Quels sont les défis du Codex alimentarius ?
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr
Du 11 au 15 mars 2019 se tient à Bordeaux la 31e session du Comité du Codex Alimentarius sur les Principes Généraux (CCGP). À cette occasion, son Président, Jean-Luc Angot, revient sur le rôle du Codex dans les échanges internationaux de produits alimentaires.

Quel est le rôle du Codex alimentarius ?

Le Codex alimentarius est un programme commun créé en 1962 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il réunit aujourd'hui 189 pays membres, et établit des normes alimentaires internationales capables de protéger les consommateurs et assurer des pratiques commerciales loyales.

Quels sont les nouveaux défis du Codex ?

Dans un contexte de mondialisation accrue la mise en œuvre de normes communes est plus que jamais primordiale. Dans cet esprit, le Codex est naturellement monté en puissance ces dernières années, et ce, afin d'appréhender au mieux l'évolution de nos systèmes alimentaires.

Notre premier défi est d'assurer la durabilité de l'agriculture et de l'alimentation. Nous sommes de plus en plus confrontés aux nouvelles technologies et cette révolution aura un impact sur la production et la consommation alimentaire.

Un autre défi consiste à répondre aux nouvelles attentes du public. Notre travail est basé sur une évaluation scientifique, mais nous devons également nous occuper de la gestion des politiques en matière d’alimentation afin de répondre aux demandes des consommateurs. En bref donc, durabilité, nouvelles technologies et changements sociétaux.

Le Codex alimentarius peut-il participer à la réalisation des Objectifs de développement durable ?

En 2015, la signature des Objectifs du développement durable et de l'Accord de Paris ont fait renaître l'espoir d'une action internationale coordonnée en faveur d'un développement au service de l'Homme et respectueux de la nature. Depuis cette date la Commission du Codex Alimentarius participe activement à l’Agenda 2030 pour le Développement Durable.

Par exemple, le Codex a adopté en 2016 et 2018 des normes visant à bannir l’emploi de certains médicaments vétérinaires ayant des impacts dévastateurs sur la biodiversité lorsqu’ils se retrouvent dans l’environnement ; le Codex a également fait valoir ses ambitions en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire en harmonisant les pratiques de dates limites de péremption pour tous les aliments à l’échelle mondiale.

Peut-on encore améliorer la diffusion et le partage du codex dans le monde?

J'aime à croire qu'il est toujours possible de faire mieux… Par exemple, depuis une dizaine d’années, grâce à un fonds fiduciaire spécial, le Codex parvient à accompagner les pays en développement pour qu'ils puissent s’impliquer davantage dans les travaux du Codex. Ce fonds a permis un renforcement de l’engagement de plusieurs pays Africains et Sud-américains dans le développement de leurs agricultures, véritable pilier économique pour nombre d’entre eux. Il y a là une véritable opportunité pour intégrer les enjeux de développement au processus d’élaboration des normes. L’Union africaine, par exemple, s’apprête à créer une zone de libre-échange dans les prochains mois. Il va leur falloir s’assurer que l’accroissement de la circulation des biens alimentaires va protéger leurs consommateurs. Le Codex alimentarius leur servira à cela.

Quel est le rôle du comité que vous présidez au sein du Codex?

Le CCGP s'occupe des questions de procédure et des problèmes généraux et établit en particulier les principes qui définissent les objectifs et la portée du Codex Alimentarius ainsi que la nature des normes Codex. Je conçois à plusieurs égards ce comité comme un laboratoire d'idées, un groupe de réflexion et de proposition. Nous devons durant ces quelques jours examiner plusieurs questions pour le Codex, en particulier l'utilisation des nouvelles technologies, et voir comment nous pouvons mieux les utiliser. Nous allons aussi travailler à la simplification de notre manuel de procédures pour qu'il soit plus facile à utiliser. Nous réfléchirons également sur le projet stratégique du Codex pour les prochaines années.

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