1914 - 1918 : Grande Guerre et évolution du monde paysan
Commémoration du centenaire de la guerre de 1914-1918. «Théâtre d'objets, théâtre d'ombres » par le lycée agricole de la Haute-Somme (Somme, 80) : représentation de trois tableaux animés pour décrire la guerre – par le jeu, l’objet marionnette et par l’image - comme unique parole sensible pour évoquer aujourd’hui la première guerre mondiale. ©Pascal Xicluna/Min.Agri.Fr

Pour apprécier l’impact de la guerre sur l’évolution du monde paysan français, il faut partir de la situation d’avant- guerre qui montre que la valeur vénale des sols n’a cessé de baisser depuis les années 1880. Durant cette période, le prix d’un hectare de terre a chuté en moyenne d’un tiers. Les régions les plus touchées sont le Languedoc et le Midi méditerranéen, ainsi que l’Aube et la Champagne, alors que la Bretagne est bien orientée. Dans l’ensemble, c’est donc la déroute des rentiers du sol, dont profitent les paysans qui achètent massivement des terres dont la valeur locative s’effondre.

Ce vaste mouvement d’achat de terres par la paysannerie se confirme à partir de 1919. Si la guerre est évidemment à l’origine de cette reprise des transactions foncières car de nombreuses exploitations se trouvent disponibles à la suite de la mort au front de leur propriétaire, il n’en demeure pas moins qu’on assiste seulement à la poursuite d’une évolution que la fin du conflit vient de relancer.

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La guerre, drame humain, n’a pas eu d’incidence majeure sur l’évolution du monde rural
français. Il reste traditionnel et peu ouvert aux innovations.

En fait, les tendances lourdes observées avant guerre perdurent et n’entraînent pas un véritable dynamisme économique dans les campagnes. Si le paysan place désormais volontiers ses économies au Crédit agricole, crée en 1920 par Louis Tardy, c’est plus par souci d’épargne en vue d’acheter des terres que pour moderniser son exploitation qui demeure dans un cadre traditionnel, peu ouvert aux innovations et encore moins concerné par le machinisme agricole qui fait seulement son apparition.

L’exode rural, amorcé avant guerre, dépeuple les villages qui, pour un grand nombre, passent sous le seuil des 100 habitants. Alors qu’un rural sur cinq habite une commune de moins de 500 habitants, la hantise de la dislocation de la société villageoise devient un thème très présent dans le cinéma des années trente et l’objet de fantasmes politiques aux fortunes aussi diverses que contestables.

Singulière fraternité d’armes

En fait, l’expérience des tranchées et la singulière fraternité d’armes qu’elle a entraînée, ont au moins une conséquence bénéfique à travers le comportement de nombre de chefs d’exploitations qui n’entendent plus être traités en inférieurs et obéir sans réagir. Une nouvelle couche paysanne apparaît, principalement dans le Bassin parisien (mais aussi dans l’Ouest où l’on voit se dessiner un mouvement syndical original – les « cultivateurs-cultivants » - conduit par des abbés bretons républicains), qui entend bousculer les hiérarchies traditionnelles et prendre des responsabilités sociales. Une sorte de préfiguration du mouvement qui, après le second conflit mondial, va entraîner l’agriculture française vers de nouveaux horizons !