L’évaluation du plan chablis après la tempête Klaus de 2009 en Aquitaine
17/12/2013

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Dégâts en forêt des Landes - Forêt communale de Trensacq - 2009 © Onf

Rapport de mission de conseil n°12078 CGAAER

L’évaluation du plan chablis après la tempête Klaus de 2009 en Aquitaine

Olivier de Lagarde, Max Magrum, Denis Bavard

Décembre 2013

Mots clés : Klaus, chablis, tempête, Aquitaine, bois, forêt

 

Dégâts en forêt des Landes - Forêt communale de Trensacq - 2009

© Onf

 

Enjeux

La tempête Klaus a frappé le sud-ouest de la France le 24 janvier 2009, près de dix ans après Marta, provoquant une catastrophe pour la filière forêt-bois d’Aquitaine. D’abord estimés 37 millions de m3, soit quatre à cinq années de récolte, les chablis de pin maritime ont été réévalués ensuite à 42&nbsp ;millions de m3 auxquels se sont ajoutés les dégâts des scolytes (4 à 7 millions de m3). La survie de la filière pin maritime était en jeu. Le ministère de l’agriculture a aussitôt élaboré un plan de mobilisation des chablis. Mis en œuvre à partir de l’été 2009, ce plan s’est achevé fin 2011. Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a été chargé d’une mission d’évaluation sur les mesures du plan et leurs impacts sur les filières et les prix.

Méthodologie

Sur une durée de dix huit mois, la mission a rencontré l’ensemble des acteurs (administration, élus, professionnels) à Paris et surtout en Aquitaine. Un comité d’évaluation a associé les professionnels aquitains et des experts aux travaux de la mission et les a validés. Une étude économique a été confiée au Laboratoire d’économie forestière (LEF) de l’Institut national de la recherche agronomique INRA-AgriParistech afin d’examiner des scénarios alternatifs. Un regard a aussi été porté sur la Suède et l’Allemagne, afin de comparer la réaction des pouvoirs publics d’autres pays concernés par la tempête.

Résumé

Après concertation entre les niveaux national et régional, les pouvoirs publics ont pris rapidement un ensemble de mesures destinées à rétablir les accès, à mobiliser et à stocker les bois chablis et à encourager leur transport en dehors de la région en attribuant des subventions aux opérateurs ou en leur accordant des prêts bonifiés pouvant être garantis par l’État. La procédure d’appels à projet, qui était nouvelle, a permis de concentrer l’action sur des projets d’une certaine ampleur. La mise en œuvre des prêts bonifiés garantis a été retardée jusqu’à l’automne 2009 par la nécessité de prendre une mesure législative d’abord, puis du fait de la réticence des établissements de crédit. Les aspects sanitaires n’ont été réellement pris en compte qu’à partir de 2010, malgré l’alerte donnée à l’automne 2009 à la suite des premières attaques de scolytes. Une cellule de crise a été créée auprès du Préfet de la région Aquitaine. Le service forestier de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) Aquitaine a piloté localement le plan : son rôle a été déterminant dans la gestion des mesures, notamment pour moduler les enveloppes entre aides au stockage et aides au transport et aux ruptures de charge. Il a bénéficié d’un renfort limité d’effectifs à titre temporaire.
Plus de 30 millions de m3 ont été exploités en trois ans seulement sur un volume de chablis de pin maritime de 42 millions de m3, hors bois scolytés. Huit millions de tonnes, soit plus d’une année de récolte, ont été stockées sous aspersion.
Les exportations de bois énergie à l’étranger ont été importantes. La mobilisation accélérée des bois a permis d’atténuer les risques d’incendie. Le marché a été désengorgé rapidement.
Le plan a permis d’améliorer temporairement la situation financière fragile des entreprises locales mais n’a pas eu d’effet structurant. Dans un contexte de crise économique, l’activité des opérateurs locaux a pu à peu près se maintenir. Le stockage a aidé à soutenir les cours en 2009 et 2010. Il a pesé ensuite sur ceux-ci. L’évolution des prix n’a pas été positive en raison de la quantité très importante de chablis et de la faiblesse de la demande liée à la crise. Le plan chablis n’a donc pas limité la chute des cours comme c’était son objectif majeur. Il apparaît qu’avec des chablis dépassant cinq à six années de récolte, il est difficile d’enclencher une remontée des cours.
L’étude, menée par le Laboratoire d’économie forestière (LEF), n’établit pas de lien fort et évident entre les évolutions des prix et les dispositifs du plan mis en œuvre. Avec ou sans plan chablis, le modèle French Forest Sector Model (FFSM) relève, après la tempête, une chute du prix moyen des bois de l’ordre de 30 % .
Pour l’avenir, la mission recommande d’inscrire l’élaboration du plan dans un contexte européen et de disposer d’un plan cadre approuvé dans ses grandes lignes par la Commission européenne (« plan ORSEC tempête »), de reprendre le dispositif d’aide au stockage qui a fait la preuve de son efficacité, de prendre en compte dès l’origine les aspects sanitaires, et de prévoir une communication globale.


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