filières sur un petit nombre d’acteurs professionnels
  • Promotion des coopératives et de l’intégration

c) Une politique sanitaire de plus en plus stricte

  • Amélioration du contexte juridique avec l’adoption en avril 2015 d’une nouvelle loi sur la sécurité sanitaire dont les textes d’application sortiront courant 2016,
  • Normalisation: plus de 5000 normes alimentaires sont en cours de révision,
  • Mise en place de contrôles plus stricts en Chine comme à l’importation.

d) Développement d’une politique de recherche-formation-développement

  • Soutien à la recherche agricole
  • Appui aux formations agricoles, développement de formations spécifiques et soutien financier pour la scolarisation des plus défavorisés
  • Rénovation du système de vulgarisation Pour atteindre ces objectifs, une politique de subvention ambitieuse a été mise en place pour soutenir les nouvelles campagnes socialistes. Depuis 2013, le budget détaillé n’est plus public. Néanmoins les chiffres globaux montrent une progression régulière de ce budget. Ce budget traduit l’importance accordée par le gouvernement chinois au développement de l’agriculture. Il ne recouvre néanmoins pas tous les types d’aides accordées à l’agriculture, une part de ces appuis passant soit par des prêts aux entreprises, par des aides de défiscalisation ou des avantages en nature (foncier) qui ne figurent pas dans la partie agricole du budget.

Le 13e plan 2016-2020 vise une accélération de la modernisation de l’agriculture et une réforme du soutien aux agriculteurs

Les politiques en Chine sont gouvernées par le plan quinquennal qui les définit. 2015 a été marqué par l’adoption du 13e plan quinquennal pour la période 2016-2020, qui sera ultérieurement décliné par secteur (agriculture, industrie…) et sous-secteurs (semences, céréales, élevage…).

Le plan marque une volonté d’accélérer la restructuration du secteur agricole chinois, de l’amont à l’aval pour en faire une agriculture «moderne » capable de produire, de façon durable, et assurant un revenu décent aux différents maillons de la chaîne de valeur.

Certains éléments sont des constantes par rapport aux plans précédents :

  • Faire émerger des structures de plus grande taille, professionnelles via en particulier l’agrandissement, la mécanisation et le recours à des technologies avancées (semences, intrants…) tout en sécurisant le foncier agricole, en priorité dans les zones favorables aux productions (les surfaces arables ne devront pas diminuer en dessous de 120Mha). Les terres arables sont en effet actuellement grignotées par l’urbanisation. Cet agrandissement passe par trois grandes modalités: le transfert de terres entre paysans, de façon légale et sécurisée mais où la structure d’exploitation reste individuelle; la consolidation de coopératives avec lesquelles le paysan peut contractualiser ou auxquelles il peut céder son droit d’usufruit moyennant une rente voire une rente et un travail ; la consolidation de groupes intégrés de l’amont à l’aval de la production.
  • Réduire l’écart de revenu urbain/rural en créant de la valeur en agriculture via divers outils : mise en place d’une agriculture moderne et productive, développement de circuits de distribution innovants (e-commerce), exploitation de « niches » (indications géographiques, agriculture biologique, verte, agri-tourisme…) ou encore réforme des mécanismes de subventions (aides compensatoires directes).
  • Renforcer les infrastructures (irrigation, lutte contre les crues, marchés de gros…) et les services ruraux (assurance agricole et crédit rural en particulier)
  • Renforcer l’appui à la science et à la technologie en agriculture : le secteur des semences (suite à la promulgation de la nouvelle loi de 2015) et des nouvelles technologies est mis en avant. On notera que le sujet clivant des organismes génétiquement modifiés n’est pas abordé.
  • Favoriser l’internationalisation des groupes chinois du secteur.

Le plan présente aussi des nouveautés/inflexions :

  • L’inflexion donnée sur la question de l’auto-suffisance alimentaire : en matière de coopération internationale, le plan indique que la Chine souhaite non seulement exporter davantage de produits agricoles mais également importer plus de produits « dont la Chine a besoin ». Cette orientation va de pair avec la volonté d’internationaliser les groupes chinois et de « construire des bases de production et de stockage à l’étranger ».
  • Un certain nombre de réformes dans les modalités de soutien à l’agriculture chinoise : fusion des subventions à la mécanisation et aux intrants ; confirmation des réformes entreprises sur les prix garantis à l’exception du blé et du riz, en particulier sur le coton et le soja (approfondissement) et le maïs (nouveauté). Il est ainsi prévu une baisse progressive des prix garantis du maïs compensée par des aides directes afin d’éviter la création de stocks trop importants dont les modalités de stockage seront revues.
  • L’importance donnée à la formation professionnelle agricole et plus globalement aux services de soutien au développement agricole (conseil, organisations professionnelles…),
  • Enfin, la mise en place d’une ambitieuse politique environnementale agricole pour faire émerger une agriculture « verte », comprenant également une dimension sanitaire. Le plan indique ainsi vouloir renforcer les contrôles « de la fourche à la fourchette », diminuer l’utilisation d’intrants en agriculture (fongicides, pesticides, médicaments), lutter contre la pollution des eaux et des sols.

En conséquence, le plan inclut une liste de 8 grands projets structurants : le développement de zones agricoles céréalières «modernes » sur une surface de 53 à 66 millions d’hectares, soit environ 40% des superficies cultivables ; l’amélioration semencière : amélioration du système de stockage, consolidation des 3 bases semencières nationales (Henan, Gansu, Sichuan) et renforcement des 100 bases de multiplication provinciales ; l’optimisation de l’irrigation ; le développement de la mécanisation avec l’objectif de 70% des surfaces céréalières mécanisées à l’horizon 2020 (l’objectif était de 60% en 2015) ; « internet + » appliqué à l’agriculture : e-commerce, technologies connectées… ; la qualité sanitaire et gustative des produits agricoles : développement de l’agriculture verte et biologique, indications géographiques, traçabilité ; le soutien aux structures agricoles les plus avancées (fermes familiales, coopératives) ; le développement des services à l’agriculture.

 

Échanges commerciaux

Malgré l'attention portée à son autosuffisance alimentaire, la Chine est désormais un important importateur mondial de produits agricoles et alimentaires, avec un déficit qui se creuse et atteint 34 md€ en 2015 (source douanes Chine). En particulier, elle ne couvre que 42% de sa consommation d'huiles alimentaires, 50% de sa consommation de sucre et 20% de sa production de soja, dont les achats chinois représentent 60% des échanges mondiaux, voyant ainsi croître la dépendance de ses filières animales (notamment laitières). Cette évolution, compte tenu de la taille du marché chinois, impacte directement l'ensemble des marchés mondiaux des commodités agricoles. Ses principaux fournisseurs sont donc, en valeur des importations agricoles et agro-alimentaires, les États-unis (23%) dont la Chine constitue le 2e client agricole et le Brésil (21%) dont la Chine constitue le premier client. La Chine est devenue un acteur incontournable pour la plupart des pays agricoles américains, d’Asie du Sud Est ou d’Océanie : la Chine est pour la plupart leur premier client agricole. La France (et l’Europe) sont dans un degré de dépendance différent.

Néanmoins, la France est le 1er fournisseur européen agricole et agroalimentaire de la Chine (3,4% des importations chinoises de ce secteur en 2015), devant l’Allemagne et les Pays-Bas. La France est le 9e fournisseur agricole et agroalimentaire de la Chine. La France a exporté pour 2,3 mds€ des produits agricoles et agro-alimentaires (y compris équipements) vers la Chine continentale en 2015. Les vins et spiritueux représentent 35% du total, les céréales 31%, les produits laitiers 13%, les viandes 9%, le reste est très divers (épicerie, génétique…).

En 2015, les exportations françaises ont très fortement augmenté : +56%. Cela est principalement dû à l’explosion des exportations d’orges françaises (+322%, elles atteignent plus de 780M€ en 2015), utilisées en malterie mais aussi en tant que fourrages : le prix du maïs en Chine étant jusqu’à maintenant défini par l’état (prix garanti) et très supérieur aux prix mondiaux, les importations de maïs étant contenues par l’Etat (quotas), les producteurs d’alimentation animale ont cherché des alternatives et en particulier de l’orge française, compétitive grâce à une bonne récolte et à un rapport euro/dollar favorable.

Cependant, même hors orge, l’évolution des exportations françaises vers la Chine est favorable : +17%. Toutes les lignes douanières ont augmenté à l’exception des produits laitiers (-6%) en raison de la baisse des prix mondiaux de poudres de lait/lactosérum et d’un sur-stockage par les transformateurs chinois.

En parallèle, la Chine n’est exportatrice que sur des produits à forte intensité de main d’oeuvre (fruits et légumes). Ces productions sont de plus en plus tournées vers l'export, avec une priorité vers ses marchés de proximité de la zone Asie-Pacifique. D'autres productions spécialisées, le plus souvent transformées (ail ou asperges, mais aussi plus récemment les conserves de tomate et de champignons) deviennent compétitives sur les marchés européens. Les clients traditionnels de la Chine sont le Japon (19% de ses ventes) suivi des états-Unis (12%) et de la Corée du Sud (7%), qui lui achètent légumes et fruits frais ou transformés, viandes préparées (raviolis) et produits de la mer. La France importe 613M€ (2015) de produits agroalimentaires chinois (y compris équipements), +16% en 2015, dont une majorité d’équipements (21%), de conserves à base de légumes ou poissons (plus d’un tiers), du thé (23%) et une grande variété de produits (condiments…), chacune en petites quantités. Selon la chambre de commerce, 87 entreprises françaises du secteur sont implantées en Chine (bureaux de représentation ou sites de production en Chine). Exemples :

  • Vins et spiritueux : Hennessy, Castel, Pernod-Ricard…
  • Céréales, betteraves, malt et fécule : Lesaffre, Roquette, Terreos.
  • Alimentation animale : Evialis/IN VIVO, Phode, Olmix, Glon Sanders…
  • Productions animales : Cooperl, Orvia, Grimaud, Genes Diffusion, Bongrain, IMV-Technologie, I Teck, AllFlex, CEVA, Mérial, Virbac, Evolution internationale…
  • Transformation fruits : Andros
  • Semences végétales : Limagrain, Euralis, Caussades, RAGT.
  • Danone : eaux embouteillés, yaourts, poudre de lait infantiles, produits alimentaires médicaux.
  • Secteur laitier : Savencia, Lactalis, SODIAAL, Bel, SILL…
  • Assurance agricole : Groupama / AVIC. À noter que plusieurs interprofessions y disposent également d’un représentant (CIVB, CIVC, BNIC, INAPORC-INTERBEV, CNIEL-INTERFEL).

Parallèlement, les investisseurs chinois en France se font plus actifs, notamment sur les achats de vignobles du Bordelais, et plus récemment en Bourgogne, ainsi que dans les outils industriels du secteur laitier (investissement de Synutra en Bretagne, prise de participations, contrats long terme), afin de répondre aux attentes du marché chinois en poudre de lait infantile. Le plus ancien investissement chinois en France est Adiceo (2009), spécialisé en alimentation animale, au travers du groupe Blue star.

Accords internationaux

Multilatéral

Depuis son accession à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), en décembre 2001, la Chine intensifie ses efforts pour être présente dans toutes les grandes enceintes multilatérales, au G20 et dans les organisations du système des Nations unies. Elle entend désormais y placer des cadres de direction à l'instar des autres grands pays comme le montre d’ailleurs son recours de plus en plus fréquent aux outils de défense commerciaux de l’OMC. Les années 2013 et 2014 ont d’ailleurs été à cet égard marquée dans le secteur agricole par le lancement d’une plainte anti-dumping et anti-subvention à l’égard des vins européens qu’un dialogue politique et professionnel a permis de stopper, en échange d’un accord de coopération entre les industries française et chinoise. À l'OMC, la Chine maintient ses propres positions, soucieuse avant tout de maintenir la stabilité des prix agricoles et argumentant sur l'importance de ses efforts en matière de concessions tarifaires depuis son accession.

La Chine est par ailleurs active au sein des BRICS1 et du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS) créé en 2011 par les ministres de l'agriculture du G20. La Chine qui préside en 2016 le G20 a mis en place une filière agricole visant à définir de nouvelles actions concertées au niveau international pour une agriculture innovante et durable. Dans le domaine économique, elle participe à certains travaux de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), laquelle cherche à renforcer la coopération avec ce partenaire considéré comme clé. Au niveau du comité de l'agriculture de l'OCDE, cette coopération s'est formalisée depuis 2013 avec la mise à disposition d'experts chinois à l'OCDE, une participation au rapport sur les Perspectives agricoles, et des transferts de compétence de l'OCDE à la Chine sur la gestion des bases de données de l'OCDE.

La Chine demande d'autre part sa reconnaissance comme pays à économie de marché. Elle est également particulièrement active à l'ASEM (Asian-European Meeting) qui constitue le contrepoids vers l'Europe de l'APEC (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique) dont la Chine a accueilli le sommet de novembre 2014.

De même, la Chine souhaite renforcer sa présence dans les organismes normatifs internationaux (secrétariat du Comité Codex sur les additifs, avec un projet d’ouverture d’une représentation sous-régionale de l’Organisation internationale de la santé animale et des épizooties (OIE) à Pékin). Une de ses provinces (le Ningxia) ainsi qu’une ville (Yantai) disposent du statut d'observateur à l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV). L'ouverture de la politique agricole de la Chine aux nouveaux enjeux internationaux se traduit maintenant par une présence beaucoup plus active au sein de la FAO : participation croissante d'agronomes (ou même de paysans) chinois aux multiples programmes nationaux ou régionaux de sécurité alimentaire ; accords de coopération agricole avec plusieurs Etats africains, ayant permis l'installation de fermes-pilotes expérimentales ; mise à disposition de la FAO d'un Fonds fiduciaire doté chaque année par la Chine.

Enfin, la Chine a participé activement à la conclusion de l’accord de Paris de la COP 21. S’agissant de l’agriculture, elle soutient l’initiative «4 pour 1000 : des sols pour la sécurité alimentaire et le climat ».

Diplomatie bilatérale

Traditionnellement attachée à la diplomatie bilatérale, la Chine négocie dans ce cadre de nombreux accords commerciaux, avec une priorité aux pays de son voisinage, en vue de renforcer l'intégration régionale, d'assurer des débouchés et de garantir un approvisionnement en matières premières nécessaires à son économie. Pékin a ainsi conclu une quinzaine d’accords de libre- change : Hong Kong, Macao, Taiwan, ASEAN, Chili, Pakistan, Nouvelle-Zélande, Singapour, Costa-Rica, Islande et Suisse, conseil de coopération du Golfe et tout récemment avec l’Australie. Trois études de faisabilité sont également en cours avec l'Inde, la Corée du Sud, ainsi que le Japon et la Corée du sud dans le cadre d’un accord tripartite. Au total, la Chine est donc engagée à des degrés divers dans des négociations portant sur environ la moitié de ses importations et exportations.

Cependant, la Chine n'est pas engagée dans un processus d'accord de libre-échange avec ses principaux partenaires des pays développés. Avec l'Union européenne, la priorité des négociations est de conclure un accord sur l’investissement. Par ailleurs, dans le cadre de la renégociation de l'accord de partenariat UE- Chine,les partenaires se sont données pour objectif un accord de protection et de reconnaissance de leurs indications géographiques (IG) : à l'issue d'une coopération conduite dans un cadre bilatéral avec la participation de l'INAO et du Bureau national interprofessionnel du Cognac (BNIC), la Chine a enregistré dès décembre 2009 Cognac comme première IG étrangère protégée par la législation chinoise. L'UE et la Chine ont depuis élargi cette coopération dans le domaine des IG par un accord 10+10 (reconnaissance réciproque de 10 IG européennes et de 10 IG chinoises). Trois produits français ont été inclus dans cette liste : Pruneaux d'Agen, Comté et Roquefort. L’enjeu est aujourd’hui d'étendre cette dynamique à un accord global de reconnaissance mutuelle de 100 indications de chaque pays, en cours de discussion entre l’UE et la Chine. Parallèlement des discussions bilatérales ont permis la reconnaissance de l’IG Champagne et de l’IG Bordeaux, ainsi que de 45 IG vin sans la zone de Bordeaux.

Relations bilatérales

Un Cadre général

Un plan de coopération à moyen et long terme des relations franco-chinoises a été mis en place à l’occasion de la visite du Président de la République Populaire de Chine en France le 26 mars 2014 dans le cadre du cinquantenaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine. Il vise 9 objectifs :

  • développer un partenariat de coopération entre la France et la Chine sur la période 2015 à 2020 en ciblant trois enjeux prioritaires que sont la sécurité alimentaire, le développement durable de la production agricole, et la facilitation des échanges de produits agricoles et alimentaires avec un niveau élevé de sécurité sanitaire.
  • intensifier la coopération au sein du G20 et de la FAO dans un objectif de sécurité alimentaire et soutenir la pérennisation d’une réunion ministérielle agricole au sein du G20.
  • poursuivre les échanges autour de trois thématiques, les politiques agricoles, la recherche, la formation et le développement, les questions sanitaires et phytosanitaires.
  • faciliter l’accès au marché des produits agricoles et agroalimentaires en renforçant la coopération sur le contrôle sanitaire et la quarantaine des animaux et des végétaux ainsi que la sécurité des aliments exportés et importés.
  • approfondir la coopération dans la recherche du blé.
  • renforcer la coopération bilatérale en matière de cépages de qualité et de techniques viticoles avancées et faciliter l’importation en Chine de plants de vignes français.
  • renforcer la coopération dans le secteur de l’élevage en développant l’élevage bovin d’origine française et en mettant en place un comité de pilotage avec les partenaires institutionnels, les organisations professionnelles et les entreprises concernées.
  • développer les collaborations en matière de recherche et de formation agricole.
  • renforcer le cadre du mémorandum d’entente entre l’administration chinoise des produits alimentaires et pharmaceutiques (CFDA) et le ministère français de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.

Applications

La France collabore avec la Chine sur différents sujets bilatéraux :

  • En matière sanitaire, elle développe des actions avec la CFDA2, le MOA et l’AQSIQ3 (accueil d’agents chinois en France pour des formations telles que la Summerschool de l’ENSV ou des voyages d’études)
  • S’agissant de la formation agricole, un important accord de coopération portant sur la formation de techniciens agricoles a été signé en 2014.

Il se traduit par :

- la mise en place d’un partenariat public/privé avec un noyau d’entreprises françaises implantées en Chine pour lesquelles la formation agricole constitue un élément clef de leur développement. Les modalités pratiques sont en cours de mise en oeuvre mais pourront recouvrir diverses actions : accueil de stagiaires chinois, intervention en cours, essais en lien avec des écoles professionnelles chinoises, etc.

- le développement d’un partenariat entre l’Institut français du porc (IFIP) et le Ministère de l’agriculture chinois pour la mise au point de modules de formation à distance sur la filière porcine,

- l’appui à une école professionnelle agricole chinoise pour la rénovation de l’enseignement sur des thèmes précis, collaboration impliquant la direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER) du MAAF, le MOA et des entreprises françaises. Concrètement, cela se traduit par des échanges de responsables/professeurs entre la France et la Chine et l’élaboration en partenariats de modules de formation sur des thèmes et à destination de publics précis.

  • Enfin s’agissant de la recherche agricole, l’INRA et le CIRAD4 possèdent divers accords avec des universités/académies chinoises, par exemple sur le blé. Ces accords ont récemment été redynamisés via la mise en place d’actions communes autour de l’agro-écologie (séminaire croisé de juin 2015…).

Sources : Banque mondiale, douanes françaises et chinoises citées par Business France 2013 et 2014, MAAF, Ambassade de France en Chine.